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Joanie deviendra enseignante

femme de dos, en classe à l'école, qui porte le voile, hidjab
Photo: Isotck/SDI Productions

CHRONIQUE – C’est la Semaine des enseignant·es au Québec. Une parcelle de reconnaissance incontestablement méritée. À l’occasion de cette 28e édition, comment ne pas penser aux enseignant·es affecté·es par la loi 21 depuis son adoption en 2019? Pour ceux et celles qui n’adhèrent pas à cette loi, il est difficile d’y voir une affaire classée. C’est que la mise en place d’une loi aux effets discriminatoires, sans démonstration claire de sa nécessité, n’a rien de banal et indique des choses inquiétantes sur le modus operandi d’un gouvernement.

Joanie Santos m’a fait part de quelques réflexions sur le sujet. Originaire de Thetford Mines, elle habite aujourd’hui en Estrie et termine un baccalauréat en enseignement à l’Université de Sherbrooke. En raison de son voile, la loi 21 lui donne déjà du fil à retordre.

Quelles ont été pour toi les conséquences professionnelles de la loi 21?

J.S. – Elle a beaucoup limité mes options, mes possibilités d’emploi. Pendant que mes collègues de classe prennent plusieurs suppléances, moi je ne peux pas en prendre dans les écoles publiques. Ça signifie des revenus en moins.

Pour les stages aussi c’est compliqué, même si la loi 21 ne les interdit pas. Dans le cas de mon troisième stage par exemple, on m’avait jumelée avec une enseignante dans une école publique et ça s’est très mal passé. J’étais tout à fait autorisée à être là, mais elle, elle en doutait. Souvent, les gens qui ne sont pas directement concernés par la loi n’en connaissent pas les détails et pensent qu’elle s’applique au secteur privé et aux stages. Il y a beaucoup de confusion et même d’irritation.

Heureusement, dans ce cas-là, l’université a été compréhensive et m’a jumelée avec quelqu’un d’autre dans une école privée. Et là mon stage s’est super bien passé.

En général, vois-tu des changements dans l’attitude des gens?

J.S. – Une des conséquences que je remarque de la loi 21, c’est que les femmes qui portent un voile sont encore plus ciblées. Les gens s’en permettent davantage avec nous, comme s’il fallait toujours nous ramener à l’ordre, comme si on ne comprenait rien de rien. Vu que le gouvernement se l’est permis… Puis c’est beaucoup de micro-agressions au quotidien, des remarques par-ci par-là, des questions déplacées, même si ce n’est pas nécessairement mal intentionné, c’est dérangeant.

Quelle a été ta réaction quand François Legault a appelé les parents en renfort dans les écoles alors qu’il aurait pu faire appel à des personnes formées comme toi?

J.S. – C’est sûr que ça m’a frustrée et qu’il y avait un sentiment d’injustice, mais honnêtement, on dirait qu’avec le temps je ne sais plus trop comment me sentir face à ça. C’est comme si je m’attendais à ce qu’il y ait des absurdités comme celle-ci. Une déception de plus. Mais je trouve surtout que c’est de valeur pour les enfants…

Qu’aimerais-tu dire dans le cadre de la Semaine des enseignant·es?

J.S. – Le travail des enseignant·es est quelque chose d’irremplaçable et de précieux. C’est très complexe de travailler avec de jeunes êtres humains qui sont en processus d’apprentissage. La didactique et la pédagogie ne sont pas données à tout le monde, et les personnes qui choisissent cette voie devraient être davantage valorisées, peu importe leurs origines et leurs tenues vestimentaires. Je trouve ça dommage la trajectoire que ça prend au Québec. Et c’est dommage de priver les enfants de personnes formées, compétentes et passionnées.

Que comptes-tu faire après avoir terminé ton dernier stage?

J.S. – Je n’ai pas de plans précis, on verra. Tout ce que je sais c’est que je n’enlèverai pas mon voile et je n’arrêterai pas d’être une enseignante.

Alors que le ministre de l’Éducation soulignait en début de semaine la «résilience exceptionnelle» des enseignant·es, prenons aussi le temps de souligner la résilience obligée des enseignant·es qui ne peuvent tout simplement plus pratiquer leur métier dans les écoles publiques du Québec. Un obstacle de plus dans cette admirable profession, et les personnes qui la pratiquent, qu’elles soient touchées ou non par la loi 21, ne cessent d’être mises à rude épreuve.

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