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Le Dépôt: là où riment alimentation saine et justice sociale

Aide alimentaire, agriculture urbaine, ateliers pour apprendre à cuisiner et manger sainement, campagnes de sensibilisation: le Dépôt, un centre communautaire d’alimentation, offre plus d’une vingtaine de programmes. Premier organisme du genre au Québec, il nourrit les citoyens à faible revenu du quartier Notre-Dame-de-Grâce (NDG) depuis 1986.

«Pour nous, la sécurité alimentaire, c’est un enjeu de pauvreté et de manque d’équité, explique la directrice générale du Dépôt, Tasha Lackman. Les gens doivent faire des choix difficiles [quand ils ont de faibles revenus], et souvent ce sont les aliments qui sont coupés.»

À titre de services de première ligne, le Dépôt distribue gratuitement des paniers d’alimentation en plus d’administrer le Resto Dépôt, où tous et toutes peuvent venir profiter d’un repas sur l’heure du midi, sans frais.

Plus de trente ans après sa fondation, l’organisme est toujours aussi, sinon plus, essentiel aujourd’hui. La demande pour tous ses services augmente en flèche, notamment en raison de l’augmentation du prix du panier d’épicerie.

«Depuis le mois de mai, on a doublé le nombre d’individus qu’on dessert [avec des paniers d’alimentation]», affirme Tasha Lackman.

En outre, de plus en plus de gens qui n’ont jamais recours aux services de l’organisme et qui ont un revenu d’emploi sollicitent l’aide de l’organisme.

C’est une illustration de comment notre système est brisé […] On peut travailler et quand même avoir besoin d’un recours d’urgence en alimentation.

Tasha Lackman, directrice générale du Dépôt

Des mesures gouvernementales anti-inflation insuffisantes

Tasha Lackman est catégorique: les bénéfices de l’aide gouvernementale ponctuelle du Québec sont très limités, et presque nuls à long terme.

Rappelons que d’ici la fin de l’année 2022, le gouvernement offrira à nouveau des chèques de 400 $ à 600 $ aux contribuables qui font moins de 104 000 $ par année.

«On sait que tout le monde sent l’impact de l’inflation, mais tout le monde ne le sent pas de façon égale, déplore la directrice générale. On est dans un enjeu de manque d’équité sociale et on a besoin de solutions à long terme, plus pointues, qui vont vraiment avoir un impact.»

C’est pourquoi elle implore tous les paliers de gouvernement de «réfléchir aux enjeux systémiques qui gardent les gens dans des états de pauvreté et les empêchent de vivre à leur plein potentiel».

Tasha Lackman, la directrice générale du Dépôt. Ismaël Koné/Métro.

L’ex-avocate revendique notamment un financement adéquat, qui reconnaît l’importance des services d’alimentation de première ligne. À titre indicatif, sur l’ensemble du budget de 3 millions de dollars du Dépôt, seulement 100 000 $ est garanti par le gouvernement provincial.

Un financement d’autant plus inadéquat que le coût des aliments augmente aussi pour le Dépôt. «Les coûts de la nourriture augmentent en général de 10%, mais pour les fruits et légumes, l’huile, ça augmente d’environ 30%», ajoute Mme Lackman.

Cette hausse de prix, jumelée à un achalandage qui double, laisse présager des besoins de financement pressants.

«On ne se sent pas mendiant»

C’est de cette façon que Michelle, qui dîne au Resto Dépôt, qualifie son expérience.

La résidente de NDG, qui vient s’y nourrir par «manque d’argent», considère que l’accueil y est «extraordinaire».

«C’est toujours des bons aliments, c’est toujours bon au goût», se réjouit-elle.

Marisela, attablée avec Michelle, ne peut plus cuisiner depuis plusieurs années en raison d’un accident. Elle ajoute que l’organisme favorise l’intégration dans le quartier, en aidant les nouveaux arrivants à trouver leurs repères et à identifier les services dont ils peuvent bénéficier, tout en facilitant l’apprentissage du français et de l’anglais.

Les deux femmes se sont rencontrées il y a quelques minutes, mais apprennent à se connaître en profitant de leur repas.

Quand tu te sens seule, il y a des personnes qui viennent te parler.

Marisela

Tasha Lackman serait choyée d’entendre les deux femmes encenser le Dépôt. L’alimentation «sert de point d’entrée», mais le Dépôt porte «une vision de justice sociale à plus long terme», résume-t-elle.

Des bénévoles oeuvrent dans la cuisine du Resto Dépôt. Ismaël Koné/Métro.

Un sentiment de communauté

Métro observe le même sentiment d’appartenance chez les bénévoles et les employés que chez les «participants», soit ceux et celles qui bénéficient des programmes du Dépôt.

Justin Gandhi fait du bénévolat au Dépôt depuis 2018. Il s’occupe désormais de l’accueil pour les participants qui viennent chercher leur panier alimentaire.

Après y être venu une première fois, «tu tombes en amour avec l’endroit», raconte-t-il.

Même après quatre ans, Justin Gandhi est toujours aussi heureux de faire du bénévolat. «C’est les meilleures quatre heures de ma semaine, ajoute-t-il. Tu ne te concentres sur rien d’autre que la personne que tu sers en face de toi.»

Le repas du jour au Resto Dépôt. Ismaël Koné/Métro.

Lawin Pascua est stagiaire au Resto Dépôt. C’est lui qui dirige la cuisine au moment de la visite de Métro, en l’absence du chef habituel.

De grandes responsabilités pour le jeune homme de 17 ans, le restaurant ayant parfois jusqu’à 200 bouches à nourrir lors des journées occupées.

Lawin a cuisiné un ragoût inspiré de la cuisine des Philippines, étant lui-même philippin.

C’est le sentiment de communauté qui distingue le Dépôt, selon lui. «On essaye de faire sentir les participants comme des amis, ou comme la famille», précise-t-il.

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