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Mise à l’essai: le Huawei P30 Pro change la donne

Mise à l’essai: le Huawei P30 Pro change la donne

Le téléphone intelligent P30 Pro de Huawei est doté d’appareils photos exceptionnels, qui relèvent la barre de plusieurs crans. Peut-être même assez pour changer la dynamique dans le marché des appareils Android.

Alors que les téléphones évoluent à un rythme ralenti depuis plusieurs années, Huawei a mis les bouchées doubles avec son nouveau P30 Pro, attendu ce jeudi au Canada. Non seulement l’appareil excelle à pratiquement tous les niveaux, il est aussi moins cher que ses principaux concurrents.

Un bon nombre de Canadiens associent Huawei au bras de fer opposant la Chine et les États-Unis dans le déploiement des réseaux 5G, mais l’entreprise est aussi un géant de l’électronique à part entière, qui connaît une croissance fulgurante. D’équipementier méconnu du grand public il y a quelques années à peine, Huawei se bat désormais avec Apple pour la seconde place comme plus grand fabricant de téléphones intelligents au monde.

Design et caractéristiques

Huawei devrait poursuivre sa croissance cette année grâce au P30 Pro, un téléphone dans une classe à part. À l’avant, celui-ci ressemble aux autres appareils du moment, avec un grand écran OLED de 6,47 pouces qui couvre pratiquement toute sa surface et une toute petite encoche au centre de l’écran. Sa résolution est assez basse, à 1080 x 2340, mais celle-ci est amplement suffisante (le Samsung Galaxy S10+ affiche d’ailleurs une résolution équivalente par défaut, même si son écran est capable de plus. Une résolution trop élevée nuit aux performances et à l’autonomie des téléphones, sans être particulièrement aventageuse pour un téléphone).

L’arrière se démarque toutefois un peu plus, grâce à ses couleurs originales, particulièrement avec sa finition « cristal étincelant », qui offre des teintes de blanc, de bleu et de mauve qui semblent changer selon l’éclairage ambiant (et qui s’adapte particulièrement bien aux interminables hivers québécois).

En regardant de très près, on note aussi qu’il n’y a pas de haut-parleur au haut de l’appareil, comme c’est le cas avec pratiquement tous les téléphones depuis Graham Bell. Pour les appels traditionnels, l’écran du téléphone est doté d’une technologie le faisant vibrer, ce qui permet d’entendre son interlocuteur.

Malheureusement, l’autre haut-parleur, celui au bas de l’écran, n’est pas à la hauteur pour un téléphone haut de gamme. La qualité du son laisse à désirer, avec une absence notable de fréquences basses.

Pour le reste, le téléphone de Huawei offre pratiquement toutes les caractéristiques techniques que l’on pourrait espérer en 2019. Son processeur Kirin 980 est puissant, il offre une bonne capacité de 128 Go, une généreuse quantité de mémoire vive (8 Go) et son immense batterie de 4200 mAh lui assure l’une des bonnes autonomies sur le marché (environ une journée et demie d’utilisation moyenne).

Sa recharge est d’ailleurs particulièrement rapide, grâce à un chargeur de 40 watts, qui prolonge son autonomie de plusieurs heures en quelques minutes seulement (considérant les effets négatifs à long terme de la recharge rapide sur les batteries, je vous suggérerais toutefois d’utiliser un autre chargeur pendant la nuit).

La recharge sans fil de 18 watts est aussi supérieure à la moyenne. Celle-ci peut d’ailleurs être inversée pour recharger un autre appareils à partir du P30 Pro, comme avec les Mate 20 Pro et Samsung Galaxy S10+, mais la fonctionnalité est d’un intérêt limité. Il est difficile d’aligner les appareils, avoir son téléphone face contre table n’est pas pratique et la technologie est peu efficace de toute façon. Heureusement, sa présence n’enlève rien au téléphone, mais il ne devrait pas s’agir d’un argument de vente.

Il manque bien quelques éléments, comme un port audio 3,5mm et une caméra frontale 3D qui aurait été plus efficace pour déverrouiller le téléphone que le capteur d’empreintes digitales sous l’écran que l’on retrouve présentement, mais rien pour réellement nuire à l’expérience de l’utilisateur.

