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Meilleure fluidité réclamée; «le centre-ville est peuplé de cônes orange!»

Le président et chef de la direction de la Chambre de commerce du Montréal métropolitain, Michel Leblanc.
Le président et chef de la direction de la Chambre de commerce du Montréal métropolitain, Michel Leblanc. Photo: Quentin Dufranne / Métro Média

Rien que sur l’année 2022, 94% des artères du centre-ville ont été entravées, révèle une étude de la Chambre de commerce du Montréal métropolitain (CCMM) dévoilée le 19 janvier. C’est donc un message d’alerte que lance le président et chef de la direction de la CCMM, Michel Leblanc, afin de «trouver des solutions qui vont impliquer un effort de tout le monde».

«Les enjeux d’accessibilité du centre-ville de Montréal viennent au premier rang des irritants qui peuvent décourager les travailleurs d’y revenir, soutient-il. La solution exigera un changement d’attitude et l’engagement de la part de l’ensemble des parties prenantes.»

L’étude pointe différentes lacunes dans la gestion des chantiers au sein de la métropole, à commencer par l’octroi avec «facilité» des permis d’occupation de la voie publique. Entre avril 2021 et mars 2022, l’Arrondissement de Ville-Marie a délivré plus de 5520 permis d’occupation de la voie publique, soit 96,4% des demandes d’occupation temporaire du domaine public reçues.

Tous ces travaux s’accompagnent bien évidemment de la présence des fameux «cônes orange» qui n’ont pas échappé aux constats de la CCMM. «Il y a un fond de laxisme sur la présence des cônes orange, a lancé Michel Leblanc. Il faut qu’on arrête de penser que les cônes orange, ce n’est pas grave.»

L’étude montre que le quart des cônes recensés sont soit «abandonnés», «inutiles» ou «sans objet». Et pour Michel Leblanc, le constat ne s’arrête pas là; selon lui, l’omniprésence des cônes orange vient «désensibiliser» les automobilistes et les piétons à la «situation de danger» qu’est censée évoquer cette signalisation, ce qui engendre des problèmes de sécurité.

Michel Leblanc se veut clair quant à l’objectif de l’étude: elle propose des solutions pour améliorer la fluidité dans le centre-ville. Il se défend donc de s’attaquer à l’utilisation de la voiture au centre-ville ou encore aux grandes questions d’aménagement urbain. Il appelle même Québec à céder le «plein contrôle» à la Ville de Montréal pour la coordination des chantiers qui ont lieu sur son territoire.

Une batterie de solutions proposées

La CCMM propose ainsi une dizaine de solutions pour «corriger la situation» et accentuer la fluidité au centre-ville, dont le déploiement d’une tarification «dynamique incitative» ciblant l’occupation de la voie publique. Cette tarification viendrait pénaliser les entreprises qui occupent la voie publique de manière démesurée. À l’opposé, la tarification serait plus légère pour les entreprises qui réduisent leur occupation des lieux.

La CCMM propose aussi de revoir les appels d’offres en y intégrant systématiquement des critères liés à l’efficience et à la qualité des travaux. L’organisation soumet l’idée de revoir les paramètres de la planification horaire des chantiers, ce qui permettrait de limiter la livraison des matériaux à certains moments de la journée et au moment où ils sont nécessaires au chantier.

Afin de regrouper toutes les parties prenantes telles que le gouvernement du Québec, Hydro-Québec, Bell ou encore la Ville de Montréal, la CCMM suggère la création d’une «entité intelligente» responsable de la planification et de la coordination des chantiers. Cette plateforme permettrait d’analyser les données pour prévenir ou diminuer les impacts des chantiers.

Pour Michel Leblanc, l’ensemble de l’effort doit aussi impliquer le secteur privé, qui doit «ajuster ses façons de faire». Il en appelle ainsi à la responsabilité du privé pour que les mesures proposées soient appliquées.

Dans l’optique de moderniser le secteur de la construction, la CCMM conseille aussi la création d’un chantier sur «l’innovation et l’amélioration de la productivité».

La Ville accueille positivement l’étude

Présente lors du dévoilement de l’étude, la présidente du Comité exécutif de la Ville de Montréal, Dominique Ollivier, reconnaît que la Ville a un rôle à jouer dans l’amélioration de la planification.

«Pour nous, c’est clair qu’il y a certains problèmes dans les chantiers à Montréal et qu’il y a place à de l’amélioration, dit-elle. L’élément de plus qu’on nous amène aujourd’hui et qui est vraiment intéressant est le fait que le secteur privé et le secteur des utilités publiques sont aussi prêts à reconnaître une part de responsabilité.»

Pour Mme Ollivier, les changements de réglementation sont le premier levier que peut mettre rapidement en place la Ville. Elle soutient cependant que cela nécessite un certain nombre d’études et de chiffres probants supplémentaires.

«Ils ont parlé de modélisation de flux de circulation […]; ça ne se fait pas en criant Jeannot Lapin, ce sont des choses qui vont demander un certain nombre d’études, de modèles, il va falloir qu’on mette des hypothèses sur la table, lance Dominique Ollivier. Ce ne sont pas des solutions qui peuvent être implantées demain matin.»

Elle explique qu’une hausse des pénalités pour l’obstruction de la voie publique pourra être ajoutée lors du prochain exercice budgétaire. Mme Ollivier rappelle par ailleurs que la Ville n’est pas la seule à être imputable et que le ministère des Transports du Québec a aussi son rôle à jouer.

«Il faut que tout le monde reconnaisse qu’il y a un problème et que chacun reconnaisse la partie du problème qui lui incombe et qu’ensemble, on s’entende sur des normes», conclut-elle.

L’opposition officielle à l’hôtel de ville fustige de son côté l’administration Plante, l’accusant de ne pas avoir de «véritable plan de match» pour améliorer la coordination des chantiers.

«Ça fait un an qu’Ensemble Montréal appelle l’administration à donner suite rapidement aux recommandations du rapport de la Vérificatrice générale ainsi qu’à mettre en place un plan d’action et à l’appliquer avec une main de fer, déclare le porte-parole de l’opposition officielle en matière de développement économique, Julien Hénault-Ratelle. Les cônes orange et la mauvaise coordination des chantiers ne devraient pas être l’image de marque de Montréal.»

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