La bise

Les noces de baloney

Les noces de baloney

Heureux quasi-mai à toi, lecteur­ urbain qui m’embrasse le texte à petits coups de cornées et de bisous. Je me sens poétesse, le printemps dans le fond des shorts et le cornet deux couleurs lichoté avec frénésie sur un banc de parc, tuque péruvienne sur le crâne et falle à l’air À LA SECONDE où la crèmerie de mon quartier a fait l’erreur d’entrouvrir sa porte.

OH, J’Y ÉTAIS. Nous y étions, deux cents faciès autocollés d’un sourire niais et de pupilles dilatées à l’idée de ne plus être en col roulé de givre et en traînées de sel sué bords de pantalon. Je vous dis qu’il n’y avait pas de bisbille ni l’ombre d’un début de possibilité d’escarmouche dans cette joviale file de foodies aux narines dilatées. Ni la faillite, ni la rupture ni même la mort ou un rabais sur un bijou Pandora n’auraient su gâcher cet instant de pure félicité et de bonheur de type «je n’ai que faire de cette rognure de mesclun entre mes dents, JE SOURIS PAREIL». Il est quelque chose dans l’air, dans cette semaine précise où les tulipes percent le sol et où l’on prévoit déjà son petit kit de cagoule/ciseaux/vêtements sombres pour ce moment précis où le muguet aura fait pousser ses petits chapeaux crème (et où l’on volera sans remords, sur la pointe des gumboots, deux trois bouquets chez le voisin à la brunante). Le plus doux des larcins.

Vous étiez beaux à voir, en fin de semaine, tout écartillés dans le parc, saucisses grillant sur le barbecue de votre âme, tamtam et cuivres aguichant juillet comme des sirènes Berryman, vélos fleuris, frisbees partout et chiots aux grosses pattes palotes à la conquête d’un vieux baril de poulet abandonné à la Toussaint. Je crois que l’été n’est jamais aussi célébré qu’aux premiers émois de gazon jaune-limette, en avril. L’été précoce est pure photogénie, le soir, aux lueurs des stories. Mais au petit matin, très tôt, à l’heure où l’on libère l’animal de compagnie de ses fluides nocturnes, le spectacle est un peu moins Coachellesque.

Bon évidemment, une mer de monde, ça laisse ses petits souvenirs sûrettes dans la pelouse. Ça arrive. Un paquet de clopes parti au vent. Une napkine qui s’improvise poème dans une rafale. Une lentille cornéenne dans une branche de chêne, pardonnée à la seconde où sa ventouse se fond à l’écorce et aux guirlandes de papier crépon. Mais vous, là, vous, la table festive qui, en partant, avez organisé vos immondices en un habile tétris : bouteilles cordées, plats de take-out empilés en savantes tourelles, épluchures de vivres paquetées comme chez les scouts, JE NE VOUS SAISIS PAS. Pourquoi vous donner tout ce mal pour home stager votre dompe SANS JAMAIS la mener jusqu’à la poubelle la plus près (celle-là, là – à trois mètres de ton bras, madame)? Est-ce là de l’art urbain? Une célébration posthume de vos noces de baloney? Un hommage à votre dissidence du dimanche?

Vous êtes beaux, célébreux et célébreuses de la vie. Mais pour l’amour du calvaire, cessez.

La bise (et bon cornet).

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