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Walker ne sait toujours pas pourquoi les Expos ont abandonné au printemps 1995

Walker ne sait toujours pas pourquoi les Expos ont abandonné au printemps 1995
Montreal Expos right fielder Larry Walker, shown in 1994.THE CANADIAN PRESS/AP

LAVAL, Qc — Près de 25 ans plus tard, Larry Walker se pose toujours des questions au sujet du printemps de 1995. Mais il est certain d’une chose; les Expos ne lui ont jamais présenté une offre de contrat.

«Ça fait 24 ans de cela maintenant. Je ne me rappelle pas que l’organisation m’ait fait part de ses plans, a déclaré l’ex-voltigeur de droite en marge du gala bénéfice d’Expos Fest, dimanche. Je ne me souviens pas qu’on m’ait dit qu’on se départirait des meilleurs éléments du club et je ne me rappelle surtout pas qu’on m’ait fait une offre. J’ai souvent demandé à mes agents si une offre était sur la table et la réponse a toujours été non. Pourtant, j’ai lu dans le passé que la direction avait déposé une offre. Alors qui dit vrai? Je n’ai jamais rien vu, alors pour moi, ça n’existe pas. Puis quand vous voyez ce qu’ils ont fait, avec les départs de (Ken) Hill, (Marquis) Grissom et (John) Wetteland, ils n’ont sûrement jamais eu l’intention de m’en faire une.»

Revenons en arrière: meilleure équipe du baseball en 1994, les Expos voient leurs espoirs anéantis par une grève des joueurs. Cet arrêt de travail s’est prolongé jusqu’au camp d’entraînement de 1995, qui a été amorcé par des joueurs de remplacement.

Une fois le conflit réglé, début avril, les activités reprennent et le marché des joueurs autonomes s’ouvre. Walker, alors le plus haut salarié du club avec un salaire annuel de 4 millions $ US, est admissible à l’autonomie. D’aucuns s’attendent à ce que les Expos — le président Claude Brochu et le directeur général Kevin Malone — lui présentent une offre. Mais elle n’est jamais venue.

«Je ne savais rien de ce qu’avait la direction en tête, comme c’était souvent le cas d’ailleurs, a quant à lui ajouté Felipe Alou, alors gérant du club. On me mettait rarement au courant. J’avais dirigé Larry Walker dans les ligues mineures et je savais déjà qu’il deviendrait l’un des meilleurs, sinon le meilleur joueur canadien de l’histoire. Tout le monde savait ça. Ce que je ne savais pas, c’était qu’on allait laisser partir ce joueur sans même lui faire une offre.

«Je croyais qu’il allait être avec les Expos pendant toute sa carrière. J’étais sous le choc quand j’ai su qu’on ne lui avait pas offert un contrat décent. Il y a plusieurs décisions prises par cette organisation qui m’ont surpris. Celle-là en est une. J’ai aussi été surpris quand Dan Duquette a été vendu aux Red Sox de Boston, mais c’est une autre histoire.»

Le fait que Walker ait été Canadien semble avoir eu bien peu de poids aux yeux des Expos.

«Honnêtement, et je l’ai déjà dit auparavant, alors j’espère que ce ne sera pas pris de la mauvaise façon, c’est que cette équipe ne se cherchait pas une vedette canadienne, mais francophone. C’est pourquoi ils espéraient tant que Denis Boucher devienne un partant de premier plan. Et ç’a plein de sens: nous sommes au Québec et ça doit être la priorité. Je ne suis pas en désaccord avec ça. Je pense que si j’avais été francophone, l’histoire aurait été différente.»

Walker ne comprend pas davantage pourquoi l’équipe n’a pas tenté le tout pour le tout en conservant tout le monde en place en 1995, quitte à procéder à cette vente de feu à la date limite des transactions.

«Je pense que c’est la façon dont les équipes fonctionneraient aujourd’hui. Il semble qu’ils n’aient pas eu cette vision à l’époque. Je pense qu’ils avaient des problèmes financiers et qu’ils ont dû prendre la décision de laisser partir tout le monde.»

Brochu a donné une partie de la réponse dans le livre qu’il a coécrit en compagnie de Daniel Poulin et Mario Bolduc, «La Saga des Expos: Brochu s’explique».

«Si j’avais gardé tous les joueurs de 1994, explique-t-il, l’équipe se serait retrouvée en 1995 avec un déficit supplémentaire de neuf millions, soit 25 millions en tout. Les Expos auraient fait faillite, tout simplement.»

«Ça fait si longtemps et j’ai entendu tellement de versions, on dirait un roman-savon (soap opera), commente Walker. Ce que je sais, c’est qu’on ne m’a jamais fait une offre.»

Alou estime que la décision de laisser partir Walker a considérablement miné la confiance des partisans en l’équipe, voire même qu’elle peut expliquer en partie son déclin et son départ. Le no 33 apprécie les bons mots de son ex-gérant, mais n’est pas tout à fait du même avis.

«Je pense que je n’étais qu’une pièce du casse-tête. Vous auriez pu dire ça de plusieurs joueurs. Je ne crois pas que j’étais la pièce la plus importante. Nous avions une équipe incroyable et nos succès venaient de toutes ces pièces de même importance.»

Frédéric Daigle, La Presse canadienne