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05:41 9 décembre 2019

Dopage: la Russie suspendue des compétitions sportives pour quatre ans

Dopage: la Russie suspendue des compétitions sportives pour quatre ans
Photo: Misha Friedman/Getty ImagesDopage: la Russie suspendue de Jeux olympiques et de championnats pour 4 ans

LAUSANNE, Suisse — La Russie a reçu une gifle lorsque l’Agence mondiale antidopage (AMA) l’a exclue des Jeux olympiques et des principaux rendez-vous sportifs mondiaux pour les quatre prochaines années. Cette sanction s’inscrit dans la foulée d’un scandale de dopage de longue date qui obligera les athlètes russes à prouver qu’ils sont sans reproche pour être autorisés à concourir.

La décision du comité exécutif de l’AMA signifie que le drapeau, le nom et l’hymne de la Russie seront absents des Jeux de Tokyo, et le pays pourrait également être privé de l’organisation de championnats du monde impliquant des sports olympiques.

Il s’agit de la sanction la plus sévère à ce jour à l’encontre des autorités de l’État russe qui ont été accusées de falsification d’une base de données du laboratoire antidopage de Moscou. L’agence antidopage russe (RUSADA) peut faire appel de la décision auprès du Tribunal arbitral du sport d’ici 21 jours — une initiative qu’elle a fait savoir qu’elle prendrait.

«La Russie a eu toutes les occasions de remettre de l’ordre dans sa maison… mais elle a plutôt choisi de poursuivre sa position de tromperie et de déni», a déclaré le président sortant de l’AMA, Craig Reedie.

Les athlètes russes pourront participer aux grands événements seulement s’ils font la démonstration qu’ils n’ont pas enregistré de contrôles de dopage positifs ou si leurs données n’ont pas été manipulées.

Pour la Coupe du monde de football 2022, l’AMA a déclaré que l’équipe russe jouera sous son nom lors de la phase des qualifications en Europe. Si elle se qualifie pour se rendre au Qatar, le nom de l’équipe doit être modifié par une désignation neutre qui n’inclurait probablement pas le mot «Russie».

Lors des deux derniers championnats du monde d’athlétisme, les Russes y ont participé en tant qu’«athlète neutre autorisé». Une position plus souple avait été adoptée lors des Jeux olympiques de Pyeongchang, puisque le Comité international olympique avait suspendu la Russie mais permis à ses athlètes et à ses équipes d’y participer en qu’«Athlète olympique de Russie.»

À l’avenir, «ils ne peuvent pas utiliser le nom du pays dans le nom de l’équipe», a précisé Witold Banka, le président élu de l’AMA.

Les retombées juridiques de la décision de l’AMA monopoliseront certainement les préparatifs des Jeux olympiques de Tokyo, dont le coup d’envoi sera donné le 24 juillet.

Hystérie anti-russe

Le premier ministre russe Dmitri Medvedev a pressé les organisations sportives à faire appel de la décision et a déclaré que la décision de l’AMA était «une suite de cette hystérie anti-russe qui est déjà devenue chronique.»

La dernière série de sanctions a été imposée car des preuves démontrent que les autorités russes ont falsifié une base de données du laboratoire de Moscou aussi récemment qu’en janvier dernier. On cherchait par ce moyen à cacher des centaines de cas potentiels de dopage et imputer faussement la responsabilité aux dénonciateurs, ont déclaré les enquêteurs de l’AMA et le Comité international olympique le mois dernier.

«La manipulation flagrante» des données du laboratoire de Moscou a été «une insulte au mouvement sportif mondial», a déclaré le CIO.

Les athlètes dont les données ont été manipulées au cours de la période de contrôle 2012-15 font désormais face à des cas disciplinaires par l’instance dirigeante de leur sport.

«Oui, nous savons qui sont ces athlètes. Ils seront tenus à l’écart des Jeux (de Tokyo)», a déclaré l’avocat britannique Jonathan Taylor, président du panel de l’AMA dont les sanctions proposées ont été approuvées à l’unanimité lundi.

Cependant, la vice-présidente sortante du chien de garde de l’antidopage s’est dite frustrée par la réticence à exclure complètement la Russie des Jeux olympiques de Tokyo et des Jeux d’hiver de Pékin en 2022.

«Je ne suis pas satisfaite de la décision que nous avons prise aujourd’hui. Mais c’est aussi loin que nous pouvons aller», a déclaré Linda Helleland, une législatrice norvégienne qui siège au comité exécutif de l’AMA et a longtemps plaidé pour une ligne plus dure contre la Russie.

«C’est le plus grand scandale sportif que le monde ait jamais vu. Je voudrais maintenant une admission complète de la part des Russes et qu’ils s’excusent de toute la douleur imposée aux athlètes et aux amateurs de sport.»

La remise d’une base de données à l’AMA était une condition essentielle pour que la Russie puisse clore le scandale qui a entaché les Jeux olympiques au cours de la dernière décennie.

Bien que le CIO ait demandé des sanctions les plus fortes possible, il souhaite qu’elles soient dirigées contre les autorités de l’État russe plutôt que vers les athlètes ou les officiels olympiques.

Cette position a été contestée par la plupart des commissions d’athlètes de l’AMA. On voulait plutôt une suspension réelle ce que la Russie a évitée lors des Jeux olympiques de Rio de Janeiro en 2016 et les Jeux d’hiver de Pyeongchang en 2018 après le dévoilement dans les médias et des enquêtes de l’AMA d’un vaste programme de dopage étatique lorsque la Russie a accueilli les Jeux de Sotchi en 2014.

«Tout ce fiasco créé par la Russie a privé beaucoup trop d’athlètes de leurs rêves et de leurs carrières légitimes, pendant bien trop longtemps», a déclaré le panel d’athlètes de l’AMA dans un communiqué avant la réunion.

La décision de faire appel a été retirée au chef de la direction de la RUSADA, Yuri Ganus, une personnalité indépendante critiquant la conduite des autorités russes sur la question des données de contrôles. L’autorité a été transférée au conseil de surveillance de l’agence après une intervention menée par le Comité olympique russe.

Samedi, ce comité a qualifié les sanctions attendues d’«illogiques et inappropriées».

La Russie est restée fidèle à son affirmation selon laquelle des modifications trompeuses des données ont en fait été effectuées par le témoin vedette de l’AMA, Grigory Rodchenkov. La fuite de l’ancien directeur du laboratoire de Moscou vers le programme de protection des témoins aux États-Unis a fait l’objet d’un documentaire primé aux Oscars.

Des raisons techniques ont été invoquées — et réfutées par les enquêteurs de l’AMA — pour lesquelles les données semblaient avoir été modifiées peu de temps avant la remise différée en janvier.

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Le journaliste James Ellingworth à Düsseldorf, en Allemand, a contribué à cet article.

Graham Dunbar, The Associated Press