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14:41 31 mars 2021 | mise à jour le: 31 mars 2021 à 14:46 temps de lecture: 4 minutes

Financer un stade de baseball en pleine pandémie? Fausse balle de Bronfman, à Legault de jouer

Financer un stade de baseball en pleine pandémie? Fausse balle de Bronfman, à Legault de jouer

Après des années à laisser entendre que le stade ne serait pas payé à même des fonds publics, le chat sort enfin du sac. Rien ne semble suffisant pour soutenir l’ambition et la folie des grandeurs de Stephen Bronfman et des richissimes investisseurs qui fantasment sur le retour d’une équipe de baseball à Montréal. Jusqu’ici, le Groupe baseball de Montréal ne demandait rien de moins (!) que la cession d’un terrain fédéral au bassin Peel, des infrastructures municipales créées spécifiquement pour le projet, une station de REM sur mesure et un zonage permissif pour un mégaprojet immobilier luxueux qui rentabilisera le stade. Et maintenant, c’est l’argent des contribuables qui est demandé au gouvernement du Québec pour financer la construction du stade. Parions que l’étape suivante sera celle des congés de taxes et des allégements fiscaux.  

Pas de quoi être surpris ici. Les investisseurs sont évidemment plus alléchés à devenir actionnaires des Rays de Tampa Bay et des développements immobiliers lucratifs aux alentours du stade qu’à financer la construction du stade lui-même. Mais que Monsieur Legault accueille d’emblée avec autant d’ouverture une telle proposition dépasse l’entendement, c’en est choquant. 

Rarement aura-t-on vu autant de controverse et de scepticisme autour de la faisabilité et de la rentabilité du projet de stade, tous milieux confondus et même parmi les amateurs de baseball. Les réactions fusent de partout sur l’indécence de puiser dans les coffres de l’État au profit d’investisseurs milliardaires, surtout pour un hypothétique projet d’équipe en garde partagée avec majorité d’actionnaires américains, en pleine pandémie mondiale. 

Monsieur Legault, avez-vous lu les études (nombreuses!) qui démontrent que les retombées supposées de l’implantation d’un stade dans une ville sont en réalité nulles ou négligeables, sans bénéfice pour la population locale ni retour sur investissement public ? Difficile de mieux illustrer la recette -hélas trop connue- de la socialisation des pertes et de la privatisation des profits… 

Monsieur Legault, entendez-vous les réactions indignées de toutes les personnes qui subissent les contrecoups de la pandémie, et qui vous rappellent quelles doivent être les priorités budgétaires pour les prochaines années ? Populations mal-logées et itinérantes, ainés en CHSLD, personnes immigrantes et à statut précaire, jeunes aux prises avec des enjeux de santé mentale, femmes violentées, personnel et population victimes du sous-financement chronique des institutions en santé et en éducation, groupes communautaires au bout du rouleau, entreprises et commerces mis à mal par douze mois de mesures sanitaires… La liste des besoins cruciaux dans lesquels investir urgemment est infinie, et n’inclut pas le rêve insensé d’une poignée d’investisseurs. 

En tant que regroupement communautaire du quartier Pointe-Saint-Charles, nous soumettons une fois de plus la question au débat public : avant même de se demander comment sera financé un stade, Montréal, Québec et Ottawa doivent prendre position sur la pertinence même d’un stade au bassin Peel. Feront-ils le choix de brader l’un des derniers terrains publics des quartiers centraux de Montréal à des intérêts privés pour un méga-complexe immobilier de condos de luxe et touristiques ? Ou prendront-il le virage qui s’impose : réserver ces terrains pour un milieu de vie à échelle humaine et résilient face à la crise environnementale et à la pandémie, en comblant les besoins réels et urgents de la population en logements, emplois, services de proximité telles que des parcs, écoles, CPE, centres sportifs et collectifs ?  Pour Action-Gardien, la réponse va de soi, alors que Pointe-Saint-Charles, comme d’autres quartiers centraux, subit de plein fouet les effets de la spéculation immobilière et de la gentrification.  

Le projet de stade était déjà injustifiable au bassin Peel bien avant la crise pandémique et l’inscription de Claridge au registre des lobbyistes pour du financement public. Monsieur Legault, rectifiez le tir, et vite ! Nous n’avons pas d’argent ni de terrains publics à jeter par les fenêtres. 

Karine Triollet, Action-Gardien, Corporation de développement communautaire (CDC) de Pointe-Saint-Charles* 

*Regroupement de 25 organismes du quartier Pointe-Saint-Charles qui œuvrent collectivement à l’amélioration des conditions de vie de la population. Action-Gardien a récemment animé une Opération populaire d’aménagement pour concevoir un plan d’ensemble citoyen pour l’avenir du secteur Bridge-Bonaventure, incluant le bassin Peel.  
www.actiongardien.org/bridge-bonaventure 

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