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10:59 29 juin 2020 | mise à jour le: 29 juin 2020 à 10:59 temps de lecture: 4 minutes

À la ministre de l’Immigration, de la Francisation et de l’Intégration

À la ministre de l’Immigration, de la Francisation et de l’Intégration

Madame la ministre,

Comme vous le savez sans doute, votre prédécesseur a initié une réforme du PEQ à l’automne dernier. Cette première ébauche avait été fortement décriée. Six mois plus tard, un nouveau projet de Règlement fait l’objet d’une prépublication. S’il est vrai que cette mouture comporte quelques modifications par rapport au projet déposé l’automne dernier, il n’en demeure pas moins que celle-ci présente de nombreuses insuffisances voire incongruités. Je m’explique.

La clause de droits acquis

La «clause de droits acquis» promise par le premier ministre en novembre dernier pour les personnes déjà scolarisées au moment de l’entrée en vigueur de la réforme n’est pas prise en compte dans la nouvelle mouture. N’est-il pas primordial pour un gouvernement de respecter sa parole?

Je suis convaincu, madame la ministre, que vous donnerez suite à cette promesse gouvernementale. C’est le minimum que l’on puisse espérer, ce d’autant plus qu’avec la crise sanitaire provoquée par la COVID-19, plusieurs étudiant-e-s ont pris du retard dans leur
parcours scolaire. Il serait injuste de les pénaliser doublement.

Reconnaissance des expériences de travail

Par ailleurs, le nouveau projet de Règlement ne prend pas en compte l’expérience professionnelle acquise durant le parcours universitaire.

En clair, les stages, les charges d’enseignement, le travail de recherche, toutes ces expériences professionnelles et compétences multiples, utiles et traversables acquises durant les études ne sont pas considérées comme pertinentes pour souscrire au PEQ.

Une étudiante en doctorat philosophie aura beau travailler quatre années durant comme auxiliaire de recherche sur les implications éthiques de l’intelligence artificielle que cela ne comptera aucunement comme expérience de travail.

Faut-il rappeler que les étudiant·e·s internationaux sont déjà confronté·e·s à d’importantes barrières systémiques à l’intégration au marché du travail? Sachant que certains emplois qualifiés requièrent le statut de citoyenneté ou une résidence permanente, il est, à l’évidence, incongru d’exiger une expérience dans certains domaines avant même l’obtention de ladite résidence.

Maintien des délais de traitement des demandes

Si les établissements d’enseignement arrivent à attirer les étudiant·e·s, travailleurs (professeurs, professionnels, etc.) et talents rares jusqu’ici c’est grâce au PEQ. De nombreuses études ont d’ailleurs montré que le PEQ dans sa version initiale participe de la vitalité des régions, de d’attractivité des étudiant·e·s et d’intégration des diplômé·e·s et travailleurs au marché du travail québécois. Dès lors pourquoi vouloir changer ce qui marche bien? Pourquoi augmenter inopportunément le délai de traitement des demandes?

Je suis convaincu que vous n’aurez pas de mal à vous rendre à l’évidence que la nouvelle mouture de la réforme du PEQ complexifie de manière injuste, inopportune et contreproductive le processus d’immigration.

Devant une telle situation, vous pouvez toujours être la ministre que l’on n’attendait plus. Celle qui restaure l’image de marque du Québec à l’international. Celle qui redonne confiance aux étudiant·e·s et travailleurs·ses, aux régions, au milieu des affaires et aux établissements d’enseignement. Celle qui a compris que le Québec ne peut se priver de toutes ces forces vives formé·e·s ici, parfaitement intégrées et prêt·e·s à relever les défis posés par la COVID-19 et les multiples transformations économiques de ces dernières années.

Abandonner cette réforme n’est pas si difficile, madame la ministre. Vous n’avez pas à endosser les responsabilités de votre prédécesseur «Errare humanum est, perseverare diabolicum». Vous pouvez faire du neuf. Sublime privilège. L’histoire s’en souviendra.

Je terminerai en disant que la force d’un gouvernement réside aussi dans sa capacité à changer de cap, à admettre ses fautes de jugement et d’action pour retrouver sa voix et sa voie. C’est en tout cas une des impressions que m’avait laissé M. Legault lors de notre rencontre à propos du PEQ, un soir de novembre dans un restaurant de la rue Maguire (Québec). Je m’en souviens.

Salutations cordiales,

Christian Djoko

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