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Crise au foi

Crise au foi
Photo: Paul Chiasson/La Presse canadienneMontreal Canadiens' Matthew Peca is congratulated by teammates Nick Suzuki and Alexandre Grenier following his goal as they face the Florida Panthers during first period NHL hockey action Wednesday, September 19, 2018 in Montreal. THE CANADIAN PRESS/Paul Chiasson

Ce n’est pas d’hier qu’on parle de Canadien comme d’une religion. Or, comme l’Église catholique au Québec dans les années 1960, Canadien semble traverser une crise de foi. Le signe le plus évident étant qu’il y a de moins en moins de monde à la grand-messe du samedi soir. Sur place, et devant la tévé.

Selon mes connaissances en sociologie des religions – j’ai suivi un cours de bac y’a 20 ans –, il est permis d’affirmer que la crise de foi que vit Canadien en ce moment est double. Au préalable, il faut savoir que le mot «foi» renvoie étymologiquement à l’idée de confiance. Ensuite, on observe généralement deux sens à cette conception de la foi comme confiance. On peut croire – ce qui revient à s’abandonner en toute confiance à quelque chose – ou encore être cru – c’est l’idée d’être considéré comme étant digne de foi. Si on résume, il existe donc une foi-croyance et une foi-loyauté.

La première crise de foi que traverse Canadien est la suivante: il est devenu impossible, pour le partisan, de s’abandonner en toute confiance à l’idée que son équipe puisse gagner la Coupe dans un avenir rapproché; mieux, qu’elle puisse faire les séries cette année. En effet, la parole des apôtres journalistes qui couvrent Canadien, ainsi que Martin McGuire, résonne à l’unisson: nul doute, cette saison en sera une de marde.

La deuxième crise de foi que traverse Canadien est la suivante: la parole du partisan n’est plus digne de foi. Jadis, le partisan était un fan inconditionnel. Or, depuis quelques mois, on le sent, sa loyauté envers le club est volatile.

La crise de foi de Canadien se complique encore, à l’image de celle vécue ici par l’Église catholique dans les années 1960. Vous le savez, il fut un temps où la religion, main dans la main avec le pouvoir, représentait au Québec un puissant moteur collectif. Aujourd’hui, l’individu est devenu le seul Dieu vivant viable. Pour reprendre les mots du sociologue allemand Thomas Luckmann, c’est l’ère de l’auto-transcendance.

De la même manière, chaque amateur se rend désormais au Centre Bell avec le chandail d’un joueur sur le dos; en gros, il va encourager SON joueur à marquer des buts. Les joueurs en font tout autant: ils n’en ont que pour leurs statistiques personnelles. Suggestion: on pourrait peut-être songer à réinstaurer le complet-cravate comme tenue de match pour les partisans. Sérieusement.

Enfin, je relèverai ici un dernier problème en lien avec la foi en Canadien. La foi, on le sait, c’est une quête d’absolu, voire d’infini. Or, au fil du temps, on a incarné l’équipe. Mieux, on a fait de quelque chose qui se voulait de nature infinie, une chose finie. J’en veux pour preuve qu’on parlait jadis de Canadien sans l’article «le» devant, comme je le fais toujours ici. Désormais, on dit LE Canadien de Mont­réal. Amen.

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