Parlons cash

Les investisseurs boursiers de Tinder

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Photo: Métro

L’application de rencontre Tinder est souvent associée aux rencontres, à l’amour et au sexe… mais rarement à la finance. Malgré tout, nous avons décidé d’utiliser la plateforme afin d’obtenir des idées d’investissements et, du même coup, pour avoir un aperçu sans filtre des préférences des jeunes célibataires québécois en matière de placements. Vous verrez que bien qu’elle soit issue d’une idée saugrenue, notre expérience s’est finalement révélée riche en enseignement.

La création des profils

On s’est donc amusés à créer deux faux profils: une femme (Jessica) et un homme (Nicolas). Afin de ne porter préjudice à personne, on a eu recours à l’intelligence artificielle pour générer de faux visages par l’entremise du site Web This Person Does Not Exist

L’objectif était de créer le profil le plus «geek de la finance» possible. On a donc rédigé une description de profil bourrée de références boursières, mais avec une touche d’humour. Les prétendants étaient alors directement incités à nous révéler leurs actions préférées afin d’obtenir une réponse de nos célibataires accros à la Bourse.

Voici la bio de Jessica, similaire en tous points à celle de Nicolas, exception faite de l’usage du féminin.

Si vous n’avez pas compris toute la bio, pas de panique; je vais vous l’expliquer.

Le ratio dette/équité est un indicateur qui permet d’évaluer la capacité d’une entreprise à rembourser ses dettes et à emprunter davantage. Ce ratio peut aussi s’appliquer à une personne et aura également un impact sur la capacité à emprunter d’un individu.

«Je prends la vie relax à cause de la courbe de Laffer.» Cette courbe développée par l’économiste américain Arthur Laffer démontre essentiellement que «trop d’impôts tue l’impôt». En effet, au-delà d’un certain taux d’imposition, le gouvernement qui augmente le taux d’imposition voit ses revenus fiscaux diminuer, car les plus fortunés décident de travailler moins ou encore de déménager sous des cieux fiscaux plus cléments. Bref, disant «prendre la vie relax à cause de la courbe de Laffer», notre célibataire laisse entendre que ses revenus étaient si élevés qu’elle a décidé de cesser de travailler. On pourrait imaginer qu’elle a quitté son emploi pour consacrer son temps à l’investissement et réduire son niveau d’imposition.

«La demande pour les femmes qui ont de l’alpha est forte.» L’alpha, en jargon financier, correspond à l’excédent de rendement d’un investissement par rapport au rendement d’un indice de référence. Par conséquent, seul un petit pourcentage des portefeuilles boursiers a de l’alpha. Vous l’aurez compris, notre célibataire fictive considère qu’elle est un investissement supérieur sur le marché de la séduction et, contrairement à ce que certains utilisateurs de Tinder ont compris, elle ne se considère pas comme une femme alpha. 

Les réactions de nos prétendants 

Malheureusement, Nicolas n’a pas eu de succès et s’est rapidement fait bannir. Si seulement j’avais su qu’en acceptant ce stage, je renoncerais à mon Tinder à tout jamais… Fort heureusement, Jessica a, quant à elle, eu du succès auprès des jeunes Québécois. 

Les investissements préférés de Tinder

Alléluia! Après un weekend entier et une centaine de messages reçus, des personnes ont enfin joué le jeu et nous ont dévoilé leurs investissements préférés.

Les actions

Netflix (NFLX), Spotify (SPOT), Amazon (AMZN), etc. Parmi les actions favorites, on retrouve celles des géants de la technologie. Les investisseurs de Tinder sont en effet attirés par les nouvelles technologies. Après tout, ils cherchent leur âme sœur par l’entremise d’une application mobile (Tinder) détenue par le géant des technologies InterActiveCorp (IAC), qui est lui-même négocié sur le NASDAQ.

Présent dans la majorité des portefeuilles de nos prétendants, Tesla Motors (TSLA) est la coqueluche des investisseurs de Tinder.

Nathan, pour sa part, est intéressé par un autre phénomène de jeunesse: la drogue. Il nous parle ainsi de Fire & Flower (FAF), un dispensaire de marijuana basé à Edmonton, dont le cours boursier est passé sous le seuil du dollar.

Quant à Léo, il apparaît plus terre à terre, puisqu’il semble plus préoccupé par l’imminence d’une crise économique que par les vertus du cannabis. Il va droit au but, et nous dit qu’il investit dans Wallbridge Mining (WM), Alacer Gold Corp (ASR), Liberty Gold Corp (LGD), etc. Bref, toutes les sociétés qu’il nous recommande ont pour activité principale l’extraction de matières premières, telles que l’or. Historiquement, le cours de l’argent et de l’or en temps d’incertitude économique augmente, de sorte qu’on présume que Léo a préparé son portefeuille à une éventuelle crise.

