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Dix ans plus tard, Geoff Molson est résolu à mener son rêve à terme

Dix ans plus tard, Geoff Molson est résolu à mener son rêve à terme
Photo: Ryan Remiorz

MONTRÉAL — Il y a dix ans déjà, Geoff Molson concrétisait son rêve d’enfance en ramenant le Canadien de Montréal dans le giron de la famille pour la troisième fois de son histoire. Et à écouter celui qui en dirige la destinée depuis, il n’est pas encore allé au bout de son rêve.

Pour s’assurer de le réaliser pleinement, Geoff Molson s’est entouré de partenaires qui partagent la même vision que lui et il a également développé une stratégie de diversification qui a fait du Groupe CH l’une des entreprises de divertissement les plus importantes au Québec. Et son approche est de toujours tendre l’oreille si on lui propose d’autres projets porteurs pour Montréal.

«Quand j’ai pris la décision d’investir pour acheter l’équipe, c’était pour du très long terme, a confié la semaine dernière M. Molson en entrevue à La Presse canadienne à son bureau du septième étage du Centre Bell. Ma responsabilité est de tout mettre en oeuvre pour avoir une équipe compétitive. Mais en même temps, comme famille implantée dans la communauté, nous voulons rester ici à long terme.»

Beaucoup d’eau a coulé sous les ponts depuis cette annonce, le 20 juin 2009, d’une entente de principe entre l’Américain George Gillett et les frères Molson — Geoff, Andrew et Justin — pour la vente du club de hockey Canadien, le Centre Bell et le Groupe Spectacles Gillett pour un montant estimé à l’époque de 575 millions $ US.

L’aventure semblait pourtant si hasardeuse à l’époque que les Molson ont d’abord décliné l’offre de Gillett.

«Quand il (Gillett) a pris la décision de vendre, il m’a appelé avant d’annoncer publiquement ses intentions, s’est rappelé M. Molson. Je suis allé rencontrer mon père — Eric Molson — pour voir son intérêt, mais nous avons rapidement décidé de décliner l’offre. Mais je lui ai dit que nous allions suivre le processus de très près et qu’on ne sait jamais.»

Et c’est exactement ce qu’il a fait. Motivé par les commentaires positifs du public à l’idée de voir de nouveau le nom Molson associé à son équipe chérie, il a réuni des partenaires solides pour structurer son offre.

«Ça m’a donné les arguments pour convaincre mon père que ça valait la peine. Nous sommes très satisfaits d’avoir pris cette décision, même si elle a été critiquée à l’époque. Certains ont dit que nous avions payé trop cher.»

Rappelons que George Gillett avait acquis 80,1 pour cent du club en 2001 pour 275 millions $ US, que le magazine Forbes évaluait l’équipe en 2009 à 408 millions $ US, que la Ligue nationale de hockey a été contrainte de racheter les Coyotes de Phoenix en faillite pour 140 millions $ US la même année et que le Lightning de Tampa Bay a été vendu pour 93 millions $ US — la transaction dans les deux cas n’incluait toutefois pas l’amphithéâtre.

Les sceptiques ont depuis été confondus puisque le magazine Forbes évaluait l’équipe à 1,3 milliard $ US en décembre dernier.

Diversification

Si c’est avant tout un club de hockey que les Molson ont acheté en 2009, ils ont su faire fructifier leurs avoirs depuis en diversifiant les sources de revenus. Mais Geoff Molson rappelle que le Canadien demeure aujourd’hui encore la raison principale de leur implication.

N’empêche. En mettant aussi la main sur le Groupe Spectacles Gillett, devenu evenko, M. Molson a vu un potentiel de croissance intéressant dans le domaine du divertissement.

«Dans le domaine du sport, il faut savoir se diversifier pour passer à travers les moments plus difficiles. Il suffit de penser au lock-out que nous avons connu dans la LNH en 2012, où c’était zéro revenu pendant cette période. Le fait d’avoir une compagnie de divertissement nous a beaucoup aidés. Et nous voulions que notre offre de marque soit équilibrée, de façon à passer à travers les années où on ne participe pas aux éliminatoires, où l’on vit un conflit de travail ou en raison de la fluctuation à la baisse du dollar.»

En plus du Canadien et du Centre Bell, le Groupe CH possède les producteurs evenko et Spectra, qui sont les promoteurs de nombreux festivals. Il exploite aussi la Place Bell à Laval, le MTelus, le Théâtre Corona, l’Astral, le théâtre l’Étoile.

«Nous contribuons beaucoup en termes de culture et d’impact économique dans la province. C’est quelque chose qui nous rend fiers.»

Tout cela faisait-il partie d’un plan défini dès le départ?

«Ça m’a pris un peu de temps pour élaborer ma stratégie. Pendant ma première année en poste comme propriétaire, j’ai beaucoup appris pour ce qui est de gérer une équipe de hockey, mais j’ai également pris conscience du potentiel dans le divertissement. C’est après cette première année que j’ai commencé à développer ma stratégie de croissance et d’investissement à long terme pour evenko.

«Il n’y a pas eu de coup de circuit dans le processus. C’était plutôt une stratégie selon laquelle lorsqu’une opportunité se présente, nous la considérons très sérieusement. Que ce soit lié aux sports ou au divertissement.»

À l’heure où l’on parle de plus en plus du retour du Baseball majeur à Montréal et où le basketball de la NBA suscite beaucoup d’intérêt, encore plus en raison des succès des Raptors, doit-on en conclure que les Molson pourraient être appelés à y jouer un rôle?

«Ma façon de penser, c’est de ne jamais dire non, répond franchement Geoff Molson. Si quelqu’un vient me voir en me proposant une opportunité, je vais certainement écouter et évaluer. Par la suite, la réponse peut être non, mais il faut rester très ouvert à toutes les opportunités.»

Et il confirme que ce sera le cas si la NBA l’appelle un jour ou que Stephen Bronfman et son groupe lui fassent signe en vue d’une éventuelle collaboration.

«Il y aura toujours des opportunités, mais la stratégie pour le moment est de maximiser tout ce que nous avons fait au cours des dernières années.»

Curiosité

Si les succès de Molson incitent d’autres propriétaires de la LNH à le consulter, il fait de même. Un phénomène qui suscite sa curiosité actuellement c’est la popularité grandissante du esport, des compétitions de jeux vidéo en réseau local ou via Internet sur consoles ou ordinateurs.

Les revenus de cette industrie ont bondi depuis trois ans, passant de 463 millions $ en 2016 à plus d’un milliard $ en 2019.

«Quatre ou cinq propriétaires dans le monde du hockey sont des investisseurs et c’est un domaine que je trouve intéressant parce que c’est de plus en plus populaire à travers le monde. J’essaie de comprendre leur modèle d’affaires.»

La Place Bell à Laval a d’ailleurs accueilli un événement officiel du circuit Electronic Sports Leagues (ESL) en février dernier qui a réuni plus de 3000 spectateurs.

«Des millions de spectateurs à travers le monde ont suivi l’événement en ligne via la plateforme Twitch ou YouTube Gaming», s’est enthousiasmé M. Molson.

M. Molson est aussi bien conscient que d’ici la conclusion des contrats de télédiffusion des matchs de la LNH et du Canadien en 2025-26, on assistera à une profonde transformation dans la façon de suivre les événements sportifs.

«Les jeunes suivent un match de hockey de façon complètement différente à ce que nous sommes habitués. Ça va inclure plusieurs niveaux de visionnement et de contenu.

«D’autres équipes ont des contrats qui vont venir à échéance avant nous, et nous allons beaucoup apprendre d’elles.»

Pour l’instant, Molson n’est pas encore au bout de son rêve.

«Je suis au milieu de mon rêve. Et ça va bien, a-t-il reconnu, acquiesçant d’un large sourire à la suggestion que la conclusion idéale serait une 25e conquête de la Coupe Stanley. Après ça, on pourra commencer à rêver à autre chose.»

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Le Goupe CH en bref

PROPRIÉTAIRES

La famille Molson (actionnaire majoritaire), le Fonds de solidarité de la FTQ, Banque Nationale Groupe financier, la compagnie Woodbridge, BCE/Bell, Luc Bertrand et Michael Andlauer.

ACTIFS

Le club de hockey le Canadien de Montréal (valeur estimée à 1,3 milliard $ US selon Forbes en décembre 2018)

Le Centre Bell

Les producteurs evenko et Spectra, qui organisent les festivals Osheaga, îleSoniq et Heavy Montréal, ainsi que le Festival international de jazz de Montréal, les Francos de Montréal, Montréal en lumière et la Nuit blanche

Participation dans le Groupe Juste pour rire

Gérance de la Place Bell à Laval, le MTelus, le Théâtre Corona, l’Astral, le théâtre de l’Étoile

Marc Delbès, La Presse canadienne