La boîte à images

Alerte Amber : déjouer les attentes

Alerte Amber : déjouer les attentes

Depuis la semaine dernière, TVA a dévoilé son gros canon dramatique de l’automne avec la première diffusion d’Alerte Amber. Avec les succès phénoménaux de Fugueuse, c’est sans surprise qu’on retombe dans les sujets lourds et controversé afin d’alimenter la grille convoitée du lundi soir du côté de TVA. Est-ce qu’Alerte Amber, sur l’enlèvement d’un jeune homme autiste, a les munitions pour rivaliser avec le raz-de-marée orchestré par Fanny et Damien il y a quelques saisons déjà?

Non, mais ce n’est pas forcément un défaut. Au contraire.

Alerte Amber
Alerte Amber

On centre le récit rapidement autour d’une famille éclatée avec un ado aux mauvaises fréquentations, des parents séparés et débordés ainsi qu’un plus jeune fils, autiste, affecté par sa rentrée au secondaire. En quelques scènes habiles, on tire les ficelles de cette situation délicate et explosive avant l’événement fatidique au cœur du récit : l’enlèvement du jeune homme.

La cinéaste Julie Hivon signe ici une première série alors qu’elle a participé par le passé à d’autres dramatiques comme Au secours de Béatrice. L’empreinte d’Hivon, derrière le très bon film Crème glacée, chocolat et autres consolations en 2001, est d’ailleurs la grande force d’Alerte Amber. Grâce à sa plume humaine et sensible, nous sommes en mesure de passer par-dessus la lourdeur de la réalisation et l’empreinte musicale aussi subtile qu’un éternuement durant une prière. Les défauts télévisuels de la production sont sauvés, du moins lors des deux premiers épisodes, par la justesse de l’écriture d’Hivon.

D’ailleurs, c’est cette plume assumée qui termine le premier épisode avec le dévoilement du ravisseur du jeune homme, une courbe qui a surpris une grande portion de l’auditoire. Pourtant, cette tournure franche offre à la série un second souffle puisqu’on s’éloigne du mystère pour se recentrer sur l’humanité des personnages. Ainsi, l’enquête se déroule alors qu’on connaît le coupable et la situation se précise en prenant le spectateur comme un complice et non comme un otage. Ce choix de dévoiler rapidement un punch sert aussi la série dans la mesure où on s’éparpille beaucoup avec des histoires secondaires. Désamorcer une attente nous donne une distraction suffisante pour pardonner, notamment, des frasques un peu gauches dans le monde des gangs de rues.

C’est un choix intéressant et une façon habile de déjouer les attentes. Reste à savoir si la série aura du souffle jusqu’à la toute fin puisque le risque de trop dévoiler sa main est de perdre son public en cours de route.

Je croyais que la série serait trop lourde et trop peu subtile à mon goût après les premières images offertes en avant-goût cet été. Ma surprise était donc agréable après la diffusion des deux premiers épisodes et il faut soulever le travail remarquable de la distribution. Vincent Leclerc à la télévision, c’est pas mal plus que Séraphin et c’est plaisant de se le faire rappeler. Il est loin d’être seul puisque Madeleine Péloquin, la mère de la victime, se magasine quelques trophées avec une performance soutenue et émouvante.

Vraiment une belle nouveauté de la part de TVA, malgré la promotion un peu trompeuse.

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