Des dictateurs au banc des accusés

Elisabeth Braw - Metro World News

Le bruit court que Mouammar Kadhafi complote de se réfugier au Niger. Même s’il y parvient, il ne sera pas à l’abri. Interpol a diffusé une alerte à l’encontre du dictateur libyen. S’il est capturé, Mouammar Kadhafi sera livré à la Cour pénale internationale, établie à La Haye, où il fera face à des accusations de crimes contre l’humanité.

«C’est le premier cas où la CCI a véritablement le bras long, car l’accusation est soutenue par Interpol, affirme Mo Sacribey, avocat et ancien ministre des Affaires étrangères de la Bosnie. Omar al-Bashir, le président du Soudan, a aussi été accusé, mais, comme Interpol ne s’en mêle pas, il court toujours.» 

Subir un contre-interrogatoire mené par des procureurs internationaux est une perspective humiliante pour Mouammar Kadhafi. Néanmoins, il s’agit peut-être de la meilleure option pour lui. D’autres dirigeants, comme le dictateur italien Benito Mussolini et le président li­bérien Samuel Doe, ont simplement été assassinés à leur capture.

«On ne sait pas ce qui pour­rait arriver si Mouammar Kadhafi était capturé, fait remarquer Mariam Elhadri, qui travaille au sein de l’organisation Lawyers for Justice in Libya. Mais le Conseil national de transition a indiqué clairement qu’il veut qu’il soit arrêté et jugé.»

Les dictateurs au banc des accusés présentent un spectacle intéressant. Il suffit de penser à l’ancien dirigeant serbe Radovan Karadzic, qui a boycotté son procès et l’a déclaré illégal. Mais les tribunaux internationaux de crimes de guerre sont-ils inefficaces? Une fois accusé, le criminel de guerre n’a plus d’incitatif pour s’améliorer.

«En 2011, il est impossible de soutenir qu’un dirigeant responsable de génocides, de crimes contre l’humanité ou de crimes de guerre peut négocier son impunité et vivre toujours heureux, souligne David Scheffer, ambassadeur du président Clinton pour les affaires de crimes de guerre, qui a aidé à mettre sur pied des tribunaux pour les crimes de guerre commis dans les Balkans, au Rwanda, à la Sierra Leone et au Cambodge. Mouammar Ka­dhafi a eu l’occasion de négocier une entente, mais il a com­plètement manqué son coup.»  

D’après Mo Sacribey, les gestes de Mouammar Ka­dhafi démontrent que les criminels de guerre ne changent pas. «La communauté internationale pensait qu’elle l’avait transformé, explique-t-il. Une fois que l’on a commis un crime de guerre, on n’arrête pas. Voilà pourquoi Mouammar Kadhafi a repris ses vieilles habitudes.»

Cour pénale

Moments forts

***

Procès Kadhafi : une tâche colossale
Métro s’est entretenu avec Mariam Elhadri, avocate au sein de Law­yers
for Justice in Libya.

Qu’est-ce que l’accusation de la Cour pénale signifie pour Kadhafi?
Il sera beaucoup plus difficile pour d’autres pays de lui accorder
l’asile. Il n’est pas hors de la portée de ses pour­suivants. Puisque la
Cour pénale inter­na­tionale ne peut pas procéder à des arrestations,
la coopération d’Interpol est extrê­mement importante. D’autres
dirigeants auraient négocié en échange de leur immunité, mais Kadhafi
n’est pas un négociateur. Il a dit à de nombreuses reprises qu’il se
battrait jusqu’à sa mort.

Comment votre organisation aide-t-elle la Cour pénale internationale?

Nous recueillons des preuves de crime dans chaque ville libérée de la
Libye.

Quels sont les avantages et les inconvénients que Kadhafi soit jugé
par la Cour pénale internatio­na­le et non en Libye?

S’il est capturé en Libye, les Libyens voudront certainement qu’il soit
jugé là-bas. Les Libyens considèrent la Cour pénale comme une
institution distante et qui ne comprend pas l’ampleur des crimes de
Kadhafi. Et elle ne prévoit pas la peine de mort. Par contre, organiser
le procès de Kadhafi, tout en essayant de recons­truire le pays, serait
une tâche colossale.

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