Culture

Bonnet d’âne à District 31

Bonnet d’âne à District 31
Photo by: Radio-Canada

Douce révérence à vous! Depuis quelques semaines, vous êtes peut-être nombreux, comme moi, à embrasser avec ravissement le grand retour de nos beaux programmes télévisuels du saint soir. Et c’est, je m’en confesse, emballée comme pas une que j’ai retrouvé mon petit plaisir surette pour la quotidienne District 31 et la finesse tout en dentelle du Commandant Chiasson, incarné par Gildor Roy.

Je n’en rate pas un seul épisode, parfois au rendez-vous devant mon téléviseur, parfois en exquise rafale après quelques jours de labeur. District 31, c’est ma petite chopine de routine. Ma petite braoule de pause et d’aventures où tous, TOUS LES LARCINS DU MONDE sont commis dans le pâté de maisons du même poste de police. Les poignards piquent sans relâche, les chars brûlent et on retrouve pu Luc Picard. Ça ne lâche JAMAIS. Qu’importe l’improbabilité de la chose, j’en suis, chaque soir en croquant mes biscottes sur le qui-vive, démesurément ravie.

Mais cette semaine, il appert qu’on y pousse mémé dans les orties, juste une petite affaire. L’une des intrigues en cours concerne une jeune musulmane de 17 ans dont le père l’a promise à un homme et qui se voit forcée de marier cet inconnu tout en ayant le grand bonheur d’être arrachée à sa famille pour devenir cette épouse anonyme dans un pays qui n’est pas le sien. Oui, Suzie, IL Y A PLUS. Cette jeune femme est aussi lesbienne et, apparemment née au sein d’un clan qui n’approuve pas son orientation, entretient une relation secrète avec une autre jeune fille, une idylle qui ne tardera pas à être mise au jour par son frère, un jeune homme qui n’a visiblement pas pris son petit Bovril, et qui compte venger l’honneur familial en organisant un viol collectif avec quelques camarades pour donner une bonne leçon à sa pécheresse de sœur aux cheveux lousses.

Me suivez-vous? C’est du lourd. Mais c’est surtout du lourd parce qu’encore une fois, on nous présente une famille musulmane où la peur est servie pour souper, où la mère, soumise et recluse, craint le joug de son mari qui ne parle pas français et qui semble mener le yâbe quand les cigares au chou ne sont pas à son goût. Cette triste intrigue aurait pu être présentée il y a 20 ans dans Jasmine ou dans un très éducatif épisode de Chambres en ville. On l’a bue mille fois. Alors comment se fait-il que, chaque fois qu’il est question d’une famille musulmane ou de la vague présence du Coran dans une pièce, on nous ressert encore, AUJOURD’HUI, cette bonne vieille soupane à la terreur avec un petit coup de moulin de xénophobie pis de clichés sur le dessus? Ne les a-t-on pas déjà assez stigmatisés?

Est-il possible d’espérer le récit d’une jeune femme musulmane, voilée ou pas, qui s’émancipe le bulbe et dont l’unique quête ne consiste pas à fuir la pointe d’un couteau? De voir un personnage de grosse pétrir autre chose que de la pâte à beigne ou un Asiatique tenir autre chose qu’un Bonisoir?

M. Dionne, cette semaine, je vous coiffe du bonnet d’âne.

La bise.

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