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Disparition de la monnaie: quand quêter n’est plus une option 

Difficile de quêter en 2022.
Difficile de quêter en 2022. Photo: Clay LeConey/Unsplash

Qui trimballe encore de la monnaie dans ses poches? Très peu de personnes. Si le quotidien de la majorité est simplifié par le paiement par carte ou cellulaire, le mode de vie des personnes en situation d’itinérance qui recourait à la quête pour survivre s’en trouve, lui, grandement affecté, voire compromis. 

«La disparition de la monnaie creuse les inégalités sociales, estime Caroline Dufour, directrice stratégie et impact social pour l’organisme Dans la rue. Il faut être très patient aujourd’hui pour faire de la quête.» 

En effet, maintenant qu’il est rendu (trop) facile de dire à une personne qui quémande que l’on n’a rien sur soi (parce que c’est vrai), les sans-abri sont invisibilisés plus que jamais dans l’espace public, confirme Elisabeth Greissler, professeure à l’École de travail social de l’Université de Montréal. 

Dans ce contexte, certains abandonnent la quête et auraient adopté à la place des comportements criminels simplement pour assurer leur survie. Des méthodes inquiétantes qui sont appelées à devenir de plus en plus communes, se désole Caroline Dufour.  

Mais la générosité de la population québécoise n’a pas complètement disparu pour autant. 

Certains passants donnent ce qu’ils peuvent, achètent des lunchs sur demande; d’autres offrent même – étonnamment – des virements Interac. 

«Mais, souvent, [les personnes sans-abri] n’ont pas de compte en banque, précise Mme Dufour. Quand quelqu’un est en situation de survie, il est possible qu’il fasse une connerie, comme frauder la banque en déposant un faux chèque dans le guichet pour en retirer des billets. La personne est bannie de la banque pour cela. C’est un classique. C’est une raison, entre autres, pour laquelle les personnes en situation d’itinérance ne peuvent pas accepter de virement Interac.» 

Les organismes communautaires proposent des solutions de remplacement. Les personnes en situation d’itinérance peuvent, par exemple, faire du travail à la journée, comme du nettoyage urbain. 

«Le travail à la journée a quelque chose de très positif, indique Mme Dufour. Ça amène ces personnes à penser à réintégrer le marché du travail.» 

Photo : Maxime Juneau

Une solution technologique? 

En Chine, où la monnaie aussi disparaît, une technologie permet aux personnes en situation d’itinérance de quémander à l’aide d’un système de paiement numérique impliquant un code QR. Le fait de ne pas avoir de monnaie n’est donc plus une excuse.  

Serait-ce applicable ici? Jonathan Latreille-Chevalier, gestionnaire des programmes au Québec chez Mission inclusion, ne le croit pas.  

«On vise davantage des solutions à échelle humaine plutôt que technologiques», affirme-t-il.  

La solution à cette situation réside dans la création de liens entre les ressources et les personnes, estime le spécialiste.  

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