L’importance qu’on accorde à son véhicule a une influence sur la manière dont on se comporte sur la route.
Par un dimanche matin ensoleillé, vous roulez doucement sur une petite route de campagne lorsqu’une voiture arrive à toute allure derrière vous. À votre grand dam, le conducteur vous serre de près. Ce comportement peu courtois ne vous étonne guère : l’automobiliste conduit une Honda Civic bleu électrique. Un préjugé de votre part?
«Pas vraiment», répond Amélie Auger. Cette étudiante au baccalauréat en psychologie et sa collègue Marie-Hélène Lemyre ont analysé l’influence de la perception qu’on a de son véhicule sur le type d’agressivité exprimée au volant à la suite d’une situation de stress. Elles ont découvert que les gens qui perçoivent leur voiture comme un véhicule gros ou performant adoptent des comportements plus risqués lorsqu’ils conduisent. Ils se fâchent plus rapidement et se sentent personnellement visés par les manÅ“uvres des autres conducteurs.
Analyser les préjugés
«Nous voulions démontrer que ce que nous croyons être des stéréotypes – par exemple que les conducteurs de Mustang roulent comme des fous – n’en sont pas forcément», dit Amélie Auger.
Ces résultats s’inscrivent à l’intérieur d’une plus vaste étude réalisée dans un cours de Jacques Bergeron. Les étudiants devaient choisir et explorer un thème en lien avec l’expression du mécontentement au volant. Le professeur estime que les résultats d’Amélie Auger et de Marie-Hélène Lemyre, bien que préliminaires et partiels, sont «très intéressants». «Cela ouvre la porte à toutes sortes de pistes de réflexion, notamment le pouvoir de la publicité, qui mise sur l’attrait de la vitesse et l’expression du statut social», signale-t-il.
Une question de contrôle
Les étudiantes sont parvenues à leurs conclusions après avoir soumis deux questionnaires à 380 sujets, âgés de 18 à 78 ans, qui représentent l’ensemble des conducteurs de l’agglomération montréalaise.
Ces résultats suscitent bien des interrogations chez le professeur, qui se trouve devant une variante du paradoxe de l’Å“uf et de la poule. «Est-ce notre façon d’être qui influe sur le choix de l’automobile ou le contraire?» demande-t-il. Pour le moment, Jacques Bergeron étudie les types de véhicules que conduisent les sujets de l’étude, ce qui pourrait mettre en lumière de façon plus précise leur perception.