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Un budget fédéral à saveur électorale

Un budget fédéral à saveur électorale
Photo: Fred Chartrand/La Presse canadienneBill Morneau, ministre fédéral des Finances

OTTAWA — Les libéraux veulent «donner aux Canadiens plus de confiance en l’avenir» grâce aux mesures contenues dans leur budget résolument préélectoral — en espérant obtenir en retour la confiance des électeurs au prochain scrutin.

Le ministre des Finances, Bill Morneau, a fourni dans l’exercice financier déposé mardi aux Communes plusieurs indices sur les thèmes qui risquent de se retrouver dans la prochaine plateforme électorale libérale.

Il y en a pour 4,2 milliards $ de nouvelles dépenses pour l’année financière en cours.

Mais surtout, il y en a pour à peu près toutes les franges de l’électorat, du millénial qui projette l’achat d’une première propriété au travailleur qui veut suivre une formation sans se ruiner en passant par l’aîné à faible revenu que l’on veut aider.

Et il y a, en quelque sorte, un défi lancé aux conservateurs. Car en déposant un budget déficitaire sans aucun plan de retour à l’équilibre, le ministre Bill Morneau les force à expliquer comment eux reviendraient au déficit zéro.

Sans surprise, le budget est écrit à l’encre rouge. Le déficit s’établira à 14,9 milliards $ pour l’année financière qui se termine, et bondira à 19,8 milliards $ en 2019-2020 avant de diminuer graduellement pour s’établir à 9,8 milliards $ en 2023-2024.

En conférence de presse, dans le huis clos du budget, le ministre est passé à l’offensive lorsqu’il s’est fait questionner sur la rupture d’un engagement majeur pris en 2015 — celui d’éliminer le déficit en 2019.

La voie conservatrice des «coupures» et de l’«austérité» plongerait le Canada tout droit dans une récession, a insisté Bill Morneau. Le gouvernement libéral, par contraste, a fait la promesse aux Canadiens «d’investir dans leur avenir», a-t-il fait valoir.

Assurance-médicaments

Les libéraux ont aussi fait dans ce quatrième budget un pied de nez aux néo-démocrates: en posant le premier jalon de la mise sur pied d’un régime national d’assurance-médicaments, ils jouent clairement dans leurs plates-bandes progressistes.

«Les mesures que nous prenons représentent d’importants premiers pas sur la voie de la création d’un régime qui aidera tous les Canadiens à obtenir les médicaments dont ils ont besoin», a déclaré Bill Morneau dans son discours aux Communes.

Les libéraux présentent dans le budget «trois éléments fondateurs du régime national», parmi lesquels se retrouve la création de l’Agence canadienne des médicaments (35 millions $ sur quatre ans), tout en étant avares de détails sur le coût final d’une telle opération.

Des négociations devront être menées avec les provinces pour aller de l’avant. Du côté du Québec, où un tel régime est déjà en place, le gouvernement caquiste a prévenu ces derniers jours qu’il voudrait obtenir un droit de retrait avec pleine compensation.

Accès à la propriété

Le gouvernement courtise aussi les jeunes adultes en instaurant dans le budget 2019 l’Incitatif à l’achat d’une première propriété, pour les acheteurs dont le revenu du ménage est inférieur à 120 000 $ par année.

La Société canadienne d’hypothèques et de logement (SCHL) leur offrirait un prêt hypothécaire avec participation de 10 pour cent de la valeur d’une habitation nouvellement construite ou de 5 pour cent de la valeur d’une habitation existante.

Le budget propose aussi d’augmenter la limite des retraits du Régime d’accession à la propriété (RAP) de 25 000 $ pour la faire passer à 35 000 $.

Allocation pour la formation

Le gouvernement annonce également dans le budget la création de l’Allocation canadienne pour la formation, qui vise à aider les travailleurs de 25 à 64 ans à planifier et à obtenir la formation dont ils ont besoin.

Le programme, dont le coût est de 1,7 milliard $ sur cinq ans, est notamment composé d’un crédit d’impôt qui permettra aux Canadiens d’accumuler automatiquement 250 $ par année, jusqu’à une limite cumulative de 5000 $.

Après une période de quatre ans, les travailleurs auront droit à quatre semaines de formation, et pourront toucher jusqu’à 1000 $ pour les aider à payer les frais de la formation ou les dépenses quotidiennes.

Migration irrégulière

Le gouvernement fera par ailleurs des investissements massifs pour composer avec l’enjeu de la migration irrégulière. Le budget prévoit l’injection de 1,18 milliard $ sur cinq ans.

Ces sommes serviront à accélérer le traitement des quelque 50 000 demandes reçues annuellement et à faciliter le renvoi des migrants dont la demande d’asile a été rejetée.

Ceux qui sont entrés au Canada à des points de passage irréguliers ou entre des points d’entrée officiels seront «renvoyés en priorité», est-il précisé dans le document.

Les libéraux signalent par ailleurs dans le budget qu’ils ont l’intention de proposer des modifications à la Loi sur l’immigration et la protection des réfugiés pour «mieux gérer la migration irrégulière, la prévenir et en dissuader les auteurs».

Ils comptent aussi amender la Loi sur les Cours fédérales afin de pouvoir créer trois nouveaux postes de juge pour le traitement des causes liées à la migration irrégulière.

Selon ce qu’a indiqué le ministre Morneau, cet argent n’a pas été mis de côté pour les provinces, qui doivent aussi composer avec cette situation depuis des mois.

«On continue à parler avec les provinces», s’est-il contenté d’offrir en conférence de presse.

Le grand argentier n’a pas précisé pourquoi le gouvernement avait prévu dans le budget 2019 une somme aussi considérable pour composer avec cet enjeu alors qu’il y avait seulement 173 millions $ dans le budget 2018 (dont 0 $ entre 2020 et 2023).

Brouhaha aux Communes

Le budget a été déposé en Chambre à 16 h, comme prévu, mais l’opposition a multiplié les manoeuvres dilatoires et les perturbations pour châtier le gouvernement, après que les députés libéraux du comité de la justice eurent mis fin à l’étude de l’affaire SNC-Lavalin.

Les tactiques obstructionnistes ont retardé le discours de Bill Morneau, qui n’a pu prendre la parole avant 17 h. Et lorsqu’il l’a fait, il a été complètement enterré par les cris et le bruyant tapage de l’opposition conservatrice.

Les troupes d’Andrew Scheer avaient déjà communiqué leurs velléités au préalable.

Elles avaient inspiré une attaque à Justin Trudeau: «C’est intéressant de voir que les conservateurs veulent désespérément éviter de parler de l’économie. Je pense que cela fera sourciller beaucoup de gens», a-t-il lâché en mêlée de presse avant la période des questions.

«Les conservateurs ne veulent toujours pas parler d’emploi, de croissance, d’investir dans les Canadiens, car ils réalisent qu’ils n’ont pas de plan. Ils n’ont jamais eu de plan pour faire croître l’économie», a enchaîné le premier ministre.

Mélanie Marquis, La Presse canadienne