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18:17 17 février 2020 | mise à jour le: 20 février 2020 à 23:52

Pour la 1re fois, Bronfman et Sternberg ne sont pas sur la même longueur d’onde

Pour la 1re fois, Bronfman et Sternberg ne sont pas sur la même longueur d’onde
Stephen Bronfman speaks to the media about the prospect of Major League baseball returning to Montreal Wednesday, June 26, 2019 in Montreal.THE CANADIAN PRESS/Ryan Remiorz

MONTRÉAL — Alors que les deux groupes semblaient marcher main dans la main dans le dossier d’une équipe en garde partagée entre Montréal et la région de la baie de Tampa, Stephen Bronfman, y est allé d’une première note discordante le week-end dernier.

Bronfman a affirmé au Journal de Montréal que le groupe de Montréal, dont il est le fer-de-lance, allait se porter acquéreur de 30 pour cent des Rays de Tampa Bay d’ici trois ou quatre mois. L’actuel propriétaire du club, Stuart Sternberg, a le jour même démenti l’information.

Interrogé sur ce dossier dimanche, le commissaire Rob Manfred n’a pas semblé le moins du monde agacé par cette divergence de points de vue entre les deux hommes.

«Je ne crois pas qu’il y ait quoi que ce soit qui méritait d’alimenter l’actualité dans ce dossier. En fait, si vous souhaitez que le concept de villes-soeurs fonctionne, vous voudrez assurément avoir un lien avec la communauté montréalaise, y compris au sein de votre actionnariat», a-t-il déclaré à Sportsnet.

Depuis qu’il est impliqué dans le retour du Baseball majeur à Montréal, Bronfman a suivi à la lettre toutes les règles dictées par le MLB. Jamais un mot de trop, prônant toujours la patience, on ne pouvait pas compter sur l’homme d’affaires pour brusquer ses partenaires du Baseball majeur.

Depuis samedi, ce n’est plus le cas. Il y a deux semaines déjà, il avait ouvert un peu son jeu dans une entrevue avec La Presse canadienne, en déclarant que 2020 allait être l’année du groupe.

«On a beaucoup parlé, maintenant c’est le temps de passer à l’action. Avec le commissaire et les propriétaires de notre côté, le travail de représentation va bientôt commencer», avait-il déclaré. Son intervention du week-end a assurément fait jaser.

Autre point qui soulève des interrogations est l’hésitation de Bronfman à chercher à obtenir un club d’expansion. Alors qu’il y a trois ans, il avait laissé tomber que «1 ou 1,5 milliard $ US, c’est beaucoup d’argent, mais nous allons le faire», il a plutôt laissé planer que de verser «de 2 à 3 milliards $» pour une équipe d’expansion pourrait représenter un trop grand stress financier.

Qu’est-ce qui a changé? Plusieurs hypothèses peuvent être soulevées.

La première, le coût des concessions ayant monté en flèche, le groupe n’aurait plus les moyens de s’en porter acquéreur. Cela nous apparaît peu probable: quand vous avez des gens comme Bronfman, Mitch Garber, Alain Bouchard, Stéphan Crétier et Eric Boyko comme partenaires, vous avez un groupe valant plusieurs milliards de dollars et on ne connaît pas exactement les coûts actuels d’une équipe lors d’une éventuelle expansion. Par ailleurs, une déclaration de Manfred fait tiquer.

«Montréal pourrait être un marché à part entière, a-t-il dit à Sportsnet. Je pense que si vous êtes (le Groupe de) Montréal, ce que vous devez décider si vous voulez attendre quand et si on passe à 32 (clubs), alors que vous avez l’occasion de retrouver du baseball (avec les villes-soeurs). Ça peut être un bon plan. Ils doivent prendre cette décision.»

Ce qui nous amène à notre deuxième hypothèse: la MLB ne prévoit pas passer à 32 équipes de sitôt.

Depuis qu’il est entré en poste en 2015, Manfred a souvent exprimé le souhait de passer à 32 clubs. Beaucoup moins depuis quelques mois. Il y a longtemps qu’il n’a pas évoqué de nouveaux marchés. Il y a une constante par contre dans ce dossier: aucune expansion n’est possible tant que les deux marchés les plus fragiles — Oakland et Tampa Bay — n’ont pas réglé leurs problèmes de stade. Le dossier progresse à pas de tortue à Oakland, tandis que chez les Rays, le dernier projet à Ybor City, à Tampa, est mort dans l’oeuf et l’équipe est de retour plus que jamais à la case départ. Toute son attention est tournée vers le projet de villes-soeurs.

Troisième hypothèse: Bronfman et son groupe n’en peuvent plus d’attendre et sentent le besoin de mettre de la pression.

Cela fait maintenant sept ans que Bronfman, d’abord en coulisses, puis de façon plus ouverte, travaille ce dossier. Devimco et son groupe sont sur les rangs pour l’obtention de l’un des derniers, sinon le dernier, terrains disponibles au centre-ville de Montréal. Il souhaite ficeler tous ces dossiers d’ici la fin de l’année et croit que de mettre la pression l’aidera à atteindre cet objectif.

Autre hypothèse: il doit mettre la pression sur la ville de Montréal afin de demeurer au premier rang pour acheter ce terrain. La ville aurait-elle des réticences à céder cette parcelle de terre à Bronfman et Devimco sans le retour du baseball? Pourtant Bronfman a lui-même déclaré lors des audiences de l’Office de consultation publique de Montréal (OCPM), en octobre, que son plan de revitalisation du quartier peut se faire sans stade de baseball, bien que ce ne soit évidemment pas ce qu’il souhaite. L’OCPM doit rendre public son rapport dans les prochaines semaines.

Aucun des acteurs de cette saga n’était disponible pour commenter ce dossier, lundi. Du côté du groupe de Montréal, un porte-parole a fait valoir que Bronfman n’allait pas commenter davantage le dossier. Des demandes d’entrevues auprès du Baseball majeur et des Rays sont demeurées sans réponse.

Frédéric Daigle, La Presse canadienne

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