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15:48 3 février 2014

Des raisons de rester civilisés sur l’internet

Les réseaux sociaux et l’internet en général ont créé des possibilités de communication sans précédent entre les êtres humains. En quelques étapes faciles, vous pouvez aider un ancien millionnaire du Burundi – qui ne semble avoir que vous pour allié – à retrouver sa fortune, ou dire à votre vedette préférée combien vous l’aimez en émettant un commentaire «constructif» sur sa chemise «laitte à mourir».

Cette nouvelle proximité, parce qu’elle passe par l’intermédiaire d’un écran, tend à tordre notre conception des rapports sociaux. On se sent tantôt très près de nos interlocuteurs, une simple interaction avec une vedette sur Twitter nous donnant l’impression de faire partie de son cercle d’amis, et tantôt très loin, la distance de l’écran faisant éclater le filtre de l’adéquation sociale. Il devient si facile d’envoyer une insulte gratuite à une personnalité devant laquelle on tremblerait dans la «vraie vie». Des dispositifs de notre civilisation qui ont fait leurs preuves, comme la politesse, la réserve ou la bienséance, auraient toutefois avantage à ne pas céder la place à la grossièreté. Je vous donne ici quelques bonnes raisons de demeurer poli sur l’internet.

1. Parce que les captures d’écran restent

On le sait, depuis le temps qu’on le dit : les paroles s’envolent, les écrits restent. C’est d’autant plus vrai sur l’internet, où vous voudriez parfois retirer des paroles qu’un petit malin aura pris le soin de photographier. Vous ne voulez surtout pas être immortalisé dans un billet de blogue recensant les choses les plus racistes qui se sont dites au Québec dans les heures qui ont suivi un tragique événement. Idéalement, vous ne voulez pas être raciste.

2. Parce que vous n’êtes pas dans votre salon

Vous croyez peut-être qu’il n’y a rien de bien différent à partager le fond de votre pensée sur l’internet ou depuis votre Lay-Z-Boy, mais vous avez tort : rien n’est vraiment privé et les méchancetés que vous écrivez sur l’internet sont susceptibles de blesser les personnes à qui elles s’adressent. S’il vous reste un peu d’humanité, pensez-y avant d’écrire que «Charles Lafortune c’t’un cave qui pue de la bouche». Premièrement, vous dites n’importe quoi, et deuxièmement, c’est pas comme si cet énoncé d’une pertinence douteuse vous mettait en valeur.

3. Pour préserver votre propre dignité

Pensez aux gens que vous admirez sur Twitter. Mettons Sophie Thibault, Marie-Soleil Michon, Marc Cassivi, Guy A. Lepage, etc. Les voyez-vous insulter gratuitement des gens? Non. Les personnalités que vous admirez ne font généralement pas ça. Sauf si vous admirez, mettons, Benoît Dutrizac. Une des raisons pour laquelle vous admirez ces personnes est qu’elles savent rester dignes dans toutes les situations. En insultant gratuitement les gens sur l’internet, vous montrez à quelle hauteur vous vous élevez dans le débat: bas.

4. Parce qu’on est humain

C’est pas parce qu’un écran vous sépare que les mots que vous employez sur l’internet n’ont aucun effet sur les gens qui les reçoivent. Nous sommes tous des humains au bout de la ligne. Même si vous vous adressez à un compte pas humain, Nike, par exemple, parce que vous êtes fâché pour une raison quelconque, vous avez sûrement plus de chance de faire entendre votre point si vous demeurez poli.

5. Parce qu’on ne gagne jamais en crédibilité à coup d’insultes

J’accorde aux propos de mon interlocuteur une importance inversement proportionnelle à la quantité de haine qui s’en dégage. Plus le message semble teinté de colère, de haine, de mépris et d’incompréhension, plus j’ai de la facilité à en faire fi.

6. Parce que vous pourriez vivre avec des remords

Parlez-en au gars qui s’est excusé auprès de moi pour une quatrième fois ce matin après que j’aie poliment répondu à son message colérique et difficilement compréhensible sur Twitter. Je pense qu’il s’en veut plus que je ne lui en veux.

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