La bise
01:13 26 février 2016

Plus de blé d’inde pour Bianca

Plus de blé d’inde pour Bianca
Photo: Production Perig/Shutterstock.com

Mes hommages. Cette semaine, vous aurez nul doute vu passer ce flamboyant billet du HuffPost intitulé «T’as pas d’enfant, tu m’en dois une!» de la non moins pétillante Bianca Longpré. Ce qu’on y lit est, ma foi, désarmant de fraîcheur. Si je résume, la blogueuse revendique le droit d’être reconnue comme une contribuable supérieure en tant que parent. Elle affirme aussi avec miel que derrière chaque «sans enfant» se cache égoïsme, peur des responsabilités et le gars de la pub de Skittles coiffé d’un beanie qui trait une girafe sur une plage en riant à gorge déployée de ceux qui se lèvent la nuit pour crémer des petites fesses avec de la pâte d’Ihle.

S’il existe un capteur de petits nerfs de cou qui se sont crispés à l’unisson à la lecture de sa fort déroutante envolée, il est présentement couché sur le sofa avec une petite débarbouillette d’eau fraîche sur le front.

Deux jours après le pétard, en tant que contribuable «so so» qui a pas encore fendu du périnée en pieds de bas dans des étriers, le besoin de ventiler danse encore la polka. Selon Bianca Longpré, qui semble avoir rédigé son article en tenant un miroir à bout de bras, il est injuste – C’EST PAS JUSTE! – que ti-counes et ti-clins sans progéniture profitent des mêmes avantages que ceux qui ont décidé de s’investir en tant que parents (accordez-moi un bref instant, que je finisse de me prélasser dans cette mer d’avantages comme Queen Latifah dans un lit plein de piastres).

Au-delà de la foudroyante indélicatesse de la dame à l’égard des couples qui vivent des problèmes de fertilité, des esseulés qui rêvent de maternité et des générations de femmes qui se sont battues pour être maîtresses de leur utérus, il y a, en son discours, un profond mépris pour ceux qui OSENT ne pas envisager la parentalité. Par choix. Malgré la Fallope fonctionnelle et la chambre d’amis.

L’idée de me réveiller chaque matin en ayant le droit de choisir ce que je mets sur mes toasts me plaît. Et l’idée de me réveiller chaque matin en sachant que Séraphin a choisi de pas se reproduire me plaît, aussi.

Donner la vie est chose magnifique. Louable. Terrifiante et certes éprouvante; y’a pas un loir qui bloque le pont pour en contester le pain. J’ai toutefois la frivole conviction que, sans avoir goûté aux charmes de l’épisiotomie, je contribue humblement à la société, qu’il pleuve ou qu’il vente; comme ma grande sœur, qui administre de la chimio. Ou ce vieillard qui joue de l’accordéon dans le parc. Même si je suis apparemment incapable de faire la différence entre un nourrisson et une Yukon Gold plantée de deux bâtons de popsicle.

Madame Longpré, vous avez choisi de rédiger cet article (entre 11 brassées de lavage comptabilisées sur excel). Vous choisissez aussi d’avoir peut-être un peu moins de monde à votre épluchette de blé d’Inde, cet été. Et c’est très bien ainsi. Ça en fera plus pour les p’tits.

La bise.