Sylvain Ménard

C’est pas fait pour moi

C’est pas fait pour moi

Lors d’une entrevue qu’il a donnée le mois dernier, le cinéaste Martin Scorsese a eu le malheur de dire que, selon lui, les films de la série Marvel tenaient davantage de l’univers des parcs thématiques que du cinéma.

Mal lui en a pris: il s’est fait ramasser par les amants de la franchise qui, sur les réseaux sociaux, lui ont organisé un procès sur-le-champ.

Question de s’amender tout en ne reculant pas sur ses positions, Scorsese a par la suite invoqué le plus bel argument pour mettre un terme à tout ce cirque: «Les films de Marvel, c’est pas fait pour moi.» Quelle brillante formule, quand même! À la hauteur du cinéaste, rien de moins.

Le fameux «c’est pas fait pour moi» te permet de dire exactement ce que tu penses sans pour autant mettre le feu dans la cabane. Et ça peut aller du «ça me laisse plutôt indifférent» au «j’haïs ça pour tuer» sans avoir à te justifier davantage. Vive le flou qui ne fait de mal à personne, mais qui arrête le débat ici et drette-là.

C’est ainsi qu’en utilisant cette formule pleine de diplomatie, je me permettrai de vous dire que le choix du coton ouaté de Catherine Dorion pour siéger à l’Assemblée nationale, c’est pas fait pour moi. Pas plus que le Programme expérience Québec défendu par Simon Jolin-Barrette qu’on a dû mettre de côté tant il était bâclé.

Parole de chroniqueur culturel, le recours au «c’est pas fait pour moi» peut être d’une grande utilité si on ne veut pas trop faire de mal aux artistes qui se fendent la face (on n’en doute pas un instant) pour livrer le meilleur d’eux ou d’elles-mêmes.

Par exemple, prenez le dernier Dolan (Matthias et Maxime) qui, à mon grand dam, n’a pas été fait pour moi. Pareil pour l’émission On va se le dire, animée par Sébastien Diaz et diffusée trois fois plutôt qu’une chaque jour sur les ondes de la télé d’État qui nous ramène à une forme de télé qu’on croyait enfin disparue pour de bon. Ça non plus, c’est sûrement pas fait pour moi. Et que dire des conseils de vie de Jeremy Demay qui, même en dehors de ses pubs de bagnoles, affiche la crédibilité d’un vendeur de voitures usagées.

Il y a également La super soirée Pepsi (ça ne s’invente pas…) du samedi soir à TVA Sports qui n’est manifestement pas faite pour moi, mais qui me permet heureusement d’apprécier tout ce qui se fait ailleurs au même moment. Tiens, pendant que nous y sommes et parlant de sports à la télé, comment peut-on qualifier autrement les propos xénophobes et récurrents de Don Cherry qui, pendant 40 ans, a pu baver ses âneries avec la complicité silencieuse de ses employeurs.

Tout ce temps qu’on a pris pour lui indiquer le chemin du retour à la maison. Pour reprendre une autre expression bien connue: trop, c’est comme pas assez. Comme dans trop tard et pas assez vite.

Vous savez ce qu’il y a de bien quand une chose n’est pas faite pour soi? Ça nous aide à mieux cerner et apprécier ce qu’on aime vraiment. C’est toujours ça de pris.

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La grande famille du Parti québécois s’est réunie en fin de semaine. Un exercice très sain, on n’en doute pas un instant. Au programme: un renforcement de l’option souverainiste, une nouvelle procédure élargie pour le choix du prochain leader et, tant qu’à y être, une réflexion sur la possibilité de changer le nom et le logo du parti, la marque de commerce du PQ ayant perdu de son lustre ces dernières années.

Petit rappel : l’Union nationale, entre 1936 et 1970, a été au pouvoir pendant 23 ans. Nettement terrassée aux élections de 1970, alors qu’elle avait fait élire seulement 17 députés, on avait décidé de revamper la patente pour offrir une nouvelle image au scrutin de 1973. En nommant un nouveau chef (Gabriel Loubier) et en changeant le nom de l’Union nationale pour Unité-Québec. Résultat: aucun député n’a été élu et l’ancien parti de Duplessis a été rayé de la carte. En 1976, avec une nouvelle équipe et un retour à l’ancienne identité, la formation a connu un certain regain de vie en allant chercher 11 sièges au Parlement, ce qui ne l’a pas empêché de sombrer dans l’oubli après cet ultime soubresaut. Morale de l’histoire: ce n’est pas parce que tu repeins ta maison à neuf que tu répares nécessairement les fissures dans les fondations.

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Lu:  Petrowski – La critique n’a jamais tué personne. La critique, c’est Nathalie Petrowski elle-même. 

Figure omniprésente dans le décor médiatique depuis plus de 40 ans, Nathalie Petrowski est une tireuse d’élite (dans tous les sens du terme…) qui atteint souvent le milieu de la cible, mais qui est aussi capable de viser totalement dans le champ, pour le plus grand bonheur de ses détracteurs. Quant à elle, elle semble s’en balancer totalement. C’est pour ça qu’on la suit avec autant d’assiduité depuis si longtemps. Parce que dans la raison comme dans la mauvaise foi la plus assumée, elle ne se défile jamais. Ajoutez à ça qu’elle possède une des meilleures plumes de la profession, cette dame d’opinion a de quoi fasciner.

Je me suis bien amusé à lire ses mémoires. Pas sûr que ses anciens patrons (dûment nommés et nommées) vont penser la même chose. Ouf… Y a des oreilles qui vont siller dans certains salons. Petrowski l’incorrigible est incapable de ne pas dire ce qui lui passe par la tête et par le cœur. C’est pour ça qu’elle est unique.

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