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Les bébés nés de mères dépressives ou peu éduquées dorment moins bien

Les bébés nés de mères dépressives ou peu éduquées dorment moins bien
Le dénominateur commun entre l'absence de diplôme universitaire, la dépression et la césarienne d'urgence semble être le cortisol, aussi parfois appelé hormone du stress.

MONTRÉAL — Les bébés nés de mères qui n’ont pas de diplôme universitaire, qui ont souffert de dépression pendant leur grossesse ou qui ont subi une césarienne d’urgence dorment moins bien à l’âge de trois mois, prévient une étude canadienne à laquelle a collaboré une chercheure québécoise.

Les chercheurs de l’Université de l’Alberta ont ainsi constaté que les mères sans diplôme universitaire ont un plus grand risque de dépression avant ou après la naissance de leur enfant, ou seulement avant sa naissance, que les femmes qui détiennent un diplôme.

Les bébés nés de ces mères dormaient en moyenne 13,94 heures par jour, soit 23 minutes de moins que les bébés nés de mères détenant un diplôme universitaire. La National Sleep Foundation des États-Unis recommande que les nourrissons âgés de trois mois dorment entre 14 et 17 heures par jour.

Les conclusions de cette étude, qui a été publiée par le journal médical Sleep Medicine, découlent de l’examen de 619 bébés et de leurs mères qui participent à l’étude CHILD, une vaste enquête qui porte sur la santé, le mode de vie, la génétique et l’environnement de près de 3500 enfants et de leurs familles, de la grossesse jusqu’à l’adolescence.

Le dénominateur commun entre l’absence de diplôme universitaire, la dépression et la césarienne d’urgence semble être le cortisol, aussi parfois appelé hormone du stress, a expliqué Catherine Laprise, qui enseigne au département des sciences fondamentales de l’Université du Québec à Chicoutimi.

«Le stress et l’angoisse génèrent du cortisol, comme celui qui est généré lors d’une césarienne en urgence, et ça expose le bébé pendant la grossesse à des taux de cortisol qui sont plus élevés que si on est dans une situation d’épanouissement plus favorable (…), a-t-elle dit. On pose l’hypothèse que le bébé est exposé à du cortisol, une substance qui serait défavorable (et) qui pourrait amener (…) des modifications apportées par l’environnement au génome, et donc entraîner des modifications biologiques pour le nouveau-né.»

Une mère moins scolarisée, précise-t-elle, pourra avoir un revenu familial moins élevé, un lieu d’habitation moins favorable et une moins bonne situation socioéconomique.

«On dit toujours qu’on transfère à notre bébé quand on est enceinte un peu de nos craintes, a affirmé Mme Laprise. Les personnes âgées nous disaient ça et elles n’avaient pas tort, parce que tout ce qu’on va produire en termes de molécules biologiques pendant qu’on est enceinte (…) est en contact avec le nouveau-né et a le potentiel d’amener un impact pour ce bébé-là à naître. Donc, cette exposition-là au cortisol pour le nouveau-né à un stade précoce, ça pourrait nuire à son sommeil infantile et faire qu’il a une moins bonne capacité à avoir un bon sommeil réparateur. Mais on est dans les hypothèses.»

Dans le cas d’une césarienne d’urgence, au lieu d’être exposé à de petites doses quotidiennes de cortisol par sa mère stressée ou déprimée, le bébé sera exposé à une dose massive en l’espace dans quelques heures, quand la grossesse prendra soudainement une tournure inquiétante.

«Même si c’est un seul événement, ça amène quand même un taux élevé de cortisol libre, et ça pourrait entraîner une réponse de stress exagérée chez les nourrissons, et ça pourrait avoir un impact négatif sur leur sommeil», a dit Mme Laprise, qui est membre du comité scientifique et du comité d’évaluation des publications scientifiques de CHILD.

Les statistiques colligées par les chercheurs tendent en effet à démontrer que c’est le caractère urgent de la césarienne qui est en cause, davantage que l’intervention elle-même: un bébé venu au monde lors d’une césarienne planifiée ou d’une naissance naturelle dormira une heure de plus à l’âge de trois mois; le bébé né par césarienne d’urgence dormira une heure de moins.

Heureusement, ces changements sont réversibles, assure Mme Laprise. Si on offre aux mères qui en ont besoin un encadrement de qualité en termes de prévention, de promotion de saines habitudes de vie, d’environnement et autres, «tout ça peut rentrer dans l’ordre».

«Ce n’est pas le début d’une histoire qui va perdurer», a-t-elle dit.

Jean-Benoit Legault, La Presse canadienne