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L’espéranto: la langue marginale revigorée grâce à l’internet

L’espéranto: la langue marginale revigorée grâce à l’internet
Photo: TC Media - Prisca Benoit

«Saluton! Mi parolas Esperanton.» Tous les 15 décembre, on célèbre la langue de ceux et celles qui comprennent cette petite phrase, rédigée en espéranto. Apparue au 19e siècle, cette langue inventée de toutes pièces a trouvé un engouement nouveau grâce à Internet.

L’espéranto, c’est d’abord l’idée d’un docteur polonais, Ludwig Lazare Zamenhof, né le 15 décembre 1859, qui a grandi dans une ville divisée entre quatre communautés, les Russes, les Polonais, les Allemands et les Juifs. Voyant les tensions culturelles qui déchirent sa communauté, il rêve de voir apparaître une langue commune qui réunirait tous les citoyens du monde. Il utilise le surnom Doktoro Esperanto, soit «le docteur qui espère», pour lancer son ouvrage Langue Internationale en 1887 où il élabore les principes d’une nouvelle langue: l’espéranto.

L’espéranto connaît un succès incertain les premières années. La censure de l’Empire russe complique la diffusion de cette nouvelle langue censée rassembler les peuples. Quelques fervents adeptes réussissent néanmoins à se transmettre le savoir, si bien qu’un premier congrès d’espéranto se tient à Paris en 1905. Un nouveau passage difficile suit avec les régimes totalitaires d’Europe, le destin de la langue est alors précaire.

À l’ère d’Internet
C’est un véritable renouveau qu’a connu l’espéranto avec l’arrivée du Web «Ç’a donné un deuxième souffle à la langue. Quand j’ai appris la langue, il fallait encore correspondre avec des lettres», raconte le président de la Société québécoise d’espéranto, Normand Fleury. L’homme a été initié à l’espéranto au début de l’âge adulte dans le cadre de nombreux stages en Europe. Les nouveaux élèves peuvent quant à eux se connecter à Internet en un clic pour apprendre mots et grammaire de l’espéranto.

Même si la langue n’a pas atteint les grands rêves humanistes de son fondateur, elle trouve encore son utilité aujourd’hui, estime Normand Fleury. «Avec l’espéranto, on a accès à une communauté, croit-il. Ça rassemble toute sorte de personnes, c’est un réseau international qui s’ouvre à nous. C’est sécurisant. On sait que ce ne sont pas des gens qui sont payés pour nous aider.»

Pour Normand Fleury, les locuteurs de l’espéranto partent avec une base complètement différente dans leurs interactions que ceux et celles qui veulent apprendre les grandes langues internationales pour voyager. «Quand on apprend l’espéranto et qu’on l’utilise, on a une étiquette neutre, une identité mondiale, explique-t-il. Il y a une plus grande équité dans les échanges avec l’espéranto. Il n’y a pas de sentiment d’infériorité.» Le président y voit aussi une façon d’éviter l’imposition culturelle d’une langue en optant pour l’espéranto.

Au Québec, la Société québécoise d’Espéranto a été fondée en 1982. Environ une fois par mois, les adeptes sont conviés à se regrouper, généralement à Montréal, pour pratiquer leurs échanges en espéranto. Deux fois par année, un événement régional rassemble les locuteurs du Québec, mais également de l’Ontario et du nord-est des États-Unis. Considérés comme très dynamiques selon M. Fleury, les adeptes québécois de l’espéranto espèrent obtenir le congrès mondial de la langue pour 2020 à Montréal.