Je ne suis pas convaincu non plus par son interface logicielle. Celle-ci comporte beaucoup de logiciels inutiles, et la présence de Huawei se fait beaucoup trop sentir (une fonction qui permet de lancer de la reconnaissance d’image à partir de captures d’écran pour effectuer des achats s’active par exemple souvent par erreur lorsque l’on tente simplement de partager un cliché sur Instagram). Les meilleures versions d’Android sont celles qui misent sur le minimalisme. Ce n’est malheureusement pas le cas ici.

Des appareils photo exceptionnels

Le P30 Pro de Huawei se démarque surtout par ses appareils photo, que ce soit avec son capteur principal de 40 mégapixels, son objectif grand angle (avec capteur de 20 mégapixels) ou son objectif rapproché équivalent à un zoom 5X (avec capteur de 8 mégapixels). L’appareil offre aussi un quatrième capteur, qui n’est toutefois utilisé que pour mesurer la distance avec le sujet (pour la création d’un flou artistique autour d’une personne dans un portrait, par exemple).

À la noirceur, l’appareil photo conçu en collaboration avec la firme allemande Leica est exceptionnel, au point d’être capable de prendre une photo dans une pièce très sombre. Là où l’iPhone XS affiche une photo inutilisable (à gauche dans l’image ci-bas), le P30 Pro permet de distinguer les ombres, le texte et la couleur (à droite ci-bas). L’effet est tout simplement saisissant. Dans la vie de tous les jours, cela permet par exemple de réussir des clichés dans un bar, et d’obtenir des photos plus nettes d’un sujet en mouvement lorsque l’éclairage n’est pas idéal.

Les paysages nocturnes pris avec le P30 Pro sont aussi plus réussis qu’avec Pixel 3 XL, l’appareil de choix jusqu’ici pour les clichés du genre. Détail intéressant, il n’est d’ailleurs pas nécessaire d’activer le mode nocturne pour les réussir. Une photo régulière éclaire suffisamment la scène, tout en préservant les noirs intacts (photo ci-contre).

Plusieurs innovations matérielles et logicielles expliquent ces performances. Le capteur a par exemple été complètement réimaginé par Leica et Huawei, pour capturer non pas le rouge le bleu et le vert, mais le rouge, le bleu et le jaune, ce qui permettrait de préserver plus de lumière. L’objectif est aussi plus grand qu’auparavant (sans battre de records pour autant) et chaque photo combine plusieurs images à la fois, permettant d’obtenir une exposition juste et un minimum de bruit.

Le zoom optique 5X – obtenu à l’aide d’un miroir et de lentilles placées à l’horizontal plutôt qu’à la verticale – s’avère aussi une belle surprise. Il est souvent pratique (pour prendre un sujet au loin, obtenir un angle architectural original ou photographier un animal qui n’aime pas se faire approcher) et ses clichés sont précis, du moins lorsque l’éclairage est suffisant. Il est aussi possible d’utiliser un zoom hybride allant de 10X à 50X, mais la qualité du résultat varie alors d’une fois à l’autre. 10X est généralement convenable, mais un trépied est recommandé pour les plus grands agrandissements.

L’objectif grand angle innove moins que les deux autres, mais il est tout de même d’une bonne qualité.

Non seulement le P30 Pro est l’appareil qui prend les meilleures photos, mais il est aussi le plus polyvalent, avec son excellent choix d’objectifs, son un mode professionnel complet, une détection des scènes par intelligence artificielle un peu moins insistante qu’avec le P20 Pro, une bonne stabilisation optique et des fonctionnalités avancées comme la prise de vidéos accélérées. Si la photographie est l’élément qui vous importe le plus dans un téléphone intelligent (et c’est le cas pour bien des utilisateurs), il s’agit de l’appareil à battre en ce moment.

Un prix de vente alléchant

À un prix de 1120$ sans entente, il est aussi vendu légèrement moins cher que le Pixel 3 XL équivalent, et 400$ de moins que les Galaxy S10+ de Samsung et que l’iPhone XS Max d’Apple. La différence est considérable, surtout pour un téléphone qui les dépasse à quelques égards. Reste à voir à quel point le contexte géopolitique fera mal à Huawei, car l’entreprise aurait autrement tous les atouts dans son jeu pour faire très mal à ses concurrents.

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