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09:04 6 mai 2020 | mise à jour le: 6 mai 2020 à 09:04 temps de lecture: 4 minutes

55 jours!

55 jours!

Mon univers familial ne comporte qu’une planète et c’est mon fils.

J’ai un magnifique grand garçon de 23 ans. Autiste non verbal, déficient intellectuel, pas encore propre et avec d’autres petits défis que la vie lui a donnés pour peaufiner sa patience et la mienne. Il a peut-être 23 ans, mais en raison de ses handicaps, il est encore un grand bébé. Son film préféré est Dumbo et Mickey Mouse est son ami.

Il a été avec moi jusqu’à ses 19 ans. Il est formidablement attachant mon garçon. Mais sa beauté et sa candeur s’accompagnent également d’une grande force physique et, à bout de souffle, j’ai dû me résigner à demander de l’aide. Car, lorsqu’il fait des colères, le petit garçon qui écoute pourtant encore religieusement ses Télétubbies peut se transformer en incroyable Hulk. Pour paraphraser le cinéma de super héros, je dirai que l’incroyable Hulk a fait baisser les bras de Wonder Wowen. C’est le cœur en mille miettes, avec l’estime de soi au plancher et la culpabilité au plafond que j’ai dû me contraindre à le placer en résidence. Cette résidence est chapeautée par les bons soins du CIUSS-MO. Ah, vous me voyez venir maintenant… pas encore un autre aidant naturel qui veut nous faire pleurer sur son sort ce matin. Eh bien, vos et mes pleurs ne sont pas vraiment nécessaires ici, ni souhaités, mais si cette lettre peut finalement me faire entendre par les hauts dirigeants du CIUSS, go for it et tant pis pour ma timidité naturelle!

Depuis son placement, je visite régulièrement mon garçon et il vient à la maison très souvent. Chaque semaine, il attend avec une grande impatience mes visites. C’est assez sportif aller le chercher, car chacune de ses visites ressemble à un parcours d’un combattant. Pendant ces journées je valse entre les pleurs hystériques et les rires en cascades, et si on pouvait filmer mon garçon pendant 24 heures, je vous jure que cela ferait tout un bon feel good movie. Il est tellement heureux lors de ses sorties.

Sauf qu’on m’interdit de voir mon fils depuis 55 jours. Au début, je comprenais les exigences du confinement et par ailleurs je les approuvais totalement. Mais maintenant, en ce 6 mai, lorsque bientôt pour réussir mon travail je serai entouré de 300 enfants et d’une multitude de personnes; je ne comprends plus le refus.

Pendant ces 55 jours, mon garçon a essayé quatre fois de se sauver. La résidence a dû même appeler les policiers en renfort trois fois parce qu’ils ne pouvaient pas l’arrêter. Cinq personnes pour le contrôler n’étaient pas suffisantes. Vous savez, un Hulk décidé et en colère, c’est du sérieux. Il a essayé littéralement d’arracher les fenêtres. Ce n’est malheureusement pas une figure de style, il a essayé d’arracher les fenêtres! Il ne comprend tout simplement pas pourquoi sa mère ne vient plus le chercher. Il ne comprend pas, parce qu’il n’a malheureusement pas la capacité de comprendre la situation.

On nous dit ad nauseam que le confinement ne doit pas causer trop de conséquences. Est-ce possible maintenant de permettre, avec toutes les balises de sécurité nécessaires, qu’une mère voie son «petit» Hulk? Parce que Wonder Wowen à l’impression de jouer dans un bien vilain film et la fin ne s’annonce vraiment pas heureuse. Les aidants naturels et les proches aidants sont les battements d’ailes d’un papillon dans la vie d’une personne handicapée, leur utilité et leur effet semblent insignifiants, pourtant ce battement d’ailes suffit à faire dévier la peur et à installer, telle une tornade d’amour, la certitude d’être aimé. 

Nathalie Bertrand, maman et directrice d’école

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