Sylvain Ménard

L’escouade du «Bonjour-Hi!»

L’escouade du «Bonjour-Hi!»

Je vis dans une province où la seule langue officielle est le français. C’est ainsi depuis presque un demi-siècle, soit depuis l’adoption de la Loi 22, promulguée sous le gouvernement libéral de Robert Bourassa en 1974. Une loi qui avait alors soulevé l’ire de la communauté anglo-québécoise, trois ans avant le dépôt de la Charte de la langue française (Loi 101) du Parti québécois. On a souvent tendance à oublier l’ordre des événements dans le dossier linguistique.

Malgré cela et malgré les craintes récurrentes de la communauté anglophone, je vis dans une ville où tout un chacun peut faire usage de sa langue maternelle sans la moindre réserve et il n’y a pas une loi dans notre système qui oblige qui que ce soit à utiliser une autre langue que la sienne au quotidien.

Je vis aussi dans un monde où, pour garantir les droits de chacun et une certaine cohésion à l’intérieur du groupe, on a souvent tendance à vouloir légiférer sur tout. C’en est parfois même un peu trop. Quand j’ai entendu parler du désir de réglementer l’utilisation du «Bonjour-Hi» dans l’espace public, la première question qui m’est venue à l’esprit est comment on allait s’y prendre. En déployant une escouade de tapes sur les doigts pour punir les fautifs? En postant des mouchards un peu partout pour pincer les contrevenants? En imposant aux récalcitrants la bastonnade à grands coups de pains français sur la place Jacques-Cartier? OK, j’arrête.

Finalement, il n’y aura pas de loi interdisant l’usage du «Bonjour-Hi». Tant mieux, l’idée était absolument ridicule. Cela étant dit, c’est exactement là que n-o-t-r-e travail de citoyen débute. C’est à nous, sur une base personnelle, de faire valoir nos droits et nos principes. C’est à nous seuls d’imposer des limites à ceux et celles qui ont de la difficulté à comprendre où commencent nos exigences. Nul besoin d’une police officielle du «Bonjour-Hi» pour ça. Suffit de savoir dire n-o-n.

Comme ça nous est arrivé il y a deux semaines quand, dans un magasin de meubles de la rue Sainte-Catherine Ouest, il a fallu se reprendre à deux fois pour faire comprendre à la vendeuse que nous n’allions pas accepter de nous faire servir dans la langue qu’elle essayait de nous imposer. Ou quand le placier (francophone) du Centre Bell m’a accueilli l’autre soir avec un sympathique «Show me your ticket» prononcé avec un accent gros comme le Saguenay. Sans parler des fois, de toutes ces fois où à Montréal, ville du top 10 francophone au monde, on s’est adressé à moi dans une autre langue que celle de la majorité. Toutes ces fois où j’ai dû répondre non. Toutes ces fois où, vous aussi, vous avez dû rappeler à certains que l’usage du français n’était pas un privilège, mais un droit non négociable. Toutes ces fois où il a fallu mettre son pied à terre pour préciser où on traçait la ligne du respect.

Pour toutes ces fois et pour toutes les fois à venir…

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Lu : Serge Savard : Canadien jusqu’au bout, le récit de l’extraordinaire parcours professionnel de l’ex-joueur et ex-directeur général du Canadien de Montréal, écrit par le journaliste Philippe Cantin. Un ouvrage impressionnant à la hauteur de l’athlète et du gestionnaire qui, presque 25 ans après son départ précipité de l’organisation du CH, demeure toujours une référence incontournable quand vient le temps de remettre les pendules à l’heure dans le monde du sport professionnel.

Rares sont les briques de 500 pages que l’on traverse d’un trait. C’est ce qui m’est arrivé au cours du dernier week-end. Du p’tit gars de Landrienne en Abitibi à l’homme d’affaires avisé qui fait l’unanimité, en passant bien sûr par ses années de gloire avec le Canadien, cette histoire lève le voile sur des pans méconnus de la vie de Savard. Philippe Cantin, excellent journaliste de son état, a accompli un travail de moine. Les références sont nombreuses, les mises en contexte claires et les faits ont manifestement été vérifiés avec rigueur. Trop souvent, les biographies sportives sont des livres faits à la va-vite et bourrés d’inexactitudes. Ici, rien à redire, tout est impeccable. On dit un gros bravo à l’auteur et merci à Serge Savard qui se confie en toute franchise.

Dommage que le Canadien ne fasse pas appel à ses services en lui offrant le fauteuil de grand sage de l’organisation. Ça serait rassurant de le savoir là.

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Suis retourné voir les Alouettes samedi dernier. Le match a été excitant au possible. Les joueurs de cette équipe sortie des ténèbres sont manifestement partis en mission.

Faudrait peut-être juste ajouter quelques réchauds à hot-dogs pour améliorer ce qu’ils appellent «l’expérience client». Contrairement à ce que disait la dame du snack-bar, non, ce n’est pas «normal» de servir des saucisses frettes parce qu’il y a plus de monde que d’habitude dans le stade. Suis bien prêt à prêter mon corps à la science, mais pas de mon vivant, autant que possible…

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