Sylvain Ménard

Le récidiviste du costume

Le récidiviste du costume

Méfiez-vous toujours de celui qui dit ne pas avoir besoin d’être aimé. C’est faux. Tout le monde recherche de l’affection. Et parmi tout ce monde, il y a deux groupes particulièrement sensibles à l’amour des autres: les artistes et les politiciens. Pendant que le premier dit regardez-moi, l’autre demande qu’on le choisisse. Justin Trudeau fait partie de ces deux groupes puisqu’il est à la fois artiste ET politicien.

La dernière chose dont Justin Trudeau avait besoin dans sa campagne électorale était la bombe du blackface. Déjà écorché par une fin de premier mandat pour le moins chaotique, il avait besoin de toute l’énergie et, surtout, de toute la hargne nécessaires pour redresser la barre de son navire qui tanguait dangereusement. Or, petit problème, Justin Trudeau n’est pas hargneux. Bien au contraire. Il cherche l’amour et l’attention. Comme un enfant. C’est ce qu’on a vu au cours de la dernière semaine: un enfant qui s’est fait prendre en défaut et qui demande 10 fois plutôt qu’une d’excuser son étourderie. Un peu plus et il allait tout seul se mettre à genoux dans le coin.

Quand on l’a littéralement poussé vers la chefferie, les dirigeants du Parti libéral ont voulu faire passer Justin pour le digne héritier de son père. Ce qui était en partant un superbe cas de fausse représentation. Le père était un dandy plutôt baveux qui intimidait ses adversaires. Le fils est un incorrigible saltimbanque qui, avec son irrépressible besoin d’attention, fréquente souvent les abîmes de la bouffonnerie.

«La dernière chose dont Justin Trudeau avait besoin dans sa campagne électorale était la bombe du blackface.»

La parade des guignols en Inde, c’était ça. Le costume de superhéros à la Chambre des communes, c’était ça aussi. Même son combat de boxe contre un sénateur conservateur, c’était encore ça. Un besoin maladif d’être vu. Un artiste, je vous dis…

Transposez la chose dans un party d’Halloween et ça sera pareil. Le costume le plus flamboyant, le maquillage le plus épais (dans tous les sens du terme), les photos avec toute la galerie… Ne cherchez pas plus loin, Justin Trudeau vit dans l’immédiat, sans songer le moindrement aux conséquences de ses actes et de ses choix. Pareil à un enfant. Naïf et inconséquent. Mais toujours prêt à s’excuser, le cas échéant.

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Le Marathon de Montréal est maintenant chose du passé. Bravo aux coureurs et aux coureuses. Et une motion de blâme aux organisateurs qui ont fait de cette belle tradition une patente bancale, mal organisée et non sécuritaire pour ses participants. Quand un organisateur avoue qu’on a constaté une insuffisance dans les effectifs de sécurité à 22 h 30, à quelques heures du début de la course, il y a de quoi se questionner sur la compétence et le sens des responsabilités de ce dernier. 

Question: la Ville de Montréal devrait-elle exiger un changement à la direction de cette organisation?

Poser la question, c’est y répondre.

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Écouté: l’album Objets perdus d’Évelyne Brochu. Une fort belle surprise. Pour l’occasion, la comédienne ne tombe pas dans le panneau de «surjouer» son interprétation ni de vouloir en jeter un peu trop pour «faire la chanteuse». C’est tout à son honneur, pour son plus grand bien et notre plus grand bonheur. Son complice musicien Félix Dyotte affiche, quant à lui, une maîtrise certaine de la pop en explorant l’univers «frenchy» des années 60 et 70. Ça se déguste sans faim et sans fin.

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Vu: la pièce Knock (ou le Triomphe de la médecine) montée par Daniel Brière et présentée au TNM jusqu’au 12 octobre. Comment dirais-je… Pour appuyer le propos de ce texte quasi centenaire et néanmoins d’une étonnante actualité, on a choisi de jouer la carte de la caricature qui nous ramène aux beaux jours de la Ribouldingue de notre jeunesse. Une option qui se défend fort bien, rien à dire là-dessus. La distribution – d’une qualité exceptionnelle – nous offre un très bon jeu, la scénographie est tout à fait efficace et, pourtant, quelque chose m’a empêché d’accrocher.

Sans parler de cette finale-surprise – moralisante au possible – qui trouve sa seule justification dans le lien que l’on veut démontrer entre ce texte d’un temps lointain et la situation actuelle dans notre système de santé. Merci, on avait déjà saisi tout ça comme des grands. En fait de «fausse bonne idée», difficile de faire mieux.

Dommage, la proposition de base était pourtant très séduisante. Va falloir se reprendre.

 

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