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10:00 19 janvier 2021 | mise à jour le: 19 janvier 2021 à 07:37 temps de lecture: 4 minutes

Les marchés de l’alimentation sont réticents à réinstaurer des «primes COVID»

Les marchés de l’alimentation sont réticents à réinstaurer des «primes COVID»

Alors que de nombreux pans de l’économie sont fermés, que des secteurs d’activités qualifiés de non essentiels luttent pour leur survie, la situation est très profitable pour les magasins de l’alimentation. Les marchés de l’alimentation, toutes bannières confondues, ont enregistré des profits record au courant l’année 2020. Avec la fermeture des restaurants, les gens cuisinent davantage. Nous avons qu’à repenser à la pénurie de farine que nous avons connue au printemps dernier alors que plusieurs se découvraient une passion pour la fabrication du pain.

Au printemps dernier, nous avons vu l’apparition de « prime COVID » pour les travailleurs essentiels qui travaillaient dans les épiceries. Au courant de l’été, elles ont été retirées. Ces travailleurs sont-ils devenus soudainement moins importants? Nous débutons la nouvelle année avec une situation épidémiologique encore plus préoccupante qu’au printemps dernier. Pourtant, bien que certains marchés de l’alimentation ont remis en place partiellement de telles primes, la situation n’est pourtant pas généralisée. La moindre des choses serait de reconnaître le travail des employés, bien trop souvent payés au salaire minimum ou très peu au-dessus, qui tiennent le fort et rendent ces profits possibles.

Comme organisation syndicale, nous avons à maintes reprises réclamé le maintien de ces primes aux travailleurs de l’alimentation. Au début de la crise sanitaire, les entreprises de ce secteur sentant une certaine pression sociale avaient adopté des primes pour faire face à deux réalités. D’abord, on a rapidement constaté le caractère essentiel de ces emplois et l’importance d’assurer une rétention de main-d’œuvre. Ensuite, on reconnaissait la pression accrue vécue par ces salariés qui devaient continuer à travailler malgré le contexte difficile et les risques engendrés par la COVID-19 pour que nous puissions continuer de mettre de la nourriture sur nos tables.

Force est d’admettre que la situation sanitaire n’a cependant pas vraiment évoluée à la baisse depuis le retrait des primes. Encore plus, avec les nouvelles mesures de confinement annoncées par le gouvernement du Québec, nous entrons dans une période où nous sommes appelés à faire des efforts supplémentaires. La situation est tellement critique que pour la première fois dans l’histoire moderne, un couvre-feu est en vigueur sur l’ensemble du territoire québécois.

La pandémie a mis les projecteurs sur ces personnes qui continuent à travailler pour s’assurer que nous puissions vivre notre vie le plus normalement possible. Le fait que leur travail rende notre vie plus normale ne rend pas la leur normale. Il faut tirer des leçons de la crise sur de nombreuses sphères de la société et les conditions de travail en font partie. Les « primes COVID » sont une mesure à court terme adaptée au contexte de crise, mais la réalité salariale des travailleurs qualifiés essentiels, qui souvent sont parmi les personnes à bas salaire doit être globalement améliorée.

On demande à tous les acteurs de la société de faire leur part, de faire un effort additionnel. Les propriétaires des marchés de l’alimentation devraient également faire le leur et reconnaître le travail et les efforts de leurs employés en réinstaurant les « primes COVID », et idéalement, en corrigeant de manière durable les conditions de travail de leurs employés, ce serait la moindre des choses!

Luc Vachon, Président Centrale des syndicats démocratiques (CSD)

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