Art de vivre

Une semaine avec le premier téléphone Android

Une semaine avec le premier téléphone Android
Photo: Emilie LaperrièreLe HTC Dream était équipé d’un grand clavier QWERTY physique.

Le premier téléphone Android a été lancé au Canada il y a 10 ans, le 2 juin 2009. J’ai essayé – sans succès – de passer la semaine avec pour célébrer l’occasion.

Ce n’était pas un, mais bien deux téléphones Android qu’avait en fait lancés Rogers à l’été 2009, plusieurs mois après leur arrivée aux États-Unis : le HTC Dream, le modèle équipé d’un clavier QWERTY amovible que j’ai dépoussiéré pour l’occasion, et le HTC Magic, une variante avec un écran tactile seulement.

Le HTC Dream est épais, mais son petit écran de 3,2 po est tout de même agréable entre les mains. Côté design, ce sont toutefois surtout ses nombreux boutons physiques qui surprennent. Sous l’écran, il n’y a pas moins de six boutons sur lesquels on peut appuyer : un bouton pour appeler, un pour accéder à l’écran d’accueil, un pour retourner en arrière, un pour raccrocher le téléphone, un bouton menu et une petite boule inutile pour interagir avec le logiciel à la manière d’une souris d’ordinateur. Pour la simplicité, on repassera.

Le HTC Dream n’est pas un bon téléphone en 2019, mais pour être honnête, il n’était guère mieux en 2009. Pour me citer moi-même lorsque j’étais un journaliste techno 10 ans plus jeune, je dirais que «le clavier est inconfortable, l’écran peu précis et l’autonomie de l’appareil est franchement décevante». L’écran n’était en fait pas qu’imprécis, il était aussi incompatible avec la technologie multipoint (pour rapetisser une photo en pinçant les doigts, par exemple) qu’offrait pourtant Apple à l’époque avec son iPhone. J’aurais aussi pu ajouter dans ma critique de l’époque que la qualité des photos était exécrable. Comme on peut s’en douter, la différence avec les appareils modernes est saisissante, surtout quand il fait sombre, comme le montrent ces deux exemples, pris avec le HTC Dream et le Huawei P30 Pro, le téléphone qui offre le meilleur apareil photo du moment.

Une rue le soir, prise avec le HTC Dream (à gauche) et le Huawei P30 pro (à droite).
Un lilas, pris avec le HTC Dream (en haut) et le Huawei P30 Pro (en bas).

Tout n’est pas mauvais, cela dit. L’interface du HTC Dream est lente en raison de son processeur préhistorique, mais moins que ce à quoi on aurait pu s’attendre, et le mécanisme pour glisser l’écran afin d’accéder au clavier QWERTY est étonnamment agréable à utiliser.

Les plus gros problèmes du téléphone sont toutefois ses logiciels. Le HTC Dream est en effet doté de la toute première version publique du système d’exploitation mobile de Google, Android 1.5. Celle-ci a très mal vieilli.

Google a tout d’abord débranché­ sa boutique Android­ Market il y a quelques années, il n’est donc pas possible d’y installer des applications tierces (quoique aucune ne fonctionnerait de toute façon avec la quantité microscopique de mémoire vive du HTC Dream).

Le web a aussi beaucoup évolué en 10 ans, et la majorité des sites modernes sécurisés ne fonctionnent plus sur le téléphone de 2009. Les rares qui s’ouvrent sont aussi lents, ou demandent de fermer de multiples messages d’erreur avant de pouvoir être consultés. Quelques services de Google fonctionnent toujours (comme Maps, qui affiche évidemment une carte mise à jour), mais d’autres plantent constamment, comme Gmail.

Bref, je me suis amusé toute la semaine avec le HTC Dream, mais je n’ai pas été capable de m’en servir pour le travail.

Les appareils électroniques modernes requièrent de plus en plus de services en ligne pour fonctionner. Ceux-ci risquent donc de mourir lorsque leur fabricant cesse de s’y intéresser. C’est dommage, car alors que je peux encore jouer pendant des heures avec mon premier Nintendo et écouter des cassettes sur mon Walkman jaune, je ne peux presque plus profiter d’un téléphone qui n’est, somme toute, pas si vieux que ça.

Trois choses étonnantes
du HTC Dream :

• Lancé par… Joshua Jackson.
Au Canada, c’est l’acteur Joshua Jackson, de la série Dawson’s Creek, qui a présenté le téléphone lors de son lancement officiel par Rogers.

Désolé pour les égoportraits.
Le HTC Dream n’avait pas de caméra frontale pour les égoportraits, un oubli qui serait impensable en 2019.

Aucune prise audio.
Signe d’un certain avant-gardisme, le premier téléphone Android n’avait pas de prise audio 3,5 mm pour y brancher des écouteurs.