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Amazon Go: visite d’un magasin sans caisse enregistreuse

Amazon Go: visite d’un magasin sans caisse enregistreuse

Notre chroniqueur techno a visité la semaine dernière Amazon Go à San Francisco, une boutique dotée de centaines de caméras de surveillance, mais personne à la caisse pour faire payer les clients.

Le géant Amazon souhaite étendre son empire web au commerce de détail avec Amazon Go, une chaîne lancée il y a deux ans maintenant et qui compte désormais 10 boutiques aux États-Unis, réparties entre Chicago, Seattle, et San Francisco.

Amazon Go est certainement l’un des magasins les plus futuristes que j’ai eu l’occasion de visiter. L’intérieur est sobre et assez petit. Sur les étagères, on retrouve principalement de la nourriture et des boissons. On vise ici la clientèle pressée du centre-ville, qui souhaite acheter un repas sur le pouce pour l’heure du dîner ou une collation entre deux rendez-vous.

L’accès au magasin est bloqué par une barrière qui rappelle une entrée de métro. Au lieu de sortir un billet de transport en commun, on doit toutefois installer l’application Amazon Go sur son téléphone intelligent, s’enregistrer avec son compte Amazon et présenter le code barre qui s’y affiche vers un le lecteur numérique.

Une fois à l’intérieur, j’effectue quelques tests pour déjouer le système. Je prends des items et je les remets ensuite sur les étagères, je mets un paquet de gomme dans mes poches pour le replacer plusieurs minutes plus tard et je sors finalement avec un sac de chips entre les mains. Quelques instants s’écoulent et une notification apparaît sur mon téléphone: les chips ont bel et bien été facturés, mais pas le reste.

Le magasin Amazon Go de San Francisco ne contient aucune caisse.

Comment ça fonctionne
Pour permettre une expérience de la sorte, Amazon a truffé ses boutiques de caméras de surveillance. Au plafond et à l’intérieur des réfrigérateurs, celles-ci se comptent par centaines. Chaque millimètre carré est couvert de tous les angles.

Pour reconnaître les clients, le système n’a pas besoin que celui-ci prenne d’égoportrait au préalable dans l’application, puisqu’il est filmé à son arrivée et relié au compte Amazon de l’application qu’il a numérisée pour passer la barrière. Amazon Go n’a d’ailleurs pas besoin de distinguer un individu parmi ses milliards d’abonnés, puisqu’il lui suffit seulement de le différencier des autres acheteurs présents dans le magasin à cet instant.

Le système utilise ensuite la reconnaissance d’image et des balances intégrées aux étagères pour enregistrer tous les éléments pris par les clients. Il différencie un aliment qui est simplement touché, et aussi ceux qui sont remis à leur place si le client a changé d’idée avant de quitter la boutique.

Notons que ce n’est pas parce que personne n’opère de caisse enregistreuse qu’il n’y a pas d’employés chez Amazon Go. Au moment de ma visite, il y avait pas moins de cinq travailleurs sur place: une à l’entrée pour aider les clients avec l’application, deux qui remplissaient des étagères et deux qui se tournaient les pouces.

Même si Amazon souhaiterait ouvrir 3000 boutiques d’ici 2021 selon Bloomberg, Amazon Go est après tout encore une opération de relations publiques, et un futur sans employés n’est pas très vendeur. Plusieurs villes et états américains ont d’ailleurs banni les commerces du genre, comme le New Jersey. La crainte n’est généralement pas reliée aux emplois, mais plutôt au fait que l’obligation d’avoir une carte de crédit et un téléphone intelligent restreint l’accès aux commerces par les populations plus pauvres, un argument difficile à démonter. 

Une expérience peu inspirante
Même pour un amateur de technologies, la visite d’Amazon Go est peu inspirante. Ce n’est après tout pas comme s’il y avait toujours des files interminables au dépanneur du coin. Amazon veut offrir une expérience de magasinage sans friction, mais le résultat ne diffère dans l’ensemble pas trop d’un achat normal.

Je peux aussi imaginer que certains aiment rester dans leur bulle, mais personnellement, j’apprécie encore le contact humain dans les commerces, même au dépanneur au coin de ma rue avec son propriétaire bête comme ses deux pieds.

La liste des inconvénients d’Amazon Go est longue (matériel informatique cher à implanter, problèmes sociétaux, expérience froide), tandis que ses avantages pour l’utilisateurs sont bien petits.  Plusieurs pensent que les magasins sans caissiers et sans caissières représentent le futur. J’espère que non.