Environnement

Chaleurs extrêmes: quand les changements climatiques menacent la santé publique

Photo: Laurent EMMANUEL / AFP

Les vagues de chaleur successives ne donnent pas de répit lors de cet été 2021. Ce n’est pas seulement la santé des plus vulnérables qui est menacée. Des populations doivent être déplacées en raison des feux de forêts et les gouvernements doivent faire des dépenses additionnelles dans les infrastructures, dont la climatisation.

Une nouvelle vague de chaleur sévit aux États-Unis, moins de trois semaines après la précédente, qui a touché le Nord-ouest américain et l’ouest du Canada à la fin juin. Les températures ont alors dépassé les 45 degrés Celsius pendant plusieurs jours.

Quelques jours auparavant, un potentiel record de température de 38 °C avait aussi été enregistré au nord du cercle arctique. Dans la zone touchée par la vague de chaleur, plus de 70 stations météorologiques qui mesurent la température depuis au moins les années 1960 ont enregistré des températures égales ou dépassant des records établis.

Peut-on vraiment établir un lien entre les changements climatiques et ces vagues de chaleur exceptionnelle ?

Plusieurs records battus

Le record absolu de température au Canada, de 45 °C, avait été établi le 5 juillet 1937 en Saskatchewan. Il a été dépassé trois jours de suite à Lytton, en Colombie-Britannique. Il a fait 46,6 °C le 27 juin, 47,9 °C le 28 juin et 49,5 °C le 29 juin. La nouvelle a fait les manchettes de médias étrangers.

Plusieurs records de température ont aussi été battus dans les Territoires du Nord-Ouest. Aux États-Unis, des records de température sont aussi tombés à Seattle et Portland, entre autres.

Un autre fait frappant : les températures ont été significativement plus élevées que la normale correspondante à cette période de l’année. Par exemple, on a enregistré des températures de 20 °C au-dessus de la normale à Portland, É.U.

Au Canada, la chaleur extrême et l’assèchement de la végétation ont augmenté le risque d’incendies forestiers. Des centaines de feux de forêt ont été déclarés en Colombie – Britannique depuis le début de juillet.

Le lundi 5 juillet, on dénombrait environ 200 incendies actifs, dont le tiers étaient considérés hors de contrôle. Le village de Lytton a été ravagé à 90 % par un feu de forêt, forçant l’évacuation de sa population dans un court délai.

Le phénomène du dôme de chaleur

Les anticyclones (systèmes de haute pression) sont normalement associés au beau temps et à un ciel clair. Cependant, quand un anticyclone reste longtemps sur une même région en raison d’un « blocage atmosphérique », qui empêche le déplacement de celui-ci, cette situation peut donner lieu à une vague de chaleur. Dans le cas de la vague de chaleur qui a affecté l’ouest du continent nord-américain, l’anticyclone a persisté une semaine au-dessus des régions affectées.

Le blocage atmosphérique qui a causé ce dôme de chaleur est connu sous le nom de « blocage oméga ». C’est normalement ce type de blocage qui cause les vagues de chaleur dans cette région. Le système de haute pression a atteint des valeurs records ; cependant, ces valeurs ont été beaucoup moins exceptionnelles que les températures extrêmes observées.

Carte météorologique
Carte d’analyse du Centre météorologique canadien (CMC) au 30 juin 2021, à 00:00 UTC. Les couleurs violette et rouge à l’ouest du continent nord-américain représentent la température élevée. L’anticyclone responsable de la vague de chaleur est représenté par la lettre H1015. Météocentre

Cette vague de chaleur est du jamais vu, à tel point que les météorologues se sont demandés si cet évènement, bien prévu par les modèles atmosphériques, était une erreur des modèles.

Un enjeu de santé publique

Cette vague de chaleur exceptionnelle a eu des impacts importants sur la santé des populations affectées. Puisqu’il s’agit des régions qui ne sont pas habituées à des températures aussi élevées, la population est moins prête pour affronter la chaleur accablante. Par exemple, un rapport de BC Hydro publié l’année dernière a trouvé que le nombre de foyers ayant des climatiseurs en Colombie-Britannique est de 34 %.

