Le Sportnographe

Canadien est poésie

Canadien est poésie

Évidemment, vous n’entendrez jamais de la bouche d’un panéliste à l’Antichambre que Canadien est poésie. Le journal Métro, lui, est audacieux et il engage des chroniqueurs comme moi qui lisent beaucoup trop d’affaires qui servent à rien, dont le plus récent recueil du poète Sébastien Dulude, intitulé Divisible par zéro. Ça donne des chroniques comme celle que vous vous apprêtez à lire.

Faque mon hypothèse, c’est que Canadien est poésie. Pas pire, hein? Mais qu’est-ce que la poésie, me demandez-vous? C’est une bonne question; Canadien, on le connaît, mais si on veut le comparer à quelque chose, il faut savoir qu’est-ce que c’est que cette chose.

Pour y arriver, j’ai fouillé, enthousiaste, dans l’encyclopédie Universalis, mais la définition trouvée m’a rappelé Karl Alzner. «La poésie est difficile à définir puisqu’elle recouvre une pratique très diversifiée, plus qu’un genre particulier.» Une antidéfinition, parfaitement inutile.

Alors, j’ai googlé «poésie» et je suis tombé sur un poète français du nom de Jean-Pierre Siméon. Le gars dit que la poésie est un état d’être au monde impliquant une exacerbation de la conscience qui fait voir au-delà de la norme, au-delà du réel. Mieux, les poètes réfutent le sens admis et la vérité admise pour toute chose. À la lecture de cette définition, on ne peut pas affirmer que Canadien est poésie, mais ses fans, eux, oui, le seraient.

Un autre résultat de ma recherche Google m’a pointé la définition donnée par un gars qui aurait pu connaître une grande carrière de goon dans la Ligne nationale, ne serait-ce que pour le nom qu’il avait : Georges Bataille. Je n’ai pas trouvé qu’elle avait été sa vraie job, mais il semble qu’il était écrivain dans ses loisirs. Pour lui, «la poésie est le langage de l’impossible».

On s’approche ici de la vérification de mon hypothèse de départ, à savoir que Canadien est poésie. Car si cette dernière est le langage de l’impossible, on n’a qu’à sortir n’importe quel tape de conférence de presse de Marc Bergevin pour prouver que Canadien l’est aussi.

Mieux, si je n’avais pas peur d’insulter le DG de Canadien, j’ajouterais cette ligne de Bataille à l’effet que «la limite du poète est semblable à celle du fou». Bah, finalement, j’ai même pas eu peur.

Dernier argument à l’effet que Canadien est poésie : comme la philosophie, la poésie, ça ne sert à rien. En fait, c’est justement parce que ces disciplines ne remplissent pas de fonction dans un monde utilitariste qu’elles ont de la valeur. Idem pour Canadien qui joue, disons, un mardi soir contre les Panthers. Ça me donne quoi de les regarder jouer? Rien.

Un de mes amis (un fan fini des Nordiques qui ne s’est jamais remis de leur départ et du niveau de jeu pourri de Ron Hextall dans les séries de 1993) me reproche d’ailleurs souvent de regarder Canadien un soir de semaine, plutôt que de faire comme lui et de lire de la poésie. Je m’acharne pourtant à lui dire qu’on fait la même chose, c’est-à-dire rien. Mais il ne comprend pas. Bon, c’est vrai qu’ils n’étaient pas vite vite, les fans des Nordiques.

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