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09:55 20 décembre 2020 | mise à jour le: 20 décembre 2020 à 09:55 temps de lecture: 4 minutes

Les bâtiments patrimoniaux vacants: une opportunité pour faire la ville autrement

Les bâtiments patrimoniaux vacants: une opportunité pour faire la ville autrement

Souhaitons-nous préserver collectivement le patrimoine bâti du Québec ? La réponse à cette question devrait faire consensus. En effet, la sauvegarde, la protection et la mise en valeur de notre patrimoine architectural devraient être l’affaire de tous et plus particulièrement lorsqu’il s’agit d’édifices publics. Malheureusement, pour un nombre important de bâtiments, l’heure est grave. La bibliothèque Saint-Sulpice de Montréal, classée monument historique en 1988, est le dernier exemple en date. Comme ce dernier, de trop nombreux immeubles patrimoniaux vacants attendent d’innombrables années le « projet parfait », en vain. L’annonce par le Gouvernement du Québec d’abandonner le projet de bibliothèque laboratoire technologique imaginé dès 2016, replonge cet édifice patrimonial dans les limbes d’une inoccupation qui dure déjà depuis plus de 15 ans. Or, la vacance d’un bâtiment est souvent synonyme d’une mort lente et silencieuse. Sans occupants quotidiens, le cycle de dégradation est engagé et trop souvent irrémédiable : infiltrations, bris, infestations, moisissures jusqu’à, plus tragiquement, l’incendie.

Pour ne citer que les exemples les plus tristement connus, le théâtre Empress a récemment été jugé irrécupérable après 28 années d’inoccupation. C’est peut-être d’ailleurs ce qui guette l’ancien Institut des Sourdes-Muettes, l’ancien hôpital Royal Victoria ou encore l’ancien hôpital Jacques-Viger. Tous ces immeubles d’une valeur patrimoniale exceptionnelle sont également vacants et attendent ce fameux « projet parfait ».

Le développement immobilier conventionnel prend du temps et se réalise dans la durée. Traditionnellement, lorsqu’un projet de requalification est imaginé, de nombreuses années peuvent s’écouler entre la recherche des partenaires et du financement, la conception, la réalisation des plans et l’exécution des travaux jusqu’à l’ouverture au public.

Pourtant d’autres avenues existent. Face aux inévitables années d’inoccupation d’un bâtiment en attente de requalification, l’occupation transitoire est une solution commune à envisager. En effet, cette stratégie d’aménagement permet à la fois de protéger la valeur patrimoniale du bâtiment en l’occupant, mais également de définir sa vocation future avec la complicité de la communauté: entrepreneurs, créateurs, citoyens, organismes locaux sont invités à participer au processus. L’idée derrière cette occupation transitoire est simple: occuper un bâtiment tel quel. De plus, ses bénéfices sont multiples. D’abord, elle protège et préserve l’édifice par son occupation, elle en révèle ensuite son potentiel d’utilisation intérieure et extérieure, puis, elle fédère une communauté d’occupants qui y développe un fort sentiment d’appartenance et, pourquoi pas, une vocation pérenne.

Considérées comme émergentes au Québec, les stratégies d’occupation transitoire sont pourtant bien établies en Europe où elles ont porté leurs fruits depuis plus de 20 ans. Or, le statu quo est un ennemi bien connu des approches innovantes sans compter les embûches légales et réglementaires nombreuses à mettre un frein à la pratique de l’occupation transitoire au service de notre patrimoine bâti.

C’est la raison pour laquelle nous avons fondé Entremise en 2016. Notre mission: transformer les espaces vacants et sous-utilisés en actifs communs pour des villes plus justes, durables et résilientes. Nous sommes profondément convaincus que l’occupation transitoire peut jouer un rôle majeur dans la préservation et la sauvegarde du patrimoine en péril en plus d’ouvrir la voie à des projets collectifs novateurs.

Faire la ville ensemble, autrement. Qu’en dites-vous?

Philémon Gravel, Directeur général adjoint et Cofondateur chez Entremise

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