Maïtée Labrecque-Saganash

Là où la terre est rouge (2/2)

Là où la terre est rouge (2/2)
Photo by: Getty Images/iStockphotoInuit hunter on the Ungava Bay in late spring. Taken near Quaqtaq in Nunavik, Quebec.

Quand je suis allée à Aupaluk, notre avion s’est posé sur une piste d’atterrissage en gravier. Celle-ci était collée sur la communauté, un problème d’après les élus, puisque le vent souffle généralement la poussière en direction de la cour d’école. Le Nunavik est impressionnant. Ses énormes marées, ses paysages sans arbres qui contrastent avec la dense forêt de mon chez-moi. Nos territoires sont l’un à côté de l’autre et nous sommes sous le même traité moderne. Pourtant, nous sommes loin de nous connaître.

Dans les années 1940 et 1950, on a découvert que le sol autour d’Aupaluk était ferreux, d’où le nom de la communauté, qui signifie «là où la terre est rouge». C’était bien avant de signer la Convention de la Baie-James et du Nord québécois. Quand est venu le temps de négocier les catégories de terre (I, II et III), le gouvernement convoitait déjà le minerai autour de la communauté, ce qui l’a désavantagée dans les négociations. Aupaluk n’a pas eu le choix d’accepter, car si plus de trois communautés refusaient de signer, tout le processus au Nunavik tombait à l’eau. Puvirnituq, Ivujivik et la moitié de Salluit s’étant déjà retirés, les représentants d’Aupaluk ont accepté pour le bien de la région du Nunavik. À la suite de leur décision, la communauté a dû être relocalisée de l’autre côté de la baie, ce que les habitants ont fait sans assistance du gouvernement et avec l’aide seulement de quelques personnes des communautés à proximité qui possédaient des bateaux assez gros pour transporter les matériaux. «Le consentement préalable, libre et éclairé, n’a jamais vraiment été un droit dont Aupaluk a pu bénéficier», me dit Janice Grey, la vice-mairesse d’Aupaluk.

Manger des produits locaux, comme le phoque, l’omble chevalier et 
la baleine, est plus 
écologique que de faire venir toute la nourriture par avion, puisqu’il n’y a pas de route pour se rendre dans les communautés du Nunavik.

Quand Oceanic Iron Ore faisait ses consultations pour la mine prévue à 10 km de la communauté et le port prévu dans les opérations, ses démarches étaient peu reluisantes. Il y avait souvent un manque de traduction, les consultations étaient toujours sur la mine et jamais sur le port qui devait être juste de l’autre côté de la baie où se trouve le village. Aupalummiut dépend trop de la biodiversité du plan d’eau pour accepter un tel projet. Rappelons aussi que manger des produits locaux, comme le phoque, l’omble chevalier et la baleine, est plus écologique que de faire venir toute la nourriture par avion, puisqu’il n’y a pas de route pour se rendre dans aucune communautés du Nunavik. Oceanic Iron Ore aurait apparemment fait faillite et ses employés ont laissé leurs tentes, leurs véhicules, leur gaz et autres équipements sur un lot de la communauté qu’ils ne paient pas. Mais comme le rappelle Janice : «L’industrie minière rôde toujours autour comme le Boogeyman.»

Janice et moi sommes d’accord sur le fait que les gouvernements doivent redoubler d’efforts dans la lutte contre les changements climatiques et que les initiatives personnelles ont moins d’impact que celles des États. Les engagements personnels listés dans le Pacte ne lui ont pas tellement parlé, mais elle reconnaît s’entendre sur le fond. J’ai un profond respect pour Janice et les luttes quotidiennes qu’elle mène pour Aupaluk. J’ai un profond respect pour son mode de vie. Pour ces gens, le combat est réel, épuisant et terrifiant. Ils méritent d’être écoutés.

Retrouvez la première partie de cette chronique ici

Commentaires 0

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Articles similaires