Entre le 25 juin et le 1er juillet 2021, la Colombie-Britannique a rapporté 719 décès soudains et inattendus (à noter qu’il s’agit de résultats préliminaires), ce qui est trois fois plus que la normale au cours de cette même période. La vague de chaleur a probablement contribué significativement à cette augmentation des décès, mais on ne sait pas encore combien de décès peuvent être attribués à celle-ci. Dans la plupart des cas, il s’agissait de personnes âgées qui habitaient seules dans des résidences privées sans ventilation adéquate.

Une autre conséquence négative de la vague de chaleur est la dégradation de la qualité de l’air car les conditions météorologiques associées aux vagues de chaleur (stabilité des basses couches de l’atmosphère, température élevée, présence de la lumière du soleil et vent faible) sont favorables à la formation et à la concentration des contaminants atmosphériques tels que l’ozone et les particules fines. D’ailleurs, la fumée des feux de forêt contribue à dégrader davantage la qualité de l’air.

Le Canada se réchauffe plus rapidement

Le Canada est et sera particulièrement affecté par les changements climatiques, selon le Rapport sur le climat changeant du Canada, publié en 2019. En effet, le Canada s’est réchauffé et continuera de se réchauffer à un rythme deux fois plus élevé que le reste du globe.

Avec le réchauffement climatique, les températures extrêmement chaudes sont devenues et deviendront plus fréquentes et intenses, ce qui augmentera la sévérité des vagues de chaleur et le risque de feux de forêt. La vague de chaleur qui a affecté le Nord-ouest américain s’inscrit donc dans cette tendance.

Cependant, il est important de préciser que l’on ne peut pas imputer un phénomène météorologique précis, telle cette vague de chaleur, aux changements climatiques d’origine anthropique, c’est-à-dire au réchauffement planétaire causé par l’activité humaine, qui est la principale cause des changements climatiques.


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Ce que l’on peut analyser, c’est la façon dont la probabilité ou l’intensité d’un certain type d’évènement extrême a changé à la suite de l’augmentation de la concentration de gaz à effets de serre découlant des activités humaines.

Les risques d’incendie augmentent

Ce domaine de la science du climat, connu sous le nom d’ « attribution des événements », a été appliqué à plusieurs évènements extrêmes qui ont eu lieu au Canada. Par exemple, une étude portant sur les feux de forêt de Fort McMurray de 2016 a conclu que le réchauffement d’origine anthropique a augmenté la probabilité de risque de feux de forêt extrêmes dans l’Ouest canadien. En d’autres mots, les feux de forêt de Fort McMurray auraient eu moins de chances de se produire dans un monde sans réchauffement climatique d’origine anthropique.

Puisque la vague de chaleur qui a frappé l’Ouest canadien a eu lieu récemment, il faudra attendre encore quelque temps avant que des études d’attribution de cet évènement soient menées et publiées dans une revue à comité de lecture. Une première analyse rapide de cette vague de chaleur a conclu que celle-ci aurait été quasiment impossible sans le réchauffement climatique d’origine anthropique.

Les vagues de chaleur comme celle-ci deviendront plus fréquentes avec le réchauffement climatique, avec des conséquences néfastes pour les populations affectées. En limitant le réchauffement climatique à 1,5 °C au lieu de 2 °C, nous pourrions réduire d’environ 420 millions et 65 millions le nombre de personnes exposées, respectivement, à des vagues de chaleur extrêmes et à des vagues de chaleur exceptionnelles.


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Malheureusement, à l’heure actuelle nous ne sommes pas du tout en voie d’atteindre l’objectif de l’Accord de Paris de limiter l’augmentation de température à bien en dessous de 2 °C par rapport aux niveaux préindustriels, et idéalement à 1,5 °C. Nous nous dirigeons plutôt vers un réchauffement climatique de 3 °C au cours de ce siècle, ce qui aurait des conséquences négatives significatives pour la santé humaine. Nous sommes encore à temps pour prendre la bonne route, mais il faut agir vite et fermement.

Marta Moreno Ibáñez, PhD candidate in Earth and atmospheric sciences, Université du Québec à Montréal (UQAM)

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