La cryptomonnaie

De nos jours, ce n’est plus «sexe, drogue et rock’n’roll», mais «tech, drogue et Bitcoin».  

Bien que le Bitcoin ne soit pas une action, nombreux sont ceux qui nous ont fait part de leur intérêt pour les cryptomonnaies. Il ne s’agit bien entendu pas d’un investissement boursier, mais spéculer sur la valeur des cryptomonnaies est si populaire que Wall Street et Bay Street veulent s’en emparer. En effet, plusieurs projets de fonds négociés en Bourse (FNB) suivant le prix du bitcoin ont vu le jour au Canada et aux États-Unis en 2021.

Les fonds indiciels

Nous avons été étonnés de voir que d’autres célibataires, certes minoritaires, se sont positionnés comme de fervents défenseurs des fonds indiciels. 

Un indice boursier est un panier de titres représentant, dans la plupart des cas, un marché en particulier. Ils offrent un niveau de diversification élevé et des frais de gestion peu élevés, comme indiqué par Julien. Par contre, il semble surestimer les frais qu’il paie. En effet, son message laisse entendre qu’il a investi dans le Vanguard S&P 500 Index ETF (VFV). Or, le ratio de frais de gestion de ce fonds est d’à peine 0,08%, soit sept fois moins élevé que ce que dit payer Julien. 

Le S&P 500, auquel font référence Julien et Antoine, est un indice basé sur le cours boursier des 500 plus grandes sociétés inscrites en Bourse aux États-Unis. En 2019, ce même indice a connu une hausse de 29%. John C. Bogle, le père des fonds indiciels, a démontré que les fonds gérés passivement génèrent des rendements (après les frais) plus élevés que les fonds gérés activement, et ce, en prenant moins de risques.

Nos trois prétendants font ainsi le pari d’acheter toutes les entreprises du marché, les meilleures comme les moins bonnes, ce qui leur permet d’éviter de commettre des erreurs. Historiquement, le marché boursier a généré 7% de rendement réel par année. Même si le marché fluctue au fil des cycles économiques, investir dans les fonds indiciels avec un horizon de placement à long terme est une bonne stratégie. Si vous recherchez une relation à long terme, c’est donc vers ce type d’investisseurs de Tinder qu’il faut se tourner.

L’investisseur aguerri

Parmi la multitude de messages reçus, il y en a un qui nous a tapé dans l’œil. Steve a sorti le grand jeu. Soit il a voulu nous impressionner avec des termes qu’il comprend à moitié, soit c’est un investisseur sophistiqué.

Si vous n’êtes pas un grand amateur de finance, difficile de comprendre cette discussion. Encore une fois, on va tenter de l’éclaircir pour vous.

«Short Vix» signifie que Steve prévoit que le cours de l’indice boursier Volatility Index (VIX) va diminuer. En effet, la vente à découvert permet à un investisseur de faire de l’argent quand un titre s’effondre. Le VIX est un indice qui mesure les attentes des investisseurs par rapport à la volatilité future du marché financier américain. L’indice, communément appelé l’indice de la peur, est utilisé pour mesurer la confiance des investisseurs par rapport au marché, de sorte que si le VIX est en hausse, le marché boursier est généralement baissier et les investisseurs ont peur. En gros, Steve prévoit que le marché boursier va bien se porter au courant des prochaines semaines et que les investisseurs boursiers sont confiants dans l’avenir.

«Msft calls» signifie qu’il achète des options d’achat sur l’action de Microsoft (MSFT). Les options d’achat sont des contrats financiers qui donnent le droit à leur propriétaire d’acquérir un actif à un prix déterminé dans une période donnée. Pour résumer, Steve croit que le cours boursier de Microsoft va monter.

«Long Xauusd» signifie que Steve achète des options d’achat qui lui permettront d’acheter de l’or (XAU) à un prix prédéterminé en dollars US (USD). Bref, si la valeur de l’or augmente, notre investisseur Tinder dégagera un bénéfice.

Une chose est sûre, Steve n’a pas froid aux yeux. «Long $btc 100x» correspond à une position d’achat sur du bitcoin avec un effet de levier de 100. Concrètement, cela signifie que pour un investissement initial de 100 $ avec un levier de 100, l’investisseur n’engage que 100 $ de sa poche, mais fait un pari totalisant 10 000 $. S’il fait un gain d’un point de pourcentage, il gagnera alors 100 $ (10 000×1%); cependant, une perte de 1% réduirait à néant son capital.

Les titres boursiers préférés de Tinder

Pour résumer, voici un tableau qui reprend tous les investissements boursiers de nos prétendants.

Heureusement pour moi, l’article s’arrête ici, et je n’ai pas eu besoin d’aller jusqu’au rendez-vous. Quoiqu’on aurait probablement eu une discussion sur la Bourse intéressante… dans l’éventualité où je ne me serais pas fait casser la gueule.

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