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08:00 18 septembre 2020 | mise à jour le: 17 septembre 2020 à 22:11 temps de lecture: 4 minutes

Faire plus que mettre un plaster sur le bobo

Faire plus que mettre un plaster sur le bobo

Je suis une ancienne préposée aux bénéficiaires et depuis 18 ans je suis auxiliaire aux services de santé et sociaux à l’aide et au soutien à domicile. J’avais entendu l’appel du gouvernement et animée par le besoin d’aider ma communauté, je suis allée volontairement prêter main-forte dans un CHSLD privé puis dans deux résidences privées les soirs au plus fort de la première vague.

Je tiens à saluer mes collègues du réseau de la santé et des services sociaux qui sont au front face à la pandémie depuis des mois. Je pense souvent à toutes les personnes touchées de près ou de loin par cette pandémie et je salue la mémoire des personnes qui y ont laissé leur vie.

Depuis des mois nous sentons la fatigue grandir. Et voilà que la pandémie nous a frappés en plein visage. Je vois plusieurs de mes collègues quitter le réseau parce qu’elles n’en peuvent plus. Elles sont épuisées, à bout de souffle et ne voient pas la couleur des changements promis. Si on pouvait enfin écouter nos propositions, on humaniserait les soins en améliorant la stabilité et la qualité de pratique des employé-es qui se dévouent chaque jour.

Si la crise qu’on vit ne permet pas de comprendre qu’il est temps d’arrêter de mettre un plaster sur les problèmes de notre réseau, qu’est-ce que ça va prendre ? Un bon exemple de ça est la formation abrégée des préposé-es. C’est très bien d’aller chercher de la relève. On en a grand besoin ! Mais si on ne rend pas meilleur notre quotidien, ce sera un coup d’épée dans l’eau. Combien partiront dans les prochains mois si on n’améliore pas les choses ? Ce n’est pas en créant deux classes d’employé-es que ça va régler miraculeusement le tout.

Mes collègues et moi, nous sommes au front depuis le début. Nous avons vu nos patients être infectés. Nous avons vu des collègues et leurs proches être infectés. On a manqué d’équipements et on a été mal équipé et pourtant on a continué jour après jour de rentrer au boulot la tête baissée. Et je vois bien que les choses ne sont pas mieux pour mes collègues de l’entretien ménager, des soins à domicile, de l’administration et j’en passe. On va juste déplacer le problème si on ne s’intéresse qu’aux préposé-es en CHSLD. Qu’est-ce qui va arriver dans nos hôpitaux et dans les soins à domicile ? Il manque de monde partout. C’est d’un grand coup de barre qu’on a besoin pour nous redonner de l’air et mieux prendre soin de la population.

Dans les dernières semaines, il y a tellement de messages contradictoires sur le terrain que ça ne fait que nous décourager. Le gouvernement s’est avancé sur des promesses pour attirer du personnel, ce qui est louable en soi, mais il l’a fait en baissant les yeux sur tous ceux et celles qui sont déjà au front depuis le début de la pandémie, et ça, c’est inacceptable. Évidemment qu’il faut donner de bonnes conditions aux nouveaux. Et pour y arriver, il y a une seule manière qui a du bon sens, c’est de le faire pour tout le monde ! Oui d’accord pour le 26 $, avec un salaire et pas avec plusieurs primes temporaires !

Depuis plusieurs années certains s’enrichissent alors que le personnel du réseau stagne. Nous continuons de nous battre pour que le gouvernement respecte la Loi sur l’équité salariale et améliore enfin nos conditions de travail et nos salaires. Nous n’exagérons pas et comme nous sommes tous aussi importants et essentiels dans la chaîne, nous avons droit au même traitement et avantages. Point à la ligne !

Avec modestie, humblement et très sincèrement, je le dis, nous sommes TOUS essentiels et indispensables.

La vraie question qu’on se doit se poser, c’est est-ce qu’on veut tout faire pour ne pas revivre ce qu’on a subi avec la première vague ? Si la réponse est oui, il va falloir s’attaquer d’urgence à nos conditions de travail et nos salaires.

Nathalie Bourque, auxiliaire aux services de santé et sociaux (ASSS)

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