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14:00 17 février 2021 | mise à jour le: 17 février 2021 à 13:25 temps de lecture: 5 minutes

1.23%, tu nous niaises!

1.23%, tu nous niaises!

Nous vivons présentement un contexte particulièrement difficile qui nous force à nous adapter à une situation exceptionnelle. Afin d’aider les gens et les entreprises à s’ajuster à cette nouvelle réalité, nos gouvernements ont ouvert grand leur coffre, ce qui est en soi une bonne chose.

Cependant, il y a des oubliéEs qui n’ont reçu aucune aide. En effet, les personnes à l’aide sociale n’ont obtenu aucun soutien de plus, à part un chèque supplémentaire de TPS du gouvernement fédéral en avril dernier. Pourtant, cette conjoncture les appauvrit et les isole davantage. Plusieurs ont perdu la possibilité d’arrondir leurs revenus: ce n’est plus possible de faire des petites ‘jobines’.

Rappelons que de nombreux prestataires sont aussi incapables de se payer un accès internet de qualité ce qui rend le confinement encore plus difficile. «La fracture numérique est un enjeu non négligeable souligneCamille, intervenante communautaire du CPAS.« En espérant que le gouvernement se penchera sur cette question! Un accès internet devrait être gratuit ou subventionné pour les personnes et familles à faible revenu» déclare Dick.

Au début janvier, les personnes assistées sociales ont reçu une indexation de 1.23%. C’est grandement insuffisant, considérant l’augmentation des coûts des biens essentiels. Cette augmentation était d’ailleurs déjà prévue par le MTESS dans le second plan de la lutte contre la pauvreté, rien de plus, rien de nouveau et rien en regard de ce contexte sans pareil que nous vivons.

Pas étonnant que les banques alimentaires débordent. Bien qu’elles fassent un travail extraordinaire, les banques alimentaires n’arrivent pas à soutenir toutes les personnes dans le besoin. La plupart des organismes communautaires ont dû fermer ou restreindre leurs activités, c’est donc plus difficile pour les personnes à faible revenu de joindre les deux bouts car même si leur revenu mensuel n’a pas changé, leurs dépenses ont augmenté. L’annonce d’une hausse importante du panier d’épicerie, soit plus de 5% en 2021, n’améliorera pas leur condition.

«Depuis la pandémie, à cause de mes problèmes de santé, je ne sors nulle part. Je fais livrer de l’épicerie sauf que maintenant c’est 6$ pour la livraison, en plus des pourboires. On n’a rien reçu de plus!», déplore une participante du CPAS.

Par ailleurs, la charité ne peut pas remplacer un système social, pourtant elle le fait de plus en plus pour les personnes assistés sociales qui ont besoin de ladite charité pour se procurer des besoins de base.Mentionnons que les personnes ayant recours à l’aide sociale couvrent à peine la moitié de leurs besoins essentiels avec leur maigre prestation de 708$ par mois. Une grande partie de la population persiste à croire que les personnes sont bien sur l’aide sociale, que tout leur est payé. «C’est que les gens ne comprennent pas que les personnes sont trop pauvres pour aller travailler ou pour chercher un travail…L’aide sociale est un frein à l’emploi!», affirme Dick.

«J’ai des contraintes sévères à l’emploi. J’aimerais intégrer la société et contribuer à la hauteur de mes capacités. Pas un travail à 40 heures semaine, ma santé ne me le permet pas. À quand des formations et du travail à temps partiel non pénalisé? Vous nous empêchez de travailler!», s’indigne Santina. Faisant référence au gain de travail permis de 200$ qui n’a pas augmenté depuis 1999.

«Moi, la pandémie, je l’ai vécue en 2012 quand j’ai perdu mon emploi. Il y a des raisons pour se retrouver sur l’aide sociale, les gens ont tendance à oublier ça, On TOMBE à l’aide sociale et à chaque fois qu’on fait un pas pour s’en sortir, ça nous coûte des sous!», renchérit Lucie.

«Pourquoi le gouvernement continue-t-il à nourrir des préjugés à notre égard? Déconstruire les préjugés face aux personnes en situation de pauvreté et améliorer leur condition de vie doit être une priorité!»déclare Éric. «On dirait qu’il existe littéralement un mur entre les prestataires d’aide sociale et le gouvernement du Québec,» constate Latifa.

En conclusion, les personnes assistées sociales membres du CPAS demandent pourquoi elles ont été oubliées par les gouvernements. Nous demandons un réinvestissement massif dans notre filet social, dont une augmentation des prestations d’aide sociale permettant la couverture des besoins essentiels, un rehaussement des organismes communautaires nous venant en aide, sans oublier notre système de santé et services sociaux.

Les membres du CPAS appuient le mouvement «Engagez-vous pour le communautaire».

Dans l’objectif d’améliorer les conditions de vie de la population, d’assurer le respect de leurs droits et de réduire les inégalités socioéconomiques entre les plus pauvres et les plus riches, nous recommandons que le gouvernement soutienne adéquatement l’action communautaire autonome et la justice sociale.

Sylvia Bissonnette et Camille Bonenfant-Martin intervenantes communautaires pour le CPAS
Membres du CPAS: Eric, Maria-Josée, Latifa, Dick, Suzie, Fatima, Santina, Lucie, Manon, Esthel

 

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