Maïtée Labrecque-Saganash

Enfin

Enfin

Le 16 novembre dernier, j’écrivais candidement dans un tweet qui est devenu viral: «Il y a trois ans, j’étais sans domicile fixe et j’ai dormi sur le divan de mon ami pendant des mois, car je n’avais pas d’argent. Aujourd’hui, je viens de m’acheter des meubles pour ma maison et je suis sobre depuis 481 jours. Je suis fière de moi.»

J’ai écrit mes premières chroniques pour Métro sur le divan de mon ami. Nous étions cinq personnes dans un 4 et demi. C’est une période de ma vie dont je parle peu, malgré que je ne la regrette pas, car elle m’a rendue débrouillarde.

Quand tu as 10$ dans ton compte et que tu ne peux pas travailler à temps plein à cause d’un syndrome de stress post-traumatique, tu dois apprendre assez rapidement à être débrouillard, mettons.

J’en parlais peu, car je me trouvais quand même plus à l’aise que les personnes qui mendiaient à la station de métro la plus proche, même s’il y avait des jours où je ne mangeais pas.

J’en parlais peu, car je ne voulais pas déranger personne, parce qu’au fond de moi, je pensais que je le méritais.

Quand tu cries à l’aide et qu’on te regarde passer à travers les mailles du filet social, tu finis un peu par croire que tu mérites la situation dans laquelle tu te trouves.

J’ai continué à m’engager, malgré tout. La tournée Faut qu’on se parle battait son plein et j’étais dans une situation précaire. Jongler entre militantisme, école et pauvreté n’a pas été facile, mais je l’ai fait. 

Avoir un logement stable m’a donné le nécessaire pour prendre soin de ma santé et de ma carrière.

Je n’ai pas une formule miracle en trois étapes pour se sortir de la pauvreté. Dans mon cas, ça s’est fait graduellement.

Avoir un employeur qui comprenait ma situation et avec qui je pouvais parler de ma santé mentale m’a aidée. Je vous laisse deviner dans quel état se trouvait celle-ci alors que je n’avais pas de logement stable et pas d’accès à des services efficaces en santé mentale.

J’ai réussi à avoir 12 sessions payées chez une psychologue grâce à un programme fédéral auquel j’étais admissible parce que mon père est un survivant du système de pensionnats indiens.

Bon, ça n’a pas guéri mes traumatismes intergénérationnels, mais comme dit mon grand-père: «C’est mieux qu’une claque sur la gueule».

Je repense à la colère avec laquelle j’écrivais certaines de mes chroniques. Pardonnez-moi certains excès de colère, mais elle était légitime.

On n’a pas envie de parler de choses légères et positives lorsqu’on essaie de naviguer en vain dans les systèmes qui nous écrasent.

J’ajouterais qu’il n’est pas facile de se libérer d’une dépendance et de passer à travers un sevrage brutal lorsqu’on n’a pas de chez-soi, pas d’argent et pas de soutien. 

Il manque cruellement de logements sociaux. Paraît qu’ils vont en construire dans ma communauté. Ça me rend heureuse. Imaginez si on s’entendait tous sur le fait que se loger est un droit fondamental.

J’aurais aimé pouvoir bénéficier de tels services à l’époque; ça m’aurait évité bien des problèmes. Avoir un logement stable m’a donné le nécessaire pour prendre soin de ma santé et de ma carrière.

Imaginez si on laissait cette chance à tout le monde.