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Le skieur Érik Guay est honoré pour sa carrière, laisse son empreinte autrement

Le skieur Érik Guay est honoré pour sa carrière, laisse son empreinte autrement
Photo: Jeff McIntosh/La Presse canadienneErik Guay

MONTRÉAL — Érik Guay n’a pas fini d’influencer l’univers du ski alpin canadien. Un an après l’annonce de sa retraite sportive, le skieur québécois a laissé son empreinte sur un gala organisé dans le cadre du 100e anniversaire de Canada Alpin.

«Ils ont organisé une très belle cérémonie hier à Toronto, a d’abord évoqué Guay. Je pense qu’on devrait impliquer davantage nos anciens dans plus de galas dans ce style-là, parce que c’était le ‘fun’ d’y voir Kerrin Lee-Gartner, Kate Pace, Nancy Greene et Steve Podborski. Nous avons vraiment eu de grands champions dans le passé, mais souvent on ne leur demande pas de participer à ces soirées-là. 

«Le ski, c’est un sport familial, et les anciens, que tu le veuilles ou pas, ils font partie de la famille. Alors, plus on peut les impliquer, plus ça va nous inspirer et nous renforcer», a-t-il ajouté, jeudi. 

Même s’il n’est plus actif sur les pentes, cela ne signifie pas qu’il ait cessé pour autant d’être impliqué dans son sport.

La semaine dernière, Guay a en effet été nommé au conseil d’administration de Canada Alpin, pour qui il assumera le développement et la direction du plan de haute performance. Une mission qu’il entend accomplir avec succès, même s’il est conscient de l’ampleur de la tâche qui l’attend.

«Ç’a été une discussion qui s’est déroulée sur plusieurs semaines, voire plusieurs mois. J’y ai réfléchi attentivement, mais avec l’arrivée d’un nouveau conseil d’administration, je savais que je ne pouvais rien demander de mieux, en terme d’entourage», a-t-il expliqué.

«Je pense que le ski a besoin de quelques changements présentement, pour que l’avenir soit reluisant, a-t-il ajouté. Il nous fallait des gens qui connaissent le côté gouvernance, et des gens comme moi qui s’occupent davantage du côté athlétique. Peu de gens ont plus d’expérience que moi sur les pistes — je les ai toutes marchées —, alors je vais mettre toutes mes énergies là-dedans, pour aider.» 

L’annonce de son embauche a été accueillie plus que favorablement au sein de la communauté du ski canadien. Le bosseur Mikaël Kingsbury n’a pas tari d’éloges envers le skieur alpin le plus prolifique de l’histoire canadienne, et il n’a pas caché que son parcours l’inspirait pour la suite de sa carrière.

«Érik a toujours été un modèle pour moi; c’est un passionné, un ‘real’, a évoqué Kingsbury en entretien avec La Presse canadienne. Je crois que son embauche (par Canada Alpin) est une très bonne décision, parce que c’est un gars qui sait comment ça fonctionne, qui a vu neiger depuis longtemps. Il comprend ce que vivent les athlètes, et en vieillissant il s’est intéressé à l’aspect ‘business’ du sport.

«Et puis, c’est sûr que l’aspect ‘business’, c’est quelque chose qui m’intéresse, a ajouté l’athlète de Deux-Montagnes. Quand je déciderai de prendre ma retraite, je vais discuter avec Érik, lui demander des conseils, et c’est certain que le parcours qu’il a emprunté, ça pourrait en être un qui m’intéresse.»

Moins d’un an après sa retraite de la compétition, l’ancien champion du monde a décidé de venir à la rescousse de l’organisation qui l’a supporté tout au long de sa carrière. Guay, qui est âgé de 38 ans, s’est fixé l’ambitieux projet de faire du Canada l’une des trois principales nations en ski alpin d’ici aux Jeux olympiques de Milan/Cortina en 2026.

L’ex-bosseur Jean-Luc Brassard, maintenant chroniqueur à la radio de Radio-Canada, estime pour sa part que le temps était venu pour Canada Alpin de prendre un tel virage.

«Je suis content pour Érik, parce que Canada Alpin a traversé une période creuse récemment — c’était un peu de leur faute, aussi, a confié Brassard. Il fallait qu’ils fassent le ménage — chapeau à eux autres — et l’arrivée d’Érik va leur permettre de redorer leur blason. Érik, juste par sa présence, redonne de la crédibilité à cette organisation-là.»

Guay fait partie d’un groupe de 12 personnes du monde des affaires dont l’objectif est de «rajeunir l’organisation» aux prises avec des difficultés financières depuis quelques années. L’ex-skieur a été recruté par le nouveau président, Tim Dattels.

L’ex-athlète de Mont-Tremblant a déjà indiqué qu’il passerait la prochaine saison à évaluer l’organisation sous toutes ses facettes avant de procéder à des changements au printemps. Tous les entraîneurs, l’équipe de direction et les budgets demeureront donc en place.

Guay aimerait cependant que les effectifs canadiens soient éventuellement réduits sur le circuit de la Coupe du monde, de manière à permettre aux meilleurs espoirs de bénéficier de tous les outils nécessaires pour qu’ils connaissent du succès. De plus, le principal intéressé a indiqué qu’il serait favorable au retour du financement de l’équipe de développement, qui a souffert passablement ces dernières années. Un point de vue que partage Brassard.

«Je pense qu’Érik va s’inspirer beaucoup de ce que la Norvège fait, a-t-il noté. Je ne suis pas un adepte des champions du monde à neuf ans. J’aime mieux l’approche de la Norvège, qui dit, en gros: ‘Laissons les jeunes s’amuser jusqu’à 12 ou 13 ans, sans pointage, ni chrono, et après ça sera à eux de décider s’ils veulent gravir les échelons’. Il faudra donc faire attention, dans notre quête d’un champion.»

Le Canada a terminé 10e au classement Coupe des nations de la Coupe du monde l’hiver dernier.

Alexandre Geoffrion-McInnis, La Presse canadienne