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Le Mois de l’histoire des Noirs en réalité virtuelle

Le Mois de l’histoire des Noirs en réalité virtuelle

Le Centre Phi souligne le Mois de l’histoire des Noirs avec deux courts métrages en réalité virtuelle particulièrement réussis.

Je suis au centre d’un tribunal en dessin animé en noir et blanc. Le style est unique, mais simple, à la manière des courts métrages animés des années 1960 et 1970. À ma droite, un juge silencieux semble posé sur un siège de trois mètres de haut. À ma gauche, quatre avocats. Tous blancs. Le militant antiapartheid Walter Sisulu défend devant moi les actes de sabotage du Congrès national africain (CNA) en Afrique du Sud.

Ce procès, c’est celui qui a mené Nelson Mandela, Walter Sisulu et plusieurs autres militants sud-africains en prison pendant plus d’un quart de siècle. Le procès de Rivonia qui s’est déroulé de 1963 à 1964 n’a jamais été filmé, mais des centaines d’heures de bandes audios subsistent. En les apposant à un dessin animé en réalité virtuelle, les réalisateurs Nicolas Champeaux et Gilles Porte modernisent ces enregistrements et permettent aux spectateurs de revivre la scène. Le résultat est magistral.

Accused no. 2: Walter Sisulu sera présenté au Cinéma VR du Centre Phi jusqu’au 24 mars.

Accused No. 2: Walter Sisulu ne se veut pas un reportage journalistique conçu pour répondre à toutes nos questions. Je me suis senti transporté et captivé par le témoignage et le contre-interrogatoire de ce héros méconnu du CNA et mentor de Nelson Mandela, mais j’en suis ressorti avec plus de questions que de réponses. En 15 minutes, le documentaire éveille nos sens et notre intérêt, et c’est à nous de fournir l’effort pour nous informer ensuite.

Accused No. 2 : Walter Sisulu est l’un des deux films présentés ce mois-ci au Cinéma VR, une initiative du Centre Phi dans le Vieux-Montréal où des œuvres en réalité virtuelle sont diffusées à heures fixes, comme au cinéma. Un logiciel développé par le Centre Phi permet de démarrer 12 casques de réalité simultanément et les films choisis sont visionnés sans interactions du spectateur, bien assis dans un fauteuil confortable. Il ne manque que le popcorn pour se croire au grand écran.

L’autre film mis en vedette par le Centre Phi au Cinema VR pour le Mois de l’histoire des Noirs est Traveling While Black, du studio Montréalais Felix & Paul. Le documentaire de 22 minutes réalisé par Ross Williams et Ayesha Naradajah nous fait visiter Ben’s Chili Bowl, un restaurant iconique de Washington aux États-Unis où les propriétaires et des clients discutent des difficultés qu’avaient les Noirs américains à voyager pendant la ségrégation.

Accused no. 2: Walter Sisulu sera présenté au Cinéma VR du Centre Phi jusqu’au 24 mars.

Le thème est d’actualité avec la sortie l’année dernière du film Green Book de Peter Farrelly, qui s’inspire aussi de l’époque où les Noirs américains utilisaient le Negro Motorist Green Book pendant leurs déplacements. Cette sorte de guide de voyage indiquait les hôtels, restaurants et stations-service où les Afro-Américains étaient les bienvenus.

Avec sa succession d’anecdotes, ses entrevues et ses reconstitutions qui nous font constamment sauter du présent au passé, Traveling While Black tente de nous faire mieux comprendre cette époque et démontre que les difficultés de voyager demeurent bien présentes de nos jours pour les Noirs américains.

Le documentaire adopte la réalité virtuelle
Si les casques de réalité virtuelle comme l’Oculus Rift et le HTC Vive ne remportent pas les succès escomptés pour le grand public, la technologie connaît un certain engouement dans le documentaire et le théâtre immersif.

En plaçant le spectateur en plein milieu d’une scène, la réalité virtuelle crée un effet d’immersion et stimule l’empathie. Et il n’est pas nécessaire d’offrir un film réaliste pour atteindre ces objectifs, comme le démontre l’excellent Accused No. 2 : Walter Sisulu. Même dans un décor de dessin animé, et même avec le son provenant d’enregistrements audios d’une qualité moyenne, j’ai rapidement oublié que j’étais assis dans un fauteuil du Centre Phi. Je me sentais au véritable procès de Walter Sisulu, accroché à ses lèvres.

La technique n’est pas infaillible. J’ai aussi regardé mon lot de documentaires sans intérêt en réalité virtuelle et en cinéma en 360 degrés. Placer quelqu’un au centre de l’action ne rend après tout pas l’action passionnante pour autant. Les bons coups méritent toutefois d’être soulignés et c’est le cas pour ces deux œuvres.

 

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