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14:36 9 décembre 2019

Tennis Canada est maintenant passé dans la cour des grands, dit Borfiga

Tennis Canada est maintenant passé dans la cour des grands, dit Borfiga
Photo: AP-Andy Wong/La Presse CanadienneBianca Andreescu

MONTRÉAL — Tennis Canada a connu une année «assez exceptionnelle» en 2019, et l’organisation peut maintenant dire «qu’elle fait partie de la cour des grands», a déclaré le vice-président responsable du développement de l’élite Louis Borfiga, lundi, à l’occasion du traditionnel bilan de fin de saison.

Après tout, comment pourrait-il en être autrement? En plus des nombreux exploits réalisés par Bianca Andreescu au fil de la campagne, la planète tennis a assisté à l’éclosion de deux autres étoiles montantes en Denis Shapovalov et Félix Auger-Aliassime. 

«Vous savez, c’est rare qu’une fédération puisse combiner d’aussi bons résultats, tant chez les garçons que les filles. C’est une grosse satisfaction. C’est le rêve de tout entraîneur, et de toute fédération, de gagner un tournoi du Grand Chelem, comme l’a fait Bianca l’automne dernier», a déclaré Borfiga.

L’Ontarienne, qui a commencé 2019 au 154e rang mondial, s’est signalée en effectuant une ascension météorique au classement mondial de la WTA après avoir remporté le Masters d’Indian Wells et la Coupe Rogers de Toronto et les Internationaux des États-Unis? Elle a d’ailleurs mérité le trophée Lou-Marsh, remis à l’athlète de l’année au Canada, lundi.

Détentrice d’une fiche de 48-7, la joueuse âgée de 19 ans s’est du même coup hissée au cinquième échelon mondial, à égalité avec le meilleur classement de l’histoire pour une joueuse canadienne — Eugenie Bouchard s’était retrouvée à la même position le 20 octobre 2014.

Mais voilà, Andreescu a également été victime de nombreuses blessures au fil de la saison — elle a été sur la touche pendant quatre mois en raison d’une blessure à une épaule en plein milieu de l’été, avant d’être contrainte de mettre fin à sa saison abruptement aux Finales de la WTA en raison d’une blessure à un genou.

En conséquence, son entraîneur, Sylvain Bruneau, a admis qu’il avait été «surpris» par l’aisance avec laquelle Andreescu avait progressé lors des premiers tournois de 2019. Il n’a d’ailleurs pas caché que sa blessure à une épaule pourrait être attribuable à la surcharge de travail de sa protégée, et a assuré qu’elle serait plus «sélective» dans ses tournois l’an prochain.

«Les choses allaient tellement bien, que nous avons décidé d’enchaîner. Je n’ai pas de regrets, parce que c’était la chose à faire. Mais il y a eu un contrecoup, parce que son corps n’était peut-être pas prêt à prendre toute cette charge», a reconnu Bruneau.

Andreescu, dans le sillon de Bouchard

D’autre part, Borfiga a souligné que Milos Raonic avait eu un effet d’entraînement pour de jeunes espoirs tels que Shapovalov et Auger-Aliassime. De la même façon, Bruneau a rappelé qu’Eugenie Bouchard avait été la première à avoir cet effet auprès de ses compatriotes, il y a quelques années à peine.

«Les résultats d’Eugenie en 2014 ont un peu ouvert la porte aux autres filles derrière elle, a-t-il dit. Par exemple, pour une joueuse comme Bianca, elle a réalisé qu’elle pouvait y croire, en poursuivant son cheminement dans le système canadien. Et j’espère maintenant que les exploits de Bianca auront le même effet chez les autres joueuses qui l’entourent, comme Leylah (Annie Fernandez) et Mélodie Collard.»

En ce sens, parmi les rares objectifs identifiés en 2018 qui n’ont pas été atteints par Tennis Canada la saison dernière, se trouve celui de compter trois joueuses dans le top-100 mondial.

Un fossé impressionnant s’est même creusé entre Andreescu (no 5) et ses compatriotes en simple. Fernandez (212e) est sa plus proche poursuivante, suivie de Bouchard (215e), Katherine Sebov (261e) et Rebecca Marino (283e), notamment.

«J’aimerais voir plus de profondeur du côté féminin, avoir plus de joueuses dans le top-100. Ç’a été un échec en 2019; il y a eu beaucoup de blessures. Des filles comme Carol Zhao, Françoise Abanda et Rebecca Marino ont été vraiment hypothéquées, tout comme Eugenie — ça n’a pas été un manque d’efforts, ni de professionnalisme», a assuré Bruneau.

Bruneau a d’ailleurs souligné qu’il avait récemment discuté avec Bouchard, qui s’entraîne présentement à Las Vegas, et mentionné qu’il avait eu l’impression qu’elle était «dans un super bon état d’esprit», et qu’elle était «ultra-motivée» pour 2020.

Les «gamins» seront à surveiller

Du côté masculin, le Cerbère  — un monstre à trois têtes dans la mythologie grecque — de Borfiga pourrait faire bien des dégâts en 2020, à condition que Shapovalov (no 15), Auger-Aliassime (no 21) et Milos Raonic (no 31) ne soient pas affaiblis par les blessures.

«Les gamins — Shapovalov et Auger-Aliassime — ont connu des années exceptionnelles, puisqu’ils sont classés 15e et 21e, et qu’ils ne sont âgés que de 20 et 19 ans, a rappelé Borfiga. Ça m’a marqué que le Canada opte pour deux gamins à la Coupe Davis; ça d’ailleurs mené Rafael Nadal à dire que le Canada serait invincible dans les années à venir. Il y a donc une énorme satisfaction dans la progression des deux jeunes.

«J’ai aussi été agréablement surpris par le retour de Milos, malgré les nombreuses blessures, a-t-il ajouté. Il a connu une très, très bonne année. Pour avoir parlé avec lui, il est très motivé, surtout par les deux jeunes devant lui. Et ça c’est bien; c’est un phénomène d’émulation.»

Il est d’ailleurs étonnant de constater qu’ils n’ont acquis, à eux trois, qu’un seul titre de l’ATP la saison dernière. Shapovalov a triomphé à l’Omnium de Stockholm en octobre dernier.

Cette tendance pourrait être rapidement inversée en 2020, foi d’Auger-Aliassime. Le Québécois a répété à qui voulait l’entendre ces derniers temps qu’il s’était fixé trois objectifs bien précis, c’est-à-dire de remporter son premier titre de l’ATP en carrière, participer à la deuxième semaine d’un tournoi du Grand Chelem et représenter son pays aux Jeux olympiques de Tokyo, entre autres. Des objectifs très réalistes, selon Borfiga.

Malgré cela, le principal intéressé a préféré jouer la carte de la prudence pour 2020.

«Même si nous obtenons de très grands résultats, il faut aussi penser à l’avenir et rester humble, a rappelé Borfiga. Il faut qu’on s’attarde à la relève, pour que le Canada s’installe sur la scène internationale comme il est en train de le faire, qu’il ait sa place dans la cour des grands.»

Les Canadiens y parviendront-ils? Une partie de la réponse viendra dans un mois seulement, avec la tenue des Internationaux de tennis d’Australie.

Alexandre Geoffrion-McInnis, La Presse canadienne