Niwi-djewaga (celui qui marche à mes côtés)

Niwi-djewaga (celui qui marche à mes côtés)

Le 28 septembre 2016, lorsqu’on a lancé le projet Faut qu’on se parle, je ne m’attendais pas du tout à ce qu’il prenne une telle ampleur. Quelle aventure! Ce que vous nous avez fait est le plus beau témoignage d’amour pour le Québec qu’il m’ait été donné de voir. Vous avez été des milliers à repenser collectivement le Québec, et vos communautés sont habitées d’un énorme désir d’émancipation.

Au cours de cet automne, je me suis faite nomade, comme mes ancêtres. Nous sommes allés à la rencontre de ce «nous», pluriel, aux accents et aux vécus différents. Un «nous» complexe et différent d’une région à l’autre, mais jamais indifférent aux autres. De Timiskaming First Nation à Saint-Jean-sur-Richelieu, en passant par Kuujjuaq et Les Bergeronnes, j’ai été émerveillée par l’incroyable diversité de ce territoire. Cette diversité est ce qui fait la beauté du Québec.

De ces kilomètres parcourus, de ces cuisines et de ces salons visités, je retiens plusieurs leçons. Outre le fait que l’éducation est une priorité nationale, j’ai remarqué que plusieurs personnes dont j’ai fait la connaissance ont du mal à définir leur identité. À la question «Qu’est-ce qui vous fait Québécois et Québécoises?», j’ai eu moins de réponses claires que je l’aurais imaginé. À Val-David, un homme m’a dit: «Les Québécois ne connaissent pas assez le territoire. C’est dur de s’enraciner dans le béton.» Au-delà de la langue, l’identité québécoise serait-elle inextricablement liée au territoire, comme chez les Premiers Peuples? Après avoir mené mes mocassins aux quatre coins du Québec, je dois avouer que la sympathique gang de Val-David avait raison : c’est en voyageant et en s’empreignant de la beauté et de l’immensité de ce territoire qu’on s’y attache, et qu’on se reconnaît chez ceux et celles qui l’habitent.

Dans une autre assemblée de cuisine, quelqu’un a émis une proposition qui va dans ce sens: le transport vers les différents parcs nationaux du Québec devrait être gratuit. Ainsi, les plus démunis, les étudiants et les gens loin de leur région natale pourraient aller y respirer et s’y ressourcer à moindre coût. Juste y penser me fait sourire. Une personne à Val-David a même ajouté que les installations et les équipements devraient être gratuits. Tout cela me parle beaucoup. Je me surprends souvent à dire que,
si plus de personnes avaient vu mon territoire, Eeyou Istchee, celui-ci ne serait pas aussi blessé.

Eeyou Istchee est la gardienne d’une culture que j’ai partagée avec vous tout au long de cette aventure. Vous avez tendu votre main et j’ai tendu la mienne. Nous avons échangé, débattu, ri et pleuré ensemble. Nous avons trouvé nos ressemblances, mais – surtout – nous nous sommes acceptés dans nos grandes différences. À Natashquan, un homme m’a dit: «Quand je chasse et que je rencontre des Innus, on est contents de se voir. Dans le bois, il n’y a pas de barrières psychologiques.» Il faut brosser un portrait actuel de nos peuples dans les manuels scolaires. Il faut raconter notre histoire, la vraie. Il faut aussi faire la promotion des espaces de dialogue comme les centres d’amitié autochtones. Il faut se parler, se connaître. Là se trouvent les bases du vivre-ensemble et de la Réconciliation. D’ailleurs, dans ma langue, le mot pour dire «ami» est niwi-djewagan, qui signifie «celui qui marche à mes côtés».

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