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Journée du sport féminin – «Les filles ne sont pas moins compétitives»

Journée du sport féminin – «Les filles ne sont pas moins compétitives»
Photo: Chantal Levesque

Obstacles, combats, exploits, victoires… Dans le cadre de la Journée du sport féminin, TC Media a rencontré une dizaine de femmes inspirantes qui font rayonner le sport aux quatre coins du Québec.

Le traite­ment médiatique réservé aux femmes athlètes est différent de celui réservé aux hommes. Y a-t-il aussi du sexisme dans le développement des jeunes athlètes? À l’occasion de la Journée internationale du sport féminin, TC Media s’est entretenu avec Séverine Tamborero, directrice des clubs haute performance et du développement des moins de 10 ans à Tennis Canada.

Est-ce qu’on aborde différemment le développement sportif des filles et des garçons?
Quand j’entends dire que les filles sont moins compétitives, je ne suis pas d’accord du tout. Mais une fille et un garçon ont des attentes et des façons de réagir différentes. Un gars tu vas lui dire quoi faire et il va le faire. Les filles sont souvent plus dans le détail. Elles veulent se faire expliquer le «pourquoi». Sachant ça, c’est à nous, les entraîneurs, de prendre le temps d’aller un peu plus loin dans les détails de notre coaching parce qu’on a des garçons ou des filles.

Est-ce que l’attitude des parents est différente vis-à-vis des garçons et des filles?
Les parents, aujourd’hui, ont des attentes démesurées dans le développement des jeunes, garçon ou fille. Ce qui est différent, parce que la fille est souvent un petit peu plus émotive que le garçon, c’est que le parent va se permettre d’avoir beaucoup plus de latitude avec une jeune fille. Mais ce n’est pas parce que c’est une fille qu’ils vont la pousser plus qu’un garçon. Par contre, on a tendance à dire qu’un gars qui ne réussit pas à l’école ce n’est pas grave, tandis qu’une fille qui réussit dans le sport, mais pas dans les études, on va se dire qu’il y a un problème.

Et sur le plan sportif?
L’introduction au sport est faite par le parent. C’est typi­que, d’envoyer sa petite fille faire du ballet, et son petit gars faire du hockey pour commencer. Il faut qu’on arrête de se mettre dans des boîtes à propos de ce qui est plus pour des filles ou des garçons, parce que plus il va y avoir de modèles, plus ça va faciliter la tâche à la prochaine génération d’athlètes.

Au tennis, la WTA met beaucoup l’accent sur le look des joueuses. Pensez-vous que c’est dommageable?
Il ne faut pas voir ça comme étant simplement négatif. Mais commercialiser ça, ça ne lance pas le bon message quant à la raison pour laquelle les gens regardent le sport, ça n’aide pas quand on essaye de parler des performances au lieu du look.

«On a dit de Serena Williams qu’elle est faite comme un gars, qu’elle joue comme un gars. Ça veut dire quoi ça, “jouer comme un gars”?» – Séverine Tamborero, à proposdes préjugés envers les athlètes qui ne sont pas «féminines»

Est-ce qu’on met trop de pression sur les femmes athlètes, en voulant des performances et un côté vedette?
C’est un couteau à double tranchant. La fille sait qu’elle est capable de monnayer son apparence en allant chercher des commanditaires. L’athlète est belle, elle paraît bien et tout le monde est content. Je pense qu’il n’y a rien de négatif là-dedans. Le problème, c’est si elle ne performe pas. On dit qu’elle passe trop de temps sur les réseaux sociaux, qu’elle n’a pas de talent. C’est là que tu as de la pression. Ces jeunes filles veulent prouver qu’elles méritent d’être là où elles sont et d’agir comme elles le font
en monnayant leur look.

On ne verra pas ça chez les gars, où on ne tombe pas dans le pop. Personne n’a demandéà Sidney Crosby s’il avait compté moins de buts parce qu’il n’était plus avec sa copine. C’est un écart qui met plus de pression sur les joueuses.

Est-ce que ça nuit au développement des jeunes femmes athlètes, que les performances de leurs modèles passent en second?
Des petites filles qui veulent jouer avec la raquette rose ou les shorts d’Eugenie Bouchard, j’en ai vu plein. Avoir des jeunes filles dont la passion pour le sport commence par ça, ce n’est pas mal. Le problème se trouve plus au cours du passage du junior au professionnel : les athlètes pensent que tout est fashion. On ne montre pas l’envers de ça – que tu souffres, que tu ne fais pas de l’argent tout de suite.

Est-ce que les fédérations sportives ont du travail à faire?
«Il n’y a pas tant de débouchés que ça pour les femmes athlètes et c’est le rôle des fédérations de créer des occasions en performance, mais aussi en coaching, a-t-elle affirmé. En haute performance, on ne donne pas l’occasion aux filles parce que, soi-disant, elle ne sont pas assez bonnes.»