Le fait que des marques automobiles naissent et que d’autres disparaissent n’a rien de nouveau. Par contre, jamais l’industrie automobile n’a vécu autant de transformations ni subi autant de disparitions qu’au cours de la dernière année. Et la prochaine décennie n’est pas près de voir la tempête se calmer…
Avec l’arrivée de 2010, l’industrie automobile vient d’entamer la deuxième décennie de son deuxième siècle d’existence. Si l’on jette un Å“il dans le rétroviseur, on reconnaît qu’au fil des ans, l’implacabilité du marché a fait des victimes. Pensons aux Eagle, Oldsmobile, Plymouth, Cougar… Depuis 20 ans, une dizaine de marques d’importance se sont éteintes en Amérique du Nord.
Mais qu’autant de marques changent de mains ou disparaissent en un an – et que deux géants, GM et Chrysler, se soient placés sous la protection de la loi sur les faillites -, c’est du jamais vu. Surtout, précise Dennis DesRosiers, grand guru de la statistique automobile au Canada, qu’on parle ici de marques qui existent depuis des décennies, comme Pontiac et Saturn.
Bon, il est vrai que Saturn n’a été créée qu’il y a un quart de siècle – elle aurait d’ailleurs célébré ses 25 ans mercredi dernier. Les premières voitures Saturn sont sorties des chaînes de montage de Spring Hill, au Tennessee, il y a deux décennies, mais les ventes n’ont jamais vraiment levé.
Pontiac remonte à pas mal plus loin : 1926. Avez-vous pensé un moment, au paysage automobile sans Pontiac? Rappelez-vous la Bonneville des années 1960, la Grand Prix et la Grand Am, la Firebird, la Sunfire… C’est un monstre sacré (enfin, c’en était un autrefois!) qui vient de disparaître.
Vers qui se tourneront les orphelins?
À elles seules, les disparitions de Saturn et de Pontiac laissent quelque 1,63 million d’automobilistes canadiens orphelins de marque. C’est énorme. C’est autant que ce qu’ont fait les disparitions «automobiles» au pays ces 20 dernières années. Sur une note positive, M. DesRosiers considère ces orphelins comme des «agents libres», libres de se tourner vers une autre division. Mais… laquelle? Iront-ils vers d’autres marques américaines ou changeront-ils d’allégeance?
De surcroît, la prochaine décennie risque d’être moins reluisante côté ventes automobiles. Rappelons qu’on a atteint des sommets au début des années 2000, l’année 2002 établissant un record canadien avec plus de 1,7 million de véhicules vendus. La courbe statistique devrait toutefois aller en diminuant ces 10 prochaines années – de 13 % pour le Canada, croit M. DesRosiers.
En conséquence, les fermetures de concessionnaires s’accentueront. Des données préliminaires montrent que 125 concessionnaires canadiens ont fermé leurs portes l’an dernier, dont 98 arborant des bannières GM. Chrysler/Dodge/Jeep en a perdu 21, et Ford, seulement 6. Par contre, une quarantaine de concessionnaires asiatiques ont ouvert leurs portes, des Kia et des Hyundai surtout.
Notre expert estime que jusqu’à 500 concessionnaires fermeront leurs portes au cours des trois prochaines années. Le Canada compterait alors moins de 3 000 établissements spécialisés dans la vente de véhicules neufs. Il y a 20 ans, il en comptait un nombre record de 4 110…