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LGBTQ2S+: fuir la Russie pour l’Ukraine… et maintenant fuir l’Ukraine

Photo: iStock

Personnes homosexuelles, trans et intersexes: iels ont fui la Russie pour trouver un monde plus inclusif en Ukraine. Iels doivent maintenant fuir l’Ukraine, de crainte que la persécution du régime de Vladimir Poutine ne les rejoigne dans leur terre d’accueil.

Le 29 mai prochain, Montréal verra atterrir le premier vol nolisé avec à son bord des réfugiés ukrainiens. Parmi eux, des mères et enfants… et peut-être aussi des personnes issues des communautés LGBTQ2S+.

Justin Romanov est un jeune homme gai de 26 ans. Ce militant LGBTQ2S+ a fui la Russie à l’âge de 18 ans pour aller à Toronto afin d’échapper à la persécution homophobe du régime russe. C’est notamment le décès d’un de ses amis militants LGBTQ2S+, battu à mort par la police dans son propre appartement de Moscou, qui l’a poussé à fuir.

Justin Romanov est désormais diplômé de l’Université de York et réside à Gatineau, où il travaille en tant que coroner.
Gracieuseté – Justin Romanov

De nombreuses personnes LGBTQ2S+ trouvent refuge dans des pays européens ou nord-américains. Justin explique que la proximité culturelle pousse nombre d’entre eux à opter plutôt pour l’Ukraine.

Depuis le début de la guerre, Ukrainiens et réfugiés russes LGBTQ2S+ craignent de voir la persécution homophobe russe s’étendre en Ukraine. Pour Justin, beaucoup d’entre eux craignent de se faire tuer à cause de leur orientation sexuelle en cas de victoire russe.

Je sais pertinemment que les homosexuels en Ukraine ont peur d’être tués par des Russes. […] Ils ont peur que si la Russie gagne, [l’Ukraine] se transforme en une société plus homophobe. […] Je ne serais pas surpris qu’ils tuent des gais sur la base de leur orientation sexuelle.

Justin Romanov

Un pic de demandes de relocalisation

L’organisme Rainbow Railroad Canada aide les personnes LGBTQ2S+ persécutées dans leur pays à s’enfuir. Depuis le début de la guerre, le nombre de demandes de relocalisation de personnes en provenance de la Russie et de l’Ukraine a doublé.

«Nous sommes préoccupés par l’impossibilité de quitter le pays, en particulier pour les personnes trans. […] Nous recevons également un pic de demandes d’aide [depuis le début de la guerre]», explique le directeur général de Rainbow Railroad Canada, Kimahli Powell.

La Fondation Émergence, pour sa part, a pu recueillir les témoignages de groupes ukrainiens LGBTQ2S+. Ces derniers ont tous fait part de leur isolement et de leur crainte face à une possible victoire russe.

Selon Sébastien Houle, chargé des communications à la Fondation Émergence, une grande majorité de la population en Russie serait en accord avec la loi contre la «propagande gaie». Cette dernière menace d’une grande amende et de violences policières toute personne montrant son appartenance ou son soutien à la communauté LGBTQ2S+. Selon lui, plus de la moitié de la population serait aussi favorable à la criminalisation de l’homosexualité dans le pays.

Les sanctions économiques affectent aussi les réfugiés

Une fois les réfugiés LGBTQ2S+ en sol canadien, ceux-ci doivent encore franchir de longues étapes. Pour Justin Romanov, le plus compliqué est de trouver un logement et un emploi. Pour les réfugiés LGBTQ2S+ russes, les sanctions économiques imposées aux banques russes les empêchent de recevoir un soutien financier de leurs proches en Russie.

Lorsqu’elles font une demande d’asile, les personnes LBGTQ2S+ peuvent être amenées à expliquer leurs expériences vécues pour justifier leur venue. Sébastien Houle considère ce processus comme «retraumatisant» pour les réfugiés.

«Le processus de demande d’asile et l’expérience [de ce processus] sont très lourds. […] Souvent, le Canada fait fi de ces réalités-là», explique-t-il.

Métro a demandé un commentaire d’Immigration, Réfugiés et Citoyenneté Canada ainsi que du Bureau de l’intégration des nouveaux arrivants à Montréal. Ils n’étaient pas immédiatement disponibles.

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