Sports
08:14 27 janvier 2020

Dopage: Laurence Vincent Lapointe a trouvé réponses chez son ex-conjoint

Dopage: Laurence Vincent Lapointe a trouvé réponses chez son ex-conjoint
Photo: Frank Augstein/La Presse canadienneLaurence Vincent-Lapointe

MONTRÉAL — Laurence Vincent Lapointe a sauvé sa carrière à la suite d’une enquête rigoureuse menée par son avocat, Adam Klevinas. Son couple, par contre n’a pas survécu.

La canoéiste de 27 ans a été blanchie vendredi dernier par la Fédération internationale de canoë (ICF) des accusations de dopage qui pesaient sur elle. La raison: contamination par transfert de fluides corporels. Le ligandrol coupable du test antidopage positif subi le 29 juillet dernier provenait d’un produit utilisé par l’ex-conjoint de la pagayeuse aux 11 titres mondiaux.

L’ex-conjoint, que le clan Vincent Lapointe souhaite ne pas nommer afin de ne pas le plonger dans un tourbillon médiatique, est un joueur de soccer récréatif dont le travail demande de longues heures. Ayant du mal à récupérer, il souhaite prendre des suppléments. Un coéquipier lui suggère alors un produit, le «SR9011».

«C’est une petite bouteille transparente avec une étiquette noire où il est écrit le nom du produit en lettres dorées, a expliqué Me Klevinas en conférence de presse, lundi. Ça provient du marché noir est c’est illégal. Une fois que nous avons fait analyser ce produit, nous avons découvert qu’il n’était constitué que de ligandrol et d’ostérine (un autre produit proscrit).»

C’est à son insu que l’ex-conjoint de Vincent Lapointe a causé toute cette tempête dans la vie de l’un des plus beaux espoirs de médailles canadiens en vue des Jeux olympiques de Tokyo.

«Je prenais mes suppléments de mon côté; lui en prenait un également, dont il m’avait parlé, a expliqué Vincent Lapointe. On l’a même fait analyser en même temps que tous mes suppléments dès le début de l’enquête. Quand on a vu que le problème ne se trouvait pas de ce côté, j’ai demandé à tous les gens de mon entourage s’ils prenaient des suppléments. Certains m’ont même fourni une liste. (…) Je n’avais aucune façon de le savoir.»

Vers la fin octobre, après avoir épluché toutes les habitudes de vie de son athlète, Me Klevinas s’est tourné vers l’ex-conjoint.

«Nous avons décidé de faire analyser une mèche de ses cheveux, a noté Me Klevinas. Quand on a reçu un résultat positif, je lui ai redemandé s’il prenait d’autres produits. C’est là qu’il nous a fait mention du SR9011. Il n’avait pas fait le lien, puisqu’il n’y avait pas de mention de ligandrol sur l’emballage. Nous l’avons fait analyser. Deux semaines plus tard, nous avons reçu les résultats. Il y avait beaucoup de ligandrol.»

«Je n’avais aucune idée que je pouvais être contaminée par des fluides corporels, a ajouté Vincent Lapointe. On ne pense pas à ça. Je faisais attention à ce que je consommais, aux produits que j’utilisais, etc. (…) Jamais je n’aurais pu penser qu’une personne autre que moi pouvait induire un test antidopage positif parce qu’on s’était embrassé.

«Quand j’ai su, je ne m’attendais tellement pas à ce que ce soit la raison et je ne crois pas qu’il s’y attendait non plus. Mais le soulagement et la colère, ce sont deux sentiments qui ne vont habituellement pas ensemble, deux sentiments qui ne vont pas bien ensemble. J’étais tellement frustrée que ça en soit la raison. (…) Ça a été difficile. C’est d’ailleurs pourquoi nous ne sommes plus ensemble: je ne pouvais pas continuer à avoir peur qu’il ait pris quelque chose sans me le dire.»

Avec la preuve en mains, restait maintenant à Me Klevinas de convaincre le panel de l’ICF que sa cliente n’était pas fautive.

«Avec un produit interdit comme le ligandrol, la suspension commence à quatre ans, a noté l’avocat. En prouvant la contamination non intentionnelle, on pouvait tomber à deux ans de suspension. Il nous fallait prouver l’origine de la contamination pour espérer écoper moins de deux ans de suspension. Nous n’étions pas prêts à accepter deux ans de suspension.»

Me Klevinas était toutefois confiant, puisque la jursiprudence était de son côté: des cas de dopage par transferts de fluides impliquant le tennisman Richard Gasquet, le sprinter Gil Roberts et le perchiste canadien Shawn Barber s’étaient soldés en faveur de ces athlètes.

«Le scientifique qui a fourni l’expertise dans notre dossier est le meilleur au monde dans ce domaine. Il est allé devant le TAS plusieurs fois; c’était lui l’expert dans les cas de Gasquet, Roberts et Barber. J’avais énormément confiance en lui. Dans le cas de Roberts, j’étais dans le clan de l’Agence mondiale antidopage devant le TAS: j’ai vu comment il était solide.»

Qualifications à obtenir

Cette décision de l’ICF peut encore être portée en appel: l’AMA et le Centre canadien d’éthique pour le sport (CCES) ont 15 jours pour le faire. Mais pour l’instant, elle permet à Vincent Lapointe de reprendre l’entraînement à la fédération nationale.

Afin d’obtenir son billet pour les Jeux de Tokyo, où le canoë féminin effectuera sa rentrée olympique, Vincent Lapointe devra toutefois se qualifier.

Comme elle a raté les derniers Mondiaux, qui servaient aussi de qualifications, elle doit passer par les essais canadiens.

Les qualifications du C1 200 m auront lieu à Lake Lanier, en Georgie, du 16 au 19 avril. Elle peut obtenir sa qualification avec deux victoires. Une course en C2 500 m aura également lieu lors de ces essais canadiens. Vincent Lapointe et sa partenaire ontarienne Katie Vincent auront alors la chance de prendre une longueur d’avance sur les autres pagayeuses. Mais le Canada devra qualifier son embarcation lors d’une compétition qui aura lieu à Curitiba, au Brésil, du 7 au 10 mai.

Si le Caanda obtient son embarcation, Canoë Kayak Canada enverra alors les gagnantes de la course en Georgie aux Jeux.

Comme elle s’entraînait seule, Vincent Lapointe sent qu’elle a un peu de retard par rapport à sa forme optimale à ce stade-ci de la saison.

«Le fait de ne pas avoir eu de programme officiel, ça n’a pas été facile. Je ne suis clairement pas au même niveau qu’à pareille date l’an dernier. (…) Je suis par contre beaucoup plus solide mentalement pour donner l’effort nécessaire chaque jour. Je vais rattraper ce retard rapidement.»

Ses objectifs n’ont d’ailleurs pas changé.

«Je me suis toujours imaginée gagnant la médaille d’or aux Jeux de Tokyo. Même en n’ayant aucun moyen de savoir comment allait se conclure cette histoire, je n’ai jamais perdu ce ‘feeling’.»

Frédéric Daigle, La Presse canadienne