Malgré des signes inquiétants des derniers mois, la démocratie l’aura finalement emporté au Sénégal. Une victoire qui va au-delà de la défaite d’Abdoulaye Wade au second tour des présidentielles d’hier, dimanche.
Pour des raisons différentes, de cœur j’étais aussi Place de l’obélisque, pour célébrer cette victoire de la démocratie. Car, rien ne laissait présager que le vieux président allait reconnaître sa défaite jusqu’à féliciter son rival Macky Sall. Un geste significatif qui sous-entend que le pays est revenu au calme après les forts vents qui faisaient craindre que le Sénégal ne bascule dans le chaos.
Au Sénégal, tout le monde vivait dans l’inquiétude d’une réédition de la crise électorale qui avait ravagé la Côte d’Ivoire en 2010. D’autant que le Mali, qui représente un autre pilier de la démocratie dans la région, connaît des jours difficiles après le putsch militaire contre le président élu Amadou Toumani Touré.
Cette inquiétude était alimentée par l’attitude imprévisible dont avait fait preuve Wade, en décidant au dernier moment qu’il briguerait un troisième mandat présidentiel, après avoir donné la garantie qu’il allait se retirer. Il est allé jusqu’à faire modifier la constitution qui lui interdisait un troisième mandat.
Les défis qui attendent Sall sont considérables dans ce pays où près de la moitié de la population se trouve au chômage. L’augmentation vertigineuse des prix des produits de première nécessité est aussi une bombe à retardement qu’il devra très vite désamorcer.
Faut-il s’attendre à un changement de cap avec l’accession de Macky Sall, qui fut l’homme de confiance d’Abdoulaye Wade? J’aurais tendance à répondre pas trop, car il n’a pas caché que son prédécesseur était pour lui une source d’inspiration. Son premier test sera certainement sur la question constitutionnelle. Va-t-il se laisser tenter par la porte ouverte par Wade et valider le vote sur la participation aux présidentielles?