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La menterie de Bernard Drainville

La menterie de Bernard Drainville
Photo: Jacques Boissinot/PC

Hier soir, à Tout le monde en parle, Bernard Drainville a répété que dans les années 1960, les religieux ont accepté de laisser leurs habits au placard pour adhérer au système d’éducation public. Monsieur Drainville aura beau répéter cette menterie autant de fois qu’il le désirera, ce qu’il fait d’ailleurs depuis le lancement de son projet de charte, comme pour prouver que la religion de la majorité s’était pliée, elle, à la laïcisation, ça n’en demeurera pas moins une menterie.

Les religieux ont commencé à slaquer sur les soutanes et cornettes sous l’impulsion de Vatican II. De 1962 à 1965, l’Église catholique s’emploie à se rapprocher du peuple pour rapatrier quelques brebis égarées. C’est dans le cadre de cette grande remise en question que les sœurs troquent leurs grands habits noirs par des jupes plus courtes, mais pas trop courtes, notamment. Notons par ailleurs que 50 ans plus tard, les évêques du Québec ne s’opposeraient pas au retrait du crucifix à l’Assemblée nationale, qu’ils considèrent non pas comme une relique patrimoniale, mais bel et bien comme un symbole religieux.

Si tant de baby-boomers, dont ma mère, ont l’impression que les sœurs et curés ont ainsi accepté de se plier à la réforme de l’éducation, c’est 1. parce que le Ministre Drainville a traficoté leur mémoire en leur martelant cette menterie et 2. parce que cette opération charme de l’Église est survenue au même moment que la Commission Parent qui devait mettre en branle la réforme de l’éducation, vaisseau amiral de la révolution tranquille.

La commission Parent a mené à une plus grande sécularisation du système scolaire, mais elle n’est pas la responsable du changement de style vestimentaire des religieux. Les religieux ont renoncé à leurs habits, mais personne ne les a contraints à le faire. D’ailleurs, le rapport Parent proposait le maintien du système confessionnel tout en protégeant les élèves issus des minorités religieuses. Ce n’est qu’avec la réforme Marois, en 1998, que les commissions scolaires seront séparées en fonction de la langue et non de la religion.

Ce qui commence à être tannant, à part les menteries du ministre qui donnent l’impression qu’il est temps de «mettre nos culottes», ce sont ces personnes, dont ma mère, qui, du haut de leur expérience de vie, me disent : «tu sais pas, t’étais pas là, mais moi je m’en rappelle». En effet, je n’étais pas là pour témoigner, mais la mémoire ne semble pas être ce qu’il y a de plus fiable dans cette province dont la devise est pourtant Je me souviens.