Ahuntsic-Cartierville
13:34 18 août 2020 | mise à jour le: 18 août 2020 à 16:18 temps de lecture: 4 minutes

La pornographie, source de désinformation

La pornographie, source de désinformation
Photo: ArchivesTrois sites de pornographie se retrouvent parmi le top 20 des plus consultés sur la toile au Canada.

La vision de la sexualité de plusieurs adolescents québécois est altérée par la pornographie, constatent des intervenants communautaires. Sur le terrain, ils tentent d’aider les jeunes à aiguiser leur sens critique quant au divertissement érotique.

En raison de leurs connaissances sexuelles limitées, des internautes apprennent certaines notions par la pornographie. «Ça joue beaucoup avec leur perception d’une relation sexuelle, en influençant leur imaginaire érotique», indique l’intervenante psychosociale et sexologue de Tel-Jeunes, Véronique Bisson.

Près de 15% des appels reçus par l’organisme d’intervention jeunesse sont à propos de la sexualité. Parmi ceux-ci, il n’y en a que 2% qui concernent la porno. «On sent que c’est un sujet tabou, mais sous-jacent dans les questions que l’on nous pose, remarque Mme Bisson. On sent vraiment une forte influence.»

Le X vient notamment teinter la notion de consentement, qui est inconnue de certains appelants. «Le consentement est souvent inexistant dans la porno. La relation sexuelle commence alors que l’autre a dit non ou qu’il ne s’y attendait pas. Ça joue beaucoup sur la perception des relations interpersonnelles», analyse Mme Bisson.

Performance et bestialité

Le visionnement pornographique amène également des mineurs à remettre en question leur image corporelle, relève la coordinatrice de l’Action jeunesse de l’Ouest de l’île (AJOI), Carine Dahab.

«Les garçons remettent beaucoup en question la taille de leur pénis, tandis que les filles se demandent pourquoi elles ont des boutons, des poils incarnés. Ils ne semblent pas réaliser que ce sont des acteurs, et que les images sont retouchées», se préoccupe-t-elle.

L’organisme de travail de rue a fait la tournée des écoles secondaires par le passé afin d’offrir des ateliers sur la sexualité. On y propose aux élèves de soumettre anonymement des questions, qui suscitent des discussions de groupe.

La nature des interrogations soulevées prend régulièrement les intervenants de court. «On nous demande s’il est normal d’avoir des relations avec des animaux, d’éjaculer dans le visage des autres, et on nous pose énormément de questions sur la performance», relate Mme Dahab.

Au-delà de la curiosité, certains adolescents sont aux prises avec des problèmes de dépendance à la pornographie. «Il arrive que des infirmières nous appellent pour nous dire que certains garçons ont des troubles érectiles. Ils ne sont plus excités par le corps de leur partenaire, car leur imaginaire de la sexualité a été impacté», explique-t-elle.

Démystifier

Depuis 2018, les écoles sont tenues par le ministère de l’Éducation d’offrir des cours sur la sexualité. Leur qualité diffère cependant d’un établissement à l’autre, délore Mme Dahab.

«C’est un fardeau de plus sur les épaules de certains enseignants, alors que certains ne sont pas adéquatement formés pour donner des cours sur le sujet ou ne sont tout simplement pas à l’aise. Des fois on est surpris, on constate qu’il y a un certain laisser-aller», expose-t-elle.

Compte tenu du manque d’informations crédibles à la portée des élèves, la pornographie devient une source d’exposition à la sexualité facilement accessible. Devant cette situation, les intervenants ne tentent pas de convaincre les jeunes de cesser le visionnement de vidéos pour adultes.

«C’est normal de vouloir en regarder, mais il ne faut pas oublier que c’est du divertissement, pas la sexualité de tous les jours. On veut que les jeunes développent leur esprit critique à cet égard», mentionne Mme Brisson.

Les parents peuvent aussi faire leur part dans le développement du sens critique quant à la sexualité, en conservant une attitude ouverte et en questionnant leurs enfants quant à leurs perceptions de certains phénomènes.

«Par exemple, ils peuvent se servir de l’actualité, en faisant référence avec la dernière vague de dénonciations, note Mme Brisson. C’est un bon point de départ.»

Finalement, plusieurs livres offrent des conseils aux parents qui souhaitent aborder la sexualité avec leurs enfants.

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