La bise

La petite maudite étincelle

La petite maudite étincelle
Photo by: Getty Images/iStockphotoFemale hands packing clothes into a donation box.

Ronds de jambe, chapeau bas et lecture de ces deux images avec intonation réjouie. Quel formidable sentiment que d’entamer une nouvelle année! Une page toute blanche. Toutes possibilités offertes; cultiver le calme, se dépasser, oser une nouvelle recette de pain de viande, FENDRE LE VENT.

Puis, le 7 janvier, retour officiel au travail, s’abattit sur mon crâne comme un coup de pelle d’Annie Wilkes fin prête à craquer une allumette pour Paul. En fait, le 6 janvier, cette horreur, fut nettement pire. Bon d’une part, c’était dimanche. Cette sinistre journée où tout s’anticipe, où tout se craint et rien ne se savoure. Cette journée où les crêpes se fanent avant même d’avoir embrassé le sirop, dans l’expectative de voir le bonheur trépasser. À n’en pas douter, le dernier dimanche des vacances de Noël est un salopard.

Et cette année, il avait revêtu son plus beau coat de cuir. Parce qu’en plus de tous les rêves, les attentes, la pression, les souhaits, les bouts de cœur à recoudre et les espoirs de grand air, il y eut la méthode Konmari. Oh oui. Je fais partie de ceux qui se sont laissé aspirer par la série dont tous jacassent et qui met en vedette Marie Kondo, guillerette Japonaise en jupe à plis, experte en désencombrement, en écrémage de bibelots et en transformation de chaumières étouffées par le trop-plein en havres où tout est trié, classé, où tout respire, tout est lumière, mais surtout, où chaque objet irradie la joie.

Mais ce qui arrive, 
c’est qu’astheure que j’ai visionné la série, je dois gérer l’anxiété d’être cette personne qui n’est pas assez.

Parce que là réside le secret de Marie Kondo; pour déterminer si une blouse, une mitaine de four, un bill d’Hydro ou un portrait de bébé mérite d’être gardé, on doit le serrer contre soi et tâcher de ressentir si ladite chose crée une étincelle de joie en notre plexus solaire. Si tel n’est pas le cas, scrame! on donne, en prenant soin de remercier l’objet (avec risque aigu de se ramasser avec une maison vide et une mitaine de four. À chacun son bonheur, Marie Kondo n’est pas dans le jugement). C’est super. Optimiser sa vie, se questionner sur sa consommation, retrouver son chez-soi.

Mais ce qui arrive, c’est qu’astheure que j’ai visionné la série, je dois gérer l’anxiété d’être cette personne qui n’est pas assez. Qui ne possède pas ce gène de la simplicité et de la lumière. Cette personne terrifiée à la perspective de devoir plier ses tisheurtes selon une technique origamique qui façonne des petits rectangles de tissu de la taille d’une rôtie (qu’on aura d’abord pris le temps de CARESSER) pour les disposer debout, en rang d’oignons dans mes nouveaux tiroirs épurés, avec toutes les autres choses mathématiquement classées. Ma vie, cette vie qui s’espérait libérée du fardeau des biens en est désormais une de perpétuel jugement. D’angoisse. De devoir. De cette crainte de craquer et de revenir aux ti-tas dans le garde-robe et de ne plus être en mesure d’évaluer si cette mitaine de four me procure de la joie ou l’envie de me défenestrer.
Ça fait que Marie Kondo, je t’ai mise dans la boîte du Renaissance, j’avais pas de «spark of joy» dans les culottes. La bise.

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