Le Sportnographe

Beurbal boissir!

Beurbal boissir!

La poésie permet de jeter un regard neuf sur le monde et les choses. C’est ainsi que j’ai décidé d’offrir un regard poétique sur Canadien à mon garçon de quatre ans.

Je m’en confesse maintenant, car je sais – je ramasse d’ailleurs l’argent pour sa thérapie à l’adolescence – que cela lui cause déjà des soucis à la garderie. Je n’ose pas imaginer une fois rendu dans la cour d’école ce que ça impliquera, alors que ses camarades lui riront dans face quand il racontera qu’il pleure parce que Canadien a perdu la veille contre les Ouragans.

Oui, les Ouragans. C’est que la nouvelle Ligne nationale étant plate à mourir, j’ai choisi d’égayer la contemplation des matchs de Canadien en francisant tous les noms des équipes ennemies. Or, des finfinauds de son CPE ont commencé à lui dire que les Ouragans ne sont même pas une vraie équipe. Pas plus que les Diables, les Ailes rouge ou encore les Chandails bleus. Eh viarge.

Pourtant, mon garçon ne fréquente pas le CPE des petits Descartes, encore moins la Bambinerie objective. Non. Il fréquente des enfants issus d’une société de quantification, de rationalisme et de fonctionnalisme, ce qui leur a fait perdre tout regard sensible sur le monde. À quatre ans, ils sont déjà capables de dire que Canadien excelle dans son jeu nord-sud, alors que les enfants de quatre ans des années 1950 se contentaient d’admirer les fibres de laine du chandail du Rocket voler au vent, ne sachant pas ce qu’était le nord ou le sud. Les enfants de son CPE ne sont déjà plus des enfants, mais des êtres incapables d’émerveillement et d’imaginaire poétique.

Or, je passais cette semaine devant une librairie située dans la République de Rosemont, mon quartier. J’ai acheté un livre qui m’a redonné espoir : Peigner le feu, de Jean-Christophe Réhel. C’est de la poésie destinée aux enfants. Bullseye! En entrevue, j’ai même entendu le dude dire que, pour lui, la poésie pouvait être une manière d’exprimer notre colère.

Dans ma tête, des liens se sont faits, et je me suis senti intelligent. Suivez-moi bien. Pis pour les plus pardus, je vais vous tenir par la main. 

On le sait, Canadien va perdre une méchante batch de games cette saison. Résultat : il risque de s’accumuler ben de la colère dans le vestiaire. À quoi assisterons-nous au mois de mars? À des points de presse de Jonathan Drouin, fulminant, disant rien, par crainte de dire tout.

Et si on faisait lire de la poésie à Canadien? Après tout, les joueurs et le personnel d’entraîneurs sont de grands enfants; y’a là un potentiel à ne pas sous-estimer.

Mieux; leur point de presse ressemblant déjà beaucoup au langage inventé – l’exploréen – du poète québécois Claude Gauvreau, on pourrait peut-être même leur suggérer, après un match de bouette où ils sont en tabarouette, de se présenter devant les journalistes avec un ti poème de leur cru. Bon, Martin McGuire resterait pogné avec ses questions avec la réponse dedans, mais ça libérerait la colère de Canadien, et ça ferait plaisir à mon gars. Sur ce, comme disait Gauvreau : Beurbal boissir